Au Bourget, une force et un programme pour « tout changer »

Convention Le Bourget 7 novembre 2026 Jean-Luc Mélenchon - Photo - LGB FI
Convention Le Bourget 7 novembre 2026 Jean-Luc Mélenchon - Photo - LGB FI
Présidentielle 2027 1er tour Dimanche 18 avril 2027
dans 160 jours

Au Bourget, samedi 7 novembre, Jean-Luc Mélenchon a présenté bien davantage qu’un catalogue de promesses pour 2027. Avec le programme  L’Avenir en commun, la France insoumise défend une rupture avec les politiques économiques conduites depuis dix ans. Augmenter les salaires, reconstruire les services publics, planifier la production, réorienter l’épargne et partager les gains de productivité : le projet entend « changer l’histoire »  en modifiant les rapports entre le capital, le travail et la puissance publique. Et le candidat de gauche largement en tête dans toutes les prévisions ne s’embarrasse absolument pas des précautions de langage habituellement réservées aux marchés financiers et aux tenants de l’ordre actuel.

Au Bourget, Jean-Luc Mélenchon a choisi de commencer par une proposition qu’aucun cabinet de conseil armé d’équipes de baltringues sous coke et sous IA, n’aurait probablement osé inscrire dans ses recommandations : « Une seule chose, il faut tout changer. » Avant de préciser, avec une ironie assumée, qu’il s’agit d’une proposition somme toute « raisonnable » et « assez modérée » compte tenu de la crise de civilisation à laquelle le monde entier est confronté.

Derrière la formule, l’orientation politique est précise. La France insoumise ne veut pas seulement redistribuer les richesses après leur production. Elle veut intervenir sur les choix de production, l’utilisation des capitaux et la répartition des gains économiques. Répondre avant tout aux besoins humains et non au taux de rentabilité financière.

« Notre programme change complètement de logique économique. Il ne faut pas tourner autour des mots ou en avoir peur. C’est un changement complet », insiste bien Jean-Luc Mélenchon.

Le procès économique du macronisme

Le dirigeant insoumis inscrit son projet dans le prolongement des mobilisations sociales qui traversent le pays. Il dénonce dix années de politiques favorables aux détenteurs du capital pendant lesquels la fortune des milliardaires a doublé, la dégradation des services publics et l’accroissement des inégalités.

À ses adversaires qui réclament de nouveaux sacrifices budgétaires, et qui appellent les Français à faire preuve de courage, il envoie : « c’est normal, eux n’ont pas besoin d’être courageux puisque les sacrifices ne les concernent pas. »

Le programme prévoit un Smic à 1 700 euros net, l’indexation des salaires sur l’inflation, la retraite à 60 ans, une Sécurité sociale intégrale et une fiscalité plus progressive. Mais ces mesures ne constituent qu’une partie du projet.

Jean-Luc Mélenchon défend une relance de la consommation populaire (qui représente plus de 50% du PIB), associée à une réorientation de l’épargne vers les besoins sociaux et écologiques. Il entend ainsi rompre avec une politique de l’offre fondée sur les cadeaux fiscaux et les aides aux entreprises qui se transforment en dividendes aux actionnaires.

Produire autrement, décider autrement

La rupture annoncée concerne également l’intervention de l’État dans l’économie. Les aides publiques seront subordonnées aux objectifs de planification écologique. L’investissement devrait répondre davantage aux besoins collectifs qu’aux perspectives de rentabilité financière.

Jean-Luc Mélenchon revendique une planification écologique « normative », comprendre : assortie d’obligations. Agriculture, logement, industrie, énergie et transports seront concernés. Cette orientation implique une modification du rôle et de l’organisation de la puissance publique notamment par l’instituion d’écorégions. L’État et les collectivités ne seraient plus seulement chargé·es de corriger les défaillances du marché, mais seraient chargé·e d’orienter directement les grandes orientations économiques au service des intérêts nationaux et de la justice sociale.

La proposition soulève les enjeux suivants : choix des investissements, organisation des filières industrielles, articulation avec les entreprises privées et financements des transformations annoncées.

L’intelligence artificielle, nouvelle bataille entre capital et travail

L’un des passages les plus politiques du discours concerne l’intelligence artificielle. Mélenchon ne s’arrête pas aux performances technologiques ni aux perspectives de croissance. Il aborde directement le devenir des gains de productivité. « Ira-t-il aux actionnaires ou bien aux travailleurs ? »

En posant cette alternative à propos du temps libéré par l’automatisation du travail intellectuel, le leader insoumis replace une innovation technologique au cœur d’une injustice trop ancienne : celui du partage des richesses produites.

« L’intelligence artificielle, c’est aussi et peut-être d’abord une question sociale. » — Jean-Luc Mélenchon

La réflexion du candidat insoumis concerne la durée du travail, les rémunérations et la capacité des salariés à bénéficier des transformations de l’appareil productif. C’est une manière de rappeler que le progrès technique n’impose pas, naturellement, la destination des profits qu’il engendre.

Un programme qui refuse les petits arrangements électoraux

Jean-Luc Mélenchon revendique également la cohérence d’ensemble du projet de gouvernement de la Nouvelle France. Il refuse de réduire L’Avenir en commun à quelques propositions populaires, soigneusement sélectionnées pour ne froisser personne.

« Un programme n’est pas l’addition de trouvailles communicationnelles et de gadgets pour électeurs affolés. C’est une cohérence. » — Jean-Luc Mélenchon

Le programme de LFI explique l’articulation entre les mesures sociales, la planification écologique, la réforme fiscale et la VIe République. Les insoumis présentent la transformation des institutions comme un moyen de rendre possible celle de l’économie.

Jean-Luc Mélenchon fixe ainsi  les termes de la confrontation pour 2027. Face à ceux qui proposent de poursuivre les politiques de compétitivité et de réduction des dépenses publiques, il défend une réorganisation de l’économie autour des besoins sociaux et écologiques.

Au Bourget, le candidat pour l’élection présidentielle de 2027, déjà annoncé au second tour par les sondages du capital, ne propose donc pas seulement de mieux répartir les richesses. Il entend changer les règles de leur production, de leur appropriation et de leur partage. Une ambition de « Liberté, égalité, solidarité », qui donnent la qualité républiacaine et humaniste à son programme de gouvernement. Et pour ceux qui chercheraient encore quelques aménagements à la marge, Jean-Luc Mélenchon a prévenu et refuse d’édulcorer L’avenir en commun pour les besoins de la campagne : « je ne le ferai pas. Ce serait une attitude politicienne qui ne convaincrait personne, mais qui dégoûterait tout le monde. » Les électeur·trices sont invité·es à se prononcer sur un projet de société, pas sur une version édulcorée de celui-ci.

Compte à rebours Présidentielle 2027 · 1er tour
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