Une tribune intitulée « Affirmer notre antifascisme : le devoir du moment » est parue dans l’humanité du 20 février suite à l’offensive d’ampleur menée contre le courant antifasciste après la mort d’un jeune néonazi.
Cette tribune est signée par 180 personnalités : écrivain·es parmi lesquel·les Annie Ernaux (prix Nobel de Littérature 2022), Eric Vuillard (Prix Goncourt 2017), Laurent Binet, ou Edouard Louis…; historien·nes comme Johan Chapoutot, spécialiste du nazisme et Mathilde Larrère, philosophes comme Stathis Kouvélakis, économistes comme Bernard Friot, Frédéric Lordon, Bruno Amable ou Nicolas Da Silva, nombreux sociologues avec Didier Eribon, Rachid Bouchareb, Ugo Palheta, ou élu·es… mais aussi Françoise Vergès, autrice, militante féministe décoloniale antiraciste ou Xavier Mathieu, ancien responsable syndical devenu comédien… Tout·es appellent solennellement à un sursaut contre l’instrumentalisation de la mort de Quentin Deranque par l’extrême droite, la droite, le gouvernement et les médias dominants qui cherchent à «instaurer une chape de plomb sur la gauche et à inverser les rôles entre fascistes et antifascistes».
« Nous vivons des temps dangereux, où le camp du suprémacisme, de l’extrême droite et du néofascisme se trouve en position de force partout dans le monde. La France ne fait malheureusement pas exception à cette vague mondiale » constatent les signataires qui dénoncent « une extrême droitisation des discours médiatiques et politiques en général, ainsi que de la violence de rue. »
Ils déplorent que « L’extrême droite dans toutes ses composantes a imposé un récit univoque établissant un continuum sans nuance entre les responsables du décès de Quentin Deranque, l’ensemble des militants antifascistes et la France insoumise. Cette lecture des événements a été reprise sans aucune distance critique par les médias mainstream, le gouvernement, et une très grande partie de la classe politique. Laisser ainsi le camp suprémaciste dicter sa lecture des événements est irresponsable. C’est faire le lit de l’extrême droite et aider à une manœuvre qui vise, pour la première fois depuis la Libération, à inverser les rôles entre fascistes et antifascistes. »
C’est la raison pour laquelle ielles tiennent par cette tribune à «sonner l’alerte» en rappelant qu’en 1930, c’est la mort d’un militant nazi qui a érigé un mythe à l’appui de l’accession d’Hitler au pouvoir, tout comme l’assassinat de Charlie Kirk a permis au pouvoir trumpiste de réprimer les mouvements sociaux et de classer officiellement les antifascistes comme mouvement terroriste.
Pour elleux, « l’urgence est de faire bloc pour d’abord réaffirmer une réalité que montrent tous les chiffres : la violence politique vient d’abord de l’extrême droite. 90 % des morts d’assassinats politiques entre 1986 et 2021 sont le fait de ce camp./…/ Encore ces derniers jours, des permanences politiques et syndicales, des bars et des lieux de convivialité ont été pris pour cible, faisant plusieurs blessés. Nous devons être nombreux à refuser la diabolisation de l’antifascisme, et son corollaire, la dédiabolisation du fascisme. »