Agde et Sète, les héritiers gênants ou gênés ?

Sébastien Frey Hervé Marquès Pascal Pintre - Photo - DR
Sébastien Frey Hervé Marquès Pascal Pintre - Photo - DR

Quand un maire sortant paraît « plus en danger » face aux urnes que ses homologues, ce n’est pas toujours une question de bilan : c’est souvent une question de légitimité politique.

Dans plusieurs villes, l’édile en place n’a pas conquis la fonction par un scrutin « sur son nom », mais a hérité du fauteuil à la suite d’un choc (judiciaire, politique, humain). Résultat : il doit, en quelques mois, construire une incarnation, un récit et une autorité, tout en portant l’ombre du prédécesseur, un ombre pire qu’un fantôme.

Deux serviteurs

En Agde, Sébastien Frey arrive ainsi après la démission de Gilles d’Ettore, empêtré dans « l’affaire de la voyante ». Frey est élu maire par le conseil municipal lors d’une séance exceptionnelle le 7 juin 2024, avec 27 voix sur 34. Mais l’onde de choc judiciaire ne s’est pas dissipée : d’Ettore, mis en examen (notamment pour corruption, détournement de fonds et prise illégale d’intérêts), continue de polariser la vie locale, au point d’avoir été réincarcéré en janvier 2026 pour non-respect de son contrôle judiciaire. Dans ce contexte, le précaire et « nouveau » maire peut être perçu comme le produit d’une majorité en crise, plus qu’un choix populaire.

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À Sète, même mécanique après un séisme différent : la justice confirme définitivement la condamnation de François Commeinhes pour détournement de fonds publics, avec une peine comprenant cinq ans d’inéligibilité, entraînant sa démission fin avril 2025. Le 12 mai 2025, le conseil municipal élit après quelques passe d’armes et menaces de démission, Hervé Marquès pour terminer le mandat jusqu’aux municipales de 2026. Là aussi, il hérite d’un appareil et d’un passif, mais doit prouver qu’il n’est pas seulement la « continuité » d’un système fragilisé et dysfonctionnel. Une forte campagne de communication et quelques mesures symboliques auront-elles œuvré à lui conférer la popularité qui lui faisait défaut ?

Pintre l’héritier oublié

Pascal Pintre a la particularité d’avoir fréquenté les deux condamnés Gilles d’Ettore et François Commeinhes. C’était le monsieur développement économique du territoire. Vaste programme. Pascal Pintre a longtemps évolué dans l’ombre des exécutifs locaux de l’Ouest héraultais comme une continuité politico-économique entre Gilles d’Ettore et François Commeinhes.

Il a occupé des fonctions liées au développement économique, notamment au sein de l’Agence Bleue, structure parapublique chargée de « l’attractivité et de la stratégie économique du territoire ». Cette agence intervient dans l’accompagnement d’entreprises, la « valorisation foncière » et la « promotion économique du bassin de vie de Thau et d’Agde », qui peut s’apparenter dans certains cas à de la vente à la découpe et/ou à de l’achat d’un réseautage.

Proche des majorités municipales successives, il a été recruté pour travailler au service des mandats de François Commeinhes à Sète et par l’influence plus large de Gilles d’Ettore dans le paysage intercommunal et départemental. Cette double proximité nourrit aujourd’hui l’idée d’un « héritier » politique, même si Pascal Pintre n’a jamais occupé le devant de la scène électorale. Il était bien dans les coulisses puisqu’il a été directeur de campagne de François Commeinhes en 2020.

Dans un contexte de recomposition municipale, marqué par les inéligibilités, les transitions contraintes et une dépolitisation de surface, Pascal Pintre croit-il pouvoir jouer les jokers ? Pas suffisant pour incarner un renouvellement des moeurs politiques locaux. D’autant que, comme souvent entre héritiers, les rancoeurs sont tenaces et les coups volent bas. Fuitent incidemment des informations malveillantes comme l’indiquent les affaires révelées par Le Singulier du scooter volé de la famille Marquès, et récemment les piscines en infraction du PLU de Pascal Pintre, lesquelles doivent faire trembler plus d’un élu qui se serait arrangé avec la réglementation, comme l’ont fait allègrement leurs anciens maires condamnés.

Dans cette famille sétoise désunie où chacun se bat pour récupérer la maison familiale, à savoir la mairie, n’oublions pas le candidat du Rassemblement national, Sébastien Pacull qui fut aussi longtemps compagnon du patriarche condamné. On peut donc s’interroger. De quel système ces candidats sont-ils les héritiers ? Est-il bon de garder ce type de continuité ? Apparemment, ils n’ont pas l’air gênés, mais une question se pose : sont-ils gênants ?

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