Presse, le cas Julien Miro : « la confiance se construit par la transparence »

Presse, le cas Julien Miro : "la confiance se construit par la transparence" - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Presse, le cas Julien Miro : "la confiance se construit par la transparence" - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

À Castelnau-le-Lez, mai 2026, Julien Miro promet désormais : « aucune action judiciaire contre la presse » durant son mandat. Et après l’effet d’annonce, pour être plus précis, le communiqué détaille « une nouvelle méthode » garantie « sans recours systématique à la justice « .  Mais une presse libre n’est ni un ennemi à poursuivre ni un partenaire docile chargé d’accompagner la communication municipale. Son rôle n’est pas de « soutenir le territoire », mais d’informer les habitant·es, y compris lorsque cela dérange les élu·es, c’est-à-dire les citoyen·nes mandaté·es pour exercer le pouvoir local.

Derrière cette posture de bienveillance institutionnelle affleure pourtant un message beaucoup plus ambigu : si Julien Miro choisissait un jour d’attaquer un média, alors cela signifierait implicitement que ce média aurait réellement franchi une ligne rouge et que la procédure serait, cette fois, moralement justifiée. Comme si les élu·es d’une majorité conservaient malgré tout le monopole de définir la frontière entre critiques légitimes, et critiques inacceptables. Julien Miro installe implicitement une idée plus problématique qu’il n’y paraît : celle selon laquelle un maire disposerait d’une forme de légitimité morale naturelle à poursuivre les médias lorsqu’il estime qu’ils dépassent une certaine limite. Son verbatim est le suivant : « la municipalité rappelle que la presse a pour rôle d’informer, de questionner et parfois de critiquer. Une collectivité solide doit être en mesure d’y répondre avec clarté et constance. Le recours à la justice doit rester exceptionnel. »

Autrement dit, le problème ne serait plus le principe même des poursuites contre la presse par une collectivité publique, mais seulement le respect d’une sorte de baromètre de la docilité pour éviter leur usage excessif ou coûteux. Selon l’actuelle majorité, ces démarches auraient coûté 5 112 euros à la collectivité sur la dernière année, sans déboucher sur la moindre condamnation. Souhaitons que cette velléité de transparence aille aussi jusqu’à révéler les contrats de partenariats passés avec la presse locale dont certains montants dépasseraient les 4 chiffres. Souhaitons aussi toute « la transparence » sur des relations à venir de partenariats avec les différents organes de presse. Agréable aussi, il serait : pour démonter l’authenticité de la démarche et la garantie que ces mœurs ne se répètent pas, de révéler les dépenses occasionnées par le déplacement d’Olivier Biscaye, pris en flagrant délit de ménage pour interviewer Frédéric Lafforgue lors de l’accueil des nouveaux arrivants dans la ville en 2024. Ce n’est qu’un petit exemple… Et il serait très vertueux de diffuser toutes les dépenses faites au nom d’un partenariat-presse. Et comme le dit Julien Miro : « la confiance se construit par la transparence et la capacité à répondre. »

Faut-il rappeler que dans un État démocratique, un maire n’est pas l’arbitre de la qualité du travail journalistique ni le client d’une société de presse ? La liberté de la presse repose précisément sur le fait que les journalistes puissent enquêter, critiquer, déranger ou révéler des dysfonctionnements sans vivre sous la menace permanente d’une procédure intentée avec des moyens publics.

Le double danger

D’un côté, les procédures judiciaires peuvent rompre le fragile équilibre financier de média indépendant et les réduire au silence définitif. De l’autre, la promesse de « rapport apaisé » peut installer une attente implicite de presse plus conciliante, plus institutionnelle, moins conflictuelle. C’est là que ce débat rejoint frontalement la charte de Munich : un journaliste n’est pas un partenaire de communication territoriale. Il n’a pas à entrer dans une relation de validation mutuelle avec le pouvoir local. Sinon, la frontière devient floue entre information indépendante et presse d’accompagnement.

Mais derrière cette posture d’apaisement, il y a une autre question, plus dérangeante : jusqu’où peut aller un partenariat entre une collectivité et les médias sans entrer en collision avec la charte de Munich ? La réponse est simple, il ne peut pas y avoir de partenariat. Adoptée en 1971, cette déclaration des devoirs et des droits des journalistes rappelle un principe fondamental : un journaliste doit refuser toute confusion entre information, communication et publicité. Or, derrière les discours sur le « rapport apaisé et responsable », un risque d’une pratique déjà avérée par le passé existe, celui d’une presse sommée d’être constructive, positive, institutionnellement fréquentable.

On ne le sait que trop, une municipalité adore généralement la presse à condition qu’elle relaie ses inaugurations, ses éléments de langage et ses photos officielles. Dès que les questions deviennent plus abrasives : urbanisme, finances, conflits d’intérêts, gestion locale, le ton change souvent brutalement.

La promesse de Julien Miro pose donc une contradiction démocratique intéressante : faut-il choisir entre la pression judiciaire et une forme de domestication douce des médias par la proximité politique et la communication institutionnelle ? Bref ! Une démocratie mature ne se mesure pas à la gentillesse d’un maire avec les journalistes. Elle se mesure à sa capacité à accepter durablement la contradiction, l’enquête et parfois même l’impertinence.

Bon à savoir

Ménage

Dans le jargon journalistique, un « ménage » désigne une activité rémunérée réalisée par un journaliste pour le compte d’une entreprise, d’une institution ou d’une collectivité, en dehors de son travail rédactionnel. Iel s’exécute alors dans l’animation d’événement, la modération de débat, la rédaction de contenus, la présentation de cérémonie ou la prestation de communication.

Ces activités ne sont pas interdites en soi, mais elles affaiblissent considérablement l’indépendance éditoriale. La charte de Munich et de nombreuses rédactions rappellent qu’un journaliste doit éviter les situations pouvant créer une confusion entre information, communication et intérêts privés ou publics. Un « ménage » peut ainsi fragiliser la crédibilité d’un média lorsque le journaliste est amené à couvrir ensuite les acteurs qui le rémunèrent.

PUB...

MÉTÉO

🌤️
Météo locale
Localisation en cours...
--°C Chargement...
Ressenti : --°C Vent : -- km/h Humidité : --%
Données météo : Open-Meteo. La position reste traitée dans votre navigateur.

SÉLECTION DE LA RÉDACTION

Source d’Issanka le consensus LNMP se fissure-t-il à Sète Agglopôle

INSCRIPTION NEWSLETTER