Octobre Rose : derrière le ruban, le mois de la colère

Mathilde Panot, ruban rose que signifie-t-il et pourquoi je ne le porterai pas durant ce mois d’octobre - Photo - MP PLURIELLE INFO
Mathilde Panot, ruban rose que signifie-t-il et pourquoi je ne le porterai pas durant ce mois d’octobre - Photo - MP PLURIELLE INFO

Il aura suffi d’une vidéo de Mathilde Panot visant à montrer ce qui se passe « quand on gratte le vernis rose » de l’opération « Octobre Rose » pour que les médias en fassent leurs choux gras sur l’idée stupide que l’insoumise serait contre la prévention des cancers du sein. Plongée dans une histoire loin d’être rose.

Ce que dénonce la présidente du groupe LFI-NFP à l’Assemblée nationale avec de nombreuses ONG, collectifs et associations de malades, c’est le pinkwashing opéré depuis l’origine de cette opération par de nombreuses firmes responsables du développement des cancers tandis que les votes du Parlement continuent d’autoriser des produits hautement cancérigènes.

Une campagne créée par l’industrie chimique

Contrairement à ce que l’on pense, la campagne internationale de sensibilisation au cancer du sein n’est pas née du milieu médical ou d’une association de malades. Elle a été lancée aux États-Unis en 1985 par l’American Cancer Society avec le soutien de la branche pharmaceutique du groupe chimique britannique Imperial Chemical Industries (ICI). Dès son origine, elle est liée à une histoire industrielle. ICI commercialisait alors le tamoxifène, un médicament utilisé dans le traitement de ce cancer. Créer cette campagne était un coup de génie marketing pour sensibiliser au dépistage… et maximiser les ventes de leur propre médicament. Le ruban rose, devenu son symbole emblématique, est apparu au début des années 1990. En France, la campagne « Octobre Rose » a été reprise en 1994 par Estée Lauder France (branche française d’un grand groupe américain de cosmétiques de luxe) et le magazine Marie Claire.

L’histoire d’ICI est également liée à celle de Syngenta. Après plusieurs restructurations, sa branche agrochimique a rejoint Zeneca, devenue AstraZeneca en 1999. En 2000, la création de Syngenta a réuni les activités agricoles de Novartis et d’AstraZeneca. Et le groupe Syngenta est régulièrement critiqué pour les risques associés à certains de ses produits phytosanitaires. L’entreprise a notamment été mise en cause dans la problématique autour de l’atrazine et des tentatives de discrédit visant le chercheur américain Tyrone Hayes, dont les travaux portaient sur les effets de cet herbicide sur les amphibiens. Le paraquat, autre herbicide très toxique, n’est plus autorisé dans l’Union européenne depuis 2007, mais son maintien sur des marchés extérieurs soulève des questions sur les différences de protection sanitaire entre pays.

Enfin au Brésil, la responsabilité civile de Syngenta dans la mort du militant paysan Valmir Mota de Oliveira, tué en 2007 par des agents de sécurité privés engagés par l’entreprise, a été confirmée en 2026 par la justice brésilienne. Ce drame demeure l’un des épisodes les plus graves associés à la multinationale. Syngenta a aussi une filiale israélienne qui produit des pesticides génériques et qui participe activement au projet colonial de ce pays.

De la dénonciation du cynisme à la franche colère

Ces scandales renforcent la colère face au «pinkwashing» [ terme qui désigne l’utilisation de campagnes de sensibilisation ou de causes sanitaires pour améliorer l’image d’une entreprise]. Chacun revêt ou placarde son ruban rose sur ses produits en guise de bonne conscience ou de paravent aux vrais choix effectués. Aux rubans, on a ajouté les parapluies et toute sorte de gadgets bien inutiles pour combattre la maladie. Durant la campagne de sensibilisation, l’heureuse initiatrice de son importation en France, Estée Lauder France vend ses produits cosmétiques estampillés « Octobre Rose » (éditions limitées, coffrets, produits avec ruban rose et opérations promotionnelles…) dont elle reverse un petit pourcentage à l’association « Octobre Rose », alors même que l’un de ses produits phares, le sérum Advanced Night Repair, contient un perturbateur endocrinien (le BHT – butylhydroxytoluène).

De plus en plus nombreux·ses, de plus en plus conscient·es des réalités, les citoyen·nes surtout celles et ceux qui sont frappé·es par la maladie ne se résolvent plus au silence. Le 3 octobre 2026, une mobilisation contre les pesticides sous l’égide de « cancer Colère », de la confédération paysanne, d’Extinction Rébellion et du Collectif des victimes des pesticides de l’Ouest a rassemblé plusieurs milliers de personnes (15 000 selon les organisateurs)  près du site industriel de Syngenta à Saint-Pierre-la-Garenne, dans l’Eure. Elles dénoncent l’incohérence entre les campagnes de sensibilisation au cancer et les activités industrielles susceptibles de contribuer à des risques sanitaires tandis que les groupes pharmaceutiques font leur profit avec le dépistage et la vente des traitements. Un cercle infernal qui ne combat pas la maladie, mais la développe tout en diversifiant les profits qu’elles peuvent en tirer. Il était logique que Mathilde Panot qui est à la pointe du combat contre ce qu’elle appelle « les maladies politiques » fasse entendre sa voix.

[VIDEO] Mathilde Panot, ruban rose : que signifie-t-il et pourquoi je ne le porterai pas durant ce mois d’octobre ?

 

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En plus de ces parrainages plus que suspects, il faut également noter que le bilan de ces campagnes en termes sanitaires comme en termes financiers reste extrêmement flou. Aucune donnée fiable n’est accessible. Si cette campagne donne une visibilité apparente à « la cause », l’apport financier à la recherche reste bien modeste au regard des sommes considérables engagées pour «animer la campagne» (entre 6 et 10 millions, hors dépenses  engagées par les collectivités, elles représenteraient un bon tiers du budget global tandis qu’on ne sait ce qu’englobe le dernier tiers consacré à la « sensibilisation » ). C’est à la Sécurité sociale qu’incombe la responsabilité d’une politique globale de prévention, pas à des marchands de médicaments ou de parfum, de ruban ou de parapluies.

 

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