Drôle de calendrier. Alors que la mobilisation lycéenne se poursuit et que les interventions policières autour des établissements alimentent l’indignation, le gouvernement remet en avant son projet de loi dit « casseurs-payeurs ». Maud Bregeon a annoncé lundi 5 octobre sur Europe 1-CNews que le projet de loi sera examiné au Sénat le 27 octobre. Curieuse conception de l’écoute : ouvrir une plateforme pour demander aux lycéens ce qu’ils ont à dire et, dans le même temps, ressortir « casseurs-payeurs » sur les plateaux télé. Le gouvernement promet de tendre l’oreille à la jeunesse, mais commence déjà par lui expliquer combien pourrait lui coûter sa colère.
Le projet n’est pourtant pas né avec les blocus : il a été déposé au Sénat le 16 septembre, après un avis du Conseil d’État rendu le 3 septembre. Mais son retour dans l’actualité, au beau milieu de la contestation lycéenne, rend le message politique assez toxique.
Le texte prévoit notamment une responsabilité civile solidaire pouvant atteindre 10 000 euros. Une personne ayant sciemment participé à un groupe dans lequel des violences ou dégradations ont été commises pourrait ainsi devoir contribuer à leur réparation, même sans avoir elle-même cassé quoi que ce soit. Même logique pour celles et ceux qui resteraient dans un attroupement violent après les sommations de dispersion.
À trois semaines du débat parlementaire, au moment où une partie de la jeunesse descend dans la rue, le gouvernement choisit de remettre très opportunément la facture sur la table.
Maud Bregeon avait manifestement quelques formules bien rangées dans son cartable. À défaut de savoir qui les a écrites, elle-même, son staff chargé de la « veille et argumentaire », Ariel Torres, Sarah Kalonji, Arthur Empereur ou un cabinet conseil, on peut apprécier qu’elles ont été taillées pour devenir des bandeaux télé. Sur les lycéens : « Entre les revendications légitimes et les violences urbaines, il y a un monde. » Une phrase suffisamment compacte pour résumer la ligne gouvernementale en quelques secondes. Sur les « casseurs-payeurs », changement de registre : le texte doit permettre « d’engager une forme de responsabilité collective ». Autrement dit, rester dans un rassemblement devenu violent après sommation pourrait conduire à une co-responsabilité financière.
Et pour être certaine que le message imprime, Maud Bregeon ajoute que l’État pourra aller chercher l’argent « dans les prestations familiales », y compris lorsque les dégradations sont commises par des mineurs : « On irait utiliser une part des allocations des parents. » Enfin, pour les amendes, le gouvernement assume de vouloir les récupérer intégralement, quitte à « aller piocher dans les aides sociales », notamment les APL. La communication gouvernementale à coups de punchlines fonctionne pour le temps de cerveaux disponible, mais est-ce que le droit suivra aussi facilement.
À 35 ans, Maud Bregeon a déjà connu plusieurs vies politiques. Ingénieure dans le nucléaire chez EDF, elle rejoint En marche en 2016 après avoir voté Nicolas Sarkozy. Rapidement propulsée référente du mouvement dans les Hauts-de-Seine, elle conduit la liste macroniste aux municipales de 2020 à Levallois-Perret, sans parvenir à conquérir la ville, puis devient porte-parole du parti. Élue députée des Hauts-de-Seine en 2022, puis réélue en 2024, elle se spécialise notamment sur les questions énergétiques et la relance du nucléaire.
Son positionnement se situe radicalement sur l’aile droite du macronisme. Proche de Gérald Darmanin, elle défend en 2025 davantage « d’autorité » en matière d’immigration et appelle à un candidat commun en 2027 allant « des Républicains à Renaissance ».
Michel Barnier la nomme porte-parole du gouvernement en septembre 2024. Après la chute de celui-ci, elle retrouve l’Assemblée avant de revenir au gouvernement avec Sébastien Lecornu. Depuis février 2026, elle cumule le porte-parolat avec le portefeuille de l’énergie. Une ascension rapide pour celle que Le Monde décrit comme une figure désormais installée de l’aile droite macroniste.
