Le massacre du 7 octobre 2023 en Israël dont on commémore le 3e anniversaire aujourd’hui est écrasé par le poids du génocide commis depuis contre le peuple palestinien et le bouleversement mondial qu’il a entraîné dans la folie guerrière de Benyamin Netanyahou.
« On dit désormais le 7-octobre comme on dit le 11-septembre pour les attentats de 2001 contre les tours jumelles de New York. C’est la marque des événements qui ont changé le monde », écrit le journaliste spécialiste du Moyen-Orient, Denis Sieffert dans Politis, où il s’attache à démontrer combien l’assaut mené par le Hamas a permis à l’entreprise coloniale d’Israël de s’accélérer et a bouleversé la donne internationale par la convergence des visées impérialistes israéliennes et américaines.
L’ombre du suprémacisme derrière la guerre lexicale
En France, la polarisation sur la qualification de l’attaque du Hamas (« terroriste » ou « crime de guerre » ?), le « soutien indéfectible » à Israël avec son droit inaliénable à se défendre, l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme ont permis non seulement d’absoudre l’extrême droite de ses penchants fondamentalement racistes, mais surtout de nier, voir d’encourager, le génocide, pourtant clairement annoncé par le gouvernement israélien lui-même : « Il n’y a pas d’innocents à Gaza », avait déclaré un ministre, tandis qu’un autre comparait les Palestiniens à des animaux.
La quasi-totalité de la classe politique et des médias français se sont faits les porte-parole unanimes de ce message unilatéral, intériorisant le suprémacisme qui le sous-tendait et criminalisant les voix critiques ou simplement discordantes. Les mêmes qui voulaient de toutes forces que le qualificatif terroriste soit prononcé (pour mieux justifier le déferlement de la vengeance), refusent aujourd’hui de reconnaître que le droit de se défendre s’est transformé en droit d’attaquer les populations civiles dans toute la région, et refusent de nommer le génocide en cours. Face à l’ampleur de la tragédie, les yeux de certain·es «soutiens indéfectibles» commencent toutefois doucement à se dessiller et à comprendre pourquoi le drapeau palestinien est devenu partout dans le monde l’emblème de toutes les révoltes.
De la vengeance au génocide
Car en réponse aux 1 200 morts et 250 otages du Hamas, Israël a transformé la prison à ciel ouvert qu’était Gaza avant 2023 en un immense charnier et un champ de ruines, puis l’a promis en nouvel Eldorado pour les colons revanchards et les spéculateurs de tous poils qui attendent avec avidité de pouvoir récupérer un littoral «nettoyé» de sa population et les gisements de gaz en mer. Là encore, un média français a même osé se prêter au jeu de demander à un expert en tourisme la faisabilité du projet de Riviera présenté par Donald Trump .
Depuis le 7 octobre 2023, au moins 74 237 Palestinien·nes ont été tués dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé de Gaza, et 175 206 ont été blessés. Ces chiffres sont des décès dûment enregistrés. Ils ne comprennent pas nécessairement tous les morts non retrouvés sous les décombres (lesquels sont évacués à la pelleteuse par les forces israélienne pour effacer toutes traces), ni la surmortalité indirecte due à l’absence de soins, de médicaments et à la malnutrition puisque rappelons-le, GAZA est toujours sous embargo. L’ancien chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, a confirmé le dépassement en 2025 des 200 000 victimes (morts et blessés), soit 10% de la population.
En Cisjordanie occupée, Jérusalem-Est comprise, l’ONU recensait 1 105 Palestiniens tués au 21 juin 2026, dont au moins 242 enfants. À Gaza, l’UNICEF comptabilisait au moins 21 700 enfants tués au 30 juin 2026. Une analyse d’ONU Femmes recensait, jusqu’à fin 2025, plus de 38 000 femmes et filles tuées. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a documenté 189 journalistes palestiniens tués à Gaza [Palestiniens puisqu’aucun journaliste étranger n’a le droit de s’y rendre]. Enfin, l’OCHA recensait au moins 593 travailleurs humanitaires morts dans la bande de Gaza au 29 avril 2026.
Un criminel de guerre en liberté
Dans cet engrenage criminel dont on peine à mesurer les conséquences à venir, se confirme aujourd’hui la responsabilité personnelle de Benyamin Netanyahou qui était au courant de l’attaque du Hamas sans avoir rien fait pour l’empêcher puis qui a entraîné Trump dans son agression contre l’Iran.
L’ancien directeur de Politis voit dans le bilan qui pourrait être dressé des trois ans qui nous séparent du 7-octobre l’illustration de la théorie du chaos. « Pour les Palestiniens, un génocide et une épuration ethnique. Pour les Libanais, des destructions massives au sud de leur pays. Des bombes en Syrie et en Irak. Pour le reste du monde, une montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Et aujourd’hui, une crise économique mondiale . […] Trois ans après le 7-octobre, nous en sommes au blocage du détroit d’Ormuz, aux menaces sur Bab el-Mandeb, en sortie de la mer Rouge, et à une flambée des prix des hydrocarbures.» Denis Sieffert conclut par une comparaison plus « soft » avec la théorie du battement de l’aile du papillon établi par le météorologue américain Edward Lorenz « qui au Brésil provoque une tornade au Texas. Mais le papillon ici est un criminel de guerre ».
Un criminel de guerre qu’Emmanuel Macron appelle affectueusement « Bibi » et qui peut survoler la France sans crainte d’être inquiété, malgré le mandat d’arrêt délivré contre lui par la Cour Pénale Internationale. En revanche, les mandats d’arrêt délivrés par le même juge de la CPI contre les trois principaux dirigeants du Hamas responsables du massacre du 7 octobre ont dû être annulés, car ces trois dirigeants ont été abattus par des frappes israéliennes, empêchant la justice internationale de faire son travail d’enquête.
