Frontignan : 50 000 euros pour « participer », des millions pour gouverner

Jeux d’échecs au sol, casiers de plage, gîtes pour chauves-souris et bancs bavards le budget participatif de Frontignan avec Michel Arrouy - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Jeux d’échecs au sol, casiers de plage, gîtes pour chauves-souris et bancs bavards le budget participatif de Frontignan avec Michel Arrouy - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

Frontignan lance la quatrième édition de son budget participatif. 50 000 euros permettront aux habitants de proposer puis de choisir quelques aménagements. L’initiative peut être utile. Mais face aux choix qui attendent la commune : littoral, risques industriels, friches, logement, mobilités, vieillissement, la somme représente moins de 0,1 % du budget municipal. Alors : démocratie participative ou occupation citoyenne ?

Des jeux d’échecs au sol, des casiers de plage, des gîtes pour chauves-souris et des « bancs bavards ». Ce sont les quatre projets retenus en 2025 parmi 28 propositions. Pour 2026, la ville remet 50 000 euros sur la table : 30 000, 10 000 et deux enveloppes de 5 000 euros. Les projets seront filtrés par un jury avant le vote des habitants. Ceux de 2025 sont encore en cours de réalisation.

Personne ne contestera l’intérêt d’un banc favorisant les rencontres ou d’un équipement accessible aux personnes à mobilité réduite. Mais quel pouvoir donne-t-on réellement aux habitants ?

Moins d’un euro sur 1 000

Le budget 2026 de Frontignan atteint 52,36 millions d’euros, dont 13,13 millions d’investissements. Les 50 000 euros du budget participatif représentent donc 0,095 % du budget municipal et 0,38 % des investissements. Sur 1 000 euros dépensés par la ville, moins d’un euro relève de cette démocratie participative.

Pendant ce temps, les décisions structurantes se comptent en millions. Frontignan comptait 24 136 habitants en 2023, contre 22 762 en 2017. La croissance repose sur l’arrivée de nouveaux habitants, tandis que 17 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Combien d’habitants accueillir ? Où construire ? Quels logements abordables et quels services publics ? Autant de sujets sur lesquels la participation pourrait dépasser le choix d’un mobilier urbain.

Le littoral et les friches plutôt que les nichoirs

Il y a surtout la mer. Frontignan travaille désormais sur les conséquences du recul du trait de côte jusqu’à l’horizon 2123. Les études municipales retiennent pour 2053 une élévation du niveau marin de 24 à 27 centimètres. Quels secteurs protéger ? Que faudra-t-il déplacer ? Jusqu’où défendre le lido avant d’organiser le recul ?

La commune cumule également les risques d’inondation, de submersion et d’incendie. Elle accueille surtout le dépôt BP-GDH, classé Seveso seuil haut et présenté par la ville comme le plus important dépôt de carburants de France. Quelle place conserver aux hydrocarbures ? Quelle reconversion énergétique et industrielle ?

Autre dossier : les 11 hectares de l’ancienne raffinerie Mobil, restitués à la ville en mai 2026 après environ 60 millions d’euros de dépollution financés par l’ancien exploitant. Quelles activités y installer ? Quelle maîtrise publique du foncier ? Et quelle place donner aux habitants dans un choix qui engage la ville pour plusieurs décennies ?

Et maintenant, participer à quoi ?

Il faut encore ajouter le futur pôle d’échanges multimodal, la friche Lafarge, le quai Voltaire, le logement, les déplacements, l’adaptation climatique et les finances municipales. Pour le nouveau mandat, la majorité de Michel Arrouy annonce notamment piscine intercommunale, gymnase, parc public, photovoltaïque et reconversions économiques. Soyons gentils, le budget participatif n’est pas inutile. C’est son échelle qui interroge.

Allez ! Faire choisir 50 000 euros d’aménagements à quelque 24 000 habitants peut créer du lien et faire émerger de bonnes idées. Mais présenter le dispositif comme un véritable partage de la décision devient plus difficile lorsque 99,9 % du budget municipal lui échappe.

Michel Arrouy et sa majorité ont cinq ans pour répondre à des choix autrement plus lourds : littoral, friches industrielles, logement, risques, mobilités et services publics. La démocratie participative pourrait alors changer d’échelle : non plus seulement demander aux Frontignanais·es quel petit équipement ielles souhaitent, mais quelle ville ielles veulent vraiment et comment dépenser les millions nécessaires pour bien y vivre.

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