Ce vendredi 2 octobre, les élèves du lycée Georges Pompidou se réunissaient pour un troisième jour de blocus. Il fait partie des plus de 600 établissements encore bloqués à travers la France. Créé en 1996, le lycée Georges Pompidou connait la mobilisation la plus importante de son histoire. Sur place, les élèves portent des messages politiques structurés, loin du tableau dépeint du mouvement par les médias réactionnaires.
Une mobilisation record dans un lycée peu mobilisé auparavant, c’est le constat. En ce troisième jour de blocus, les revendications sont intactes chez les jeunes mobilisés. Elles font écho à celles qui sont portées au national : classes et emplois du temps surchargés, professeurs jamais remplacés, pression liée à la plateforme de sélection Parcoursup. Au lycée Georges Pompidou comme dans de nombreux autres établissements, la mobilisation est sans précédent. La preuve que l’état du système éducatif public, et sa capacité à offrir un avenir sécurisant, inquiète une part croissante d’élèves.
Des conditions d’enseignement qui se dégradent
« Quand il fait 32 degrés dehors, il fait 37 dans les classes, cela a été mesuré » rapporte Alma*, élève de Terminale. En effet, plusieurs élèves rapportent des problèmes récurrents dans l’établissement. Parmi eux l’isolation thermique, qui rend les cours insupportables par temps de forte chaleur, ou de froid en période hivernale. Une seule salle de cours serait équipée de la climatisation dans l’établissement. Les élèves dénoncent aussi le manque de moyens humains. « Six élèves pour une seule AESH (Accompagnant d’élève en situation de handicap), c’est inadmissible » déplore Louis*, élève de Terminale. Le manque de moyens se ressent sur les effectifs des classes, avoisinant souvent le nombre de 35, et sur la qualité des enseignements.
Face aux revendications: le mépris institutionnel
Les militants sont revenus sur le traitement réservé aux mobilisations lycéennes dans une partie des médias traditionnels. « Ils nous traitent de violents, de paresseux, de hooligans » dit Alma. La détérioration des conditions d’apprentissage a souvent tendance à passer au second plan dans le traitement du sujet, au profit des violences commises par les manifestants. Le choix est fait pour le gouvernement : décrédibiliser les revendications par l’infantilisation, attaquer les militants par les moyens répressifs les plus violents, afin de ne jamais devoir répondre de l’état lamentable des services publics.
La conscience collective des lycéens engagés pour le service public
Au lycée Georges Pompidou, dont le taux de réussite au baccalauréat est de 98%, les élèves sont conscients de ne pas être les plus durement touchés par l’austérité budgétaire dans l’éducation. Sur le portail principal, une banderole avec l’inscription « Soutien aux lycées défavorisés ». Vu cela, il apparait encore plus absurde de réduire le mouvement à de prétendues revendications dépolitisées (fainéantise, effet de mode des réseaux sociaux) lorsqu’une conscience politique lycéenne se montre de manière si limpide. La mobilisation qui part d’un ras-le-bol des conditions d’éducation chez les lycéens, interroge aussi notre capacité collective à envisager un avenir sécurisant en période de crise écologique, sociale, politique et géopolitique.
Quelle suite pour le mouvement ?
Sur les suites du mouvement, les attentes envers le gouvernement en place sont faibles. « Les profs [sic] font grève de manière pacifique depuis des années et on les écoute pas » rappelle Alma. Elle comme d’autres sont pessimistes quant à l’obtention de mesures politiques. Certains voient la victoire du mouvement à condition d’être soutenus par d’autres mouvements sociaux, notamment les Gilets Jaunes et les syndicats de travailleurs. Pour Alexandre* élève du lycée, il n’y a que « ce qui va se passer en 2027 [qui] va jouer un rôle », comprendre un rôle déterminant dans l’amélioration des conditions d’éducation. Si les électeurs de demain ne croient déjà plus à la traduction de leurs revendications en actes, ce ne sera certainement pas la répression qui renouera la confiance en les institutions. Pas étonnant néanmoins quand le chef d’État actuel «n’aime pas les adolescents » (Emmanuel Macron, The Guardian) vraisemblablement au point de les estropier.
Montpellier
La mobilisation lycéenne s’est poursuit ce vendredi à Montpellier, au lendemain d’une journée marquée par plusieurs blocages et des tensions avec les forces de l’ordre. Cinq établissements, Jules-Guesde, Jean-Mermoz, Jules-Ferry, Léonard-de-Vinci et Pierre-Mendès-France, sont fermés et les cours organisés à distance.
Au lycée Clemenceau, les élèves mobilisés ont installé un barrage filtrant permettant l’accès aux cours. Plus haut sur l’avenue, un autre groupe a tiré des mortiers d’artifice et allumé un feu, entraînant l’intervention des policiers et des pompiers.
Devant le lycée Joffre, une barricade en feu a également été rapidement éteinte. Des lycéens ont ensuite rejoint le secteur Clemenceau, où le face-à-face avec les forces de l’ordre s’est déplacé vers la place du 8-Mai-1945, perturbant temporairement la circulation du tramway.
Un feu de poubelle a par ailleurs été allumé vers 8 heures près du collège Croix-d’Argent, sans perturber les cours. À l’université Paul-Valéry, le blocage engagé jeudi se poursuit, notamment autour de la situation des étudiants sans affectation et des frais d’inscription des étudiants étrangers.
