Comment insulter l’intelligence collective et l’exercice de la démocratie en toute décontraction !

Stéphane Herb - Photo - DR
Stéphane Herb - Photo - DR

[TRIBUNE] En réponse à Éric Pastor et à Cyril Meunier, maire de Lattes. La tribune d’Éric Pastor dans le journal de la Mairie de Lattes, le « Latt’itudes » de mars 2025, confirme ce que les Lattois et les Lattoises constatent chaque jour : que la majorité municipale avance à marche forcée sur un modèle d’urbanisme dépassé, au détriment de l’écologie, du cadre de vie et des besoins réels des habitants.

Si Lattes « s’inscrit dans le 21e siècle », encore faudrait-il s’y inscrire avec les valeurs et les exigences de notre époque : sobriété foncière et énergétique, résilience climatique, démocratie locale.

Or, à lire la tribune du président du groupe majoritaire, on comprend surtout que les projets immobiliers se succèdent, sans jamais remettre en question un urbanisme guidé davantage par la spéculation foncière plus que par l’intérêt général.

« L’enquête publique sur le PLUi ? Elle a donné lieu à une large contestation », nous dit Monsieur Pastor. Ce n’est pas un biais conjoncturel ou une « expression du négatif » comme il essaie de nous en convaincre : c’est le signe d’un divorce profond entre les habitants et la vision portée par la majorité actuelle. Si les avis favorables sont rares, c’est peut-être parce que le projet ne répond ni aux attentes des citoyens ni aux urgences écologiques.

Cette posture n’est pas seulement condescendante, elle est profondément antidémocratique. Elle traduit une vision élitiste où la participation des habitants n’est tolérée que lorsqu’elle conforte les décisions déjà prises. Refuser d’entendre les critiques, sous prétexte qu’elles sont nombreuses, c’est insulter l’intelligence collective. C’est aussi trahir l’esprit même de la concertation publique qui n’est pas une formalité, mais un pilier de la démocratie locale.

Il ne suffit pas d’additionner les logements pour répondre à la crise. Encore faut-il se demander pour qui on construit. Les logements dits « abordables » sont-ils réellement accessibles aux classes moyennes, aux Lattois, aux Lattoises et à leurs enfants ? Où sont les garanties de mixité sociale, de qualité architecturale, de services publics associés.

Contrairement à ce qu’affirme Éric Pastor, l’État n’impose en aucun cas la construction de logements privés. Ce que la loi impose, c’est d’atteindre un taux de 25 % de logements sociaux, point. Faire croire que la commune serait contrainte de construire 2100 logements en 6 ans, tous types confondus, est une contre-vérité flagrante. C’est un mensonge politique destiné à justifier un urbanisme débridé. C’est donc bien un choix local, et non une obligation nationale.

On lit dans cette tribune que Lattes « paie » une contribution financière faute d’avoir assez de logements sociaux. Cette situation n’est pas une fatalité : elle résulte d’un choix politique, d’années de retard, et d’un urbanisme pensé sans vision d’ensemble. Et ce ne sont pas quelques arrêts de bus, de tram ou projets d’aménagement qui masqueront la réalité : l’étalement urbain continue, et les habitants ne sont pas réellement associés à ces décisions.

Et qu’on ne s’y trompe pas : le manque actuel de logements sociaux est très important et donc le taux de 33% de logements sociaux dans les programmes actuels est bien trop bas.

Monsieur le maire explique qu’il construit pour les Lattois, les enfants des Lattois et les personnes qui travaillent à Lattes. Très bien. Il faut donc construire davantage de logements sociaux que de logements privés hors de prix. Mais à cet argument de bon sens, le maire répond qu’il ne faut pas créer de ghettos. Mais pourquoi dire que les Lattois, les enfants de Lattois et les personnes qui travaillent à Lattes logés dans des logements sociaux constitueraient des ghettos ?

Enfin, affirmer que ceux qui s’opposent au PLUi « surfent sur les peurs liées à l’urbanisation » est un raccourci inquiétant. Ce n’est pas faire peur que d’alerter sur les effets du bétonnage, sur les pertes de biodiversité, sur la saturation des infrastructures, sur les inégalités qui se creusent, sur les catastrophes climatiques qui nous attendent (canicules – sécheresses – épisodes méditerranéens d’envergures). C’est de la lucidité et c’est notre devoir de citoyen de le faire.

Il est temps de redonner du sens à l’action publique locale afin que Lattes devienne une ville où les projets sont pensés avec les habitants, pour les habitants et avec des critères écologiques, sociaux et démocratiques

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