On se souvient qu’au moment du débat budgétaire à l’assemblée nationale, le parti socialiste a justifié son non-vote de la motion de censure par les concessions qu’il disait avoir obtenues du gouvernement Bayrou. Il était si fier de ce reniement au programme du Nouveau Front Populaire sur lequel ont été élu·es ses 62 député·es qu’il en a même fait une campagne de communication glorifiant “la gauche qui fait céder” le gouvernement.
Le budget ainsi adopté sans vote ni motion majoritaire pour le censurer, apporte un démenti cuisant à ce cri de victoire, et cela avant même que le Président de la République n’annonce tout seul l’augmentation du budget de l’armée dont on ne peut pour l’heure évaluer les conséquences.
Qu’on en juge en reprenant point par point les soit-disant “reculs du gouvernement”.
Première victoire annoncée : l’abandon des 4 000 suppressions de postes d’enseignants au budget 2025. Or, après passage au Sénat, ce sont 2 000 postes qui seront supprimés et même 5 000 fermetures de classes programmées pour la rentrée prochaine.
Ensuite, les 2 000 postes d’accompagnement d’élèves en situation de handicap (AESH) sont effectivement budgétés mais rien ne dit qu’ils pourront être pourvus compte-tenu de l’indignité de ces contrats précaire et sous payés dont les syndicats demandent l’amélioration et l’intégration au statut de la fonction publique.
« 18 000 postes de soignants seraient maintenus ou créés » aux dires du PS grâce au milliard – au singulier- d’€uros qui aurait été arraché alors que ce qui a été obtenu en réalité, était de faire passer de 5 à 4 milliards la réduction des dépenses de santé. Cerise sur le gâteau au goût de pain rassis, Bayrou a annoncé que ce rabais de la baisse budgétaire de 1 milliard était désormais gelé.
Pour les fonctionnaires, le gouvernement macroniste soutenu par la droite et le RN a certes renoncé à tripler le nombre de jours de carence en cas de maladie ordinaire mais en contre-partie, il a baissé l’indemnisation des arrêts maladie de 10%, ce qui représentera à l’arrivée une baisse encore plus importante de revenu des fonctionnaires en maladie.
La communication du parti socialiste dit avoir obtenu la non augmentation de la taxe sur l’électricité mais ne dit rien des tarifs qui, eux, augmenteront d’environ 20% à partir de 2026 selon une étude de UFC-Que choisir.
Quand à la “conférence sociale sur les retraites pour revenir sur la réforme Borne”, on sait ce qu’il en est advenu. Qui pouvait croire un seul instant qu’un « conclave » donnant un droit de véto au patronat avait la moindre chance de conduire à la l’abrogation de cette réforme ? Et si celle-ci avait été modifiée par l’introduction de la retraite à points comme l’avait suggéré Olivier Faure, les salarié·es n’en seraient pas sorti·es gagnant·es .
Sur l’affiche encore : “Des aides aux maires pour la construction de logements » ? Combien vont-elles peser face aux 5 milliards d’Euros qui seront prélevés sur les recettes des collectivités territoriales, ce qui a déjà conduit nombre d’entre elles, à commencer par le département de l’Hérault, à sabrer dans ses budgets culturels et sociaux ? Même chose pour la satisfaction affichée concernant l’écologie alors que son budget global a été a amputé de 2,6 milliards d’Euros.
Le résultat des comptes marque la fin du conte où la fée PS se pare de toutes les vertus, « responsable et raisonnable” . Les responsables socialistes ont voulu faire passer, non pas des vessies pour des lanternes, mais des régressions pour des avancées. Libre à lui de penser qu’il y a encore quelque chose à espérer de ce pouvoir macroniste illégitime et prêt à toutes les diversions même les plus immondes, mais était-il besoin pour cela de travestir à ce point les réalités ?
