Projet CSR : un référendum, pas une mascarade de concertation

CSR Montpellier illustation simulation IA - Photo - DR BC_
CSR Montpellier illustation simulation IA - Photo - DR BC_

[TRIBUNE] Ce lundi 11 mai s’ouvre la concertation publique sur le projet de transformation d’AMÉTYST et sa future chaufferie CSR. On nous parle de démocratie. Très bien. Commençons donc par ne pas la réduire à un mois de concertation coincé entre ponts, jours fériés et agendas saturés.

Deux réunions publiques. Quatre permanences. Quelques visites limitées à 18 personnes. Voilà ce qui devrait suffire pour informer et consulter les 500 000 habitant·es de la métropole sur un projet qui engage leur santé, leurs impôts, leur air, leur cadre de vie et leur avenir.

Pour les habitant·es directement concerné·es, ce ne sont pas des sigles, des slides ou des graphiques : ce sont des fumées possibles, des camions, des nuisances, des risques sanitaires, un cadre de vie fragilisé, et ce sentiment très concret qu’une décision lourde se prend loin d’eux, mais tout près de chez eux.

Une mascarade avec PowerPoint et langage technico-rassurant

Ce n’est pas une véritable concertation démocratique. C’est une procédure au rabais. Une mascarade avec PowerPoint, langage technico-rassurant et expertises servies tièdes par les promoteurs du projet.

Car derrière les mots rassurants — « valorisation énergétique », « transition écologique », « économie circulaire » — de quoi parle-t-on vraiment ? D’une chaufferie CSR destinée à brûler des combustibles solides de récupération issus de déchets non recyclables : refus de tri, plastiques, digestats séchés. En clair : une chaudière à plastique. La transition écologique, paraît-il, a besoin d’une cheminée.

Une décision de cette ampleur exige autre chose qu’une consultation express. Elle exige un vrai débat métropolitain, contradictoire, public, transparent, avec des expert·es indépendant·es, des associations, des scientifiques, des soignant·es, des collectifs citoyens, des élu·es de toutes sensibilités et les habitant·es directement concerné·es.

Elle exige surtout que les alternatives soient étudiées sérieusement. Quels scénarios sans CSR ont été réellement comparés ? Combien coûterait une vraie politique de réduction des déchets ? Quels emplois créerait-elle ? Quels tonnages permettrait-elle d’éviter ? Quels bénéfices sanitaires et environnementaux produirait-elle ?

Car une chaufferie CSR n’est pas une solution neutre. C’est une machine qui a besoin d’être nourrie. Elle suppose un flux régulier de déchets combustibles pour fonctionner et être rentable. Elle enferme donc la métropole dans une logique industrielle pour des décennies, au moment même où il faudrait réduire les déchets à la source.

Une vraie politique écologique des déchets, c’est l’inverse : moins d’emballages, plus de réemploi, de réparation, de consigne, de compostage de qualité, de tri exigeant, de filières locales, d’éducation populaire et de moyens humains. Cela suppose notamment de former, salarier et déployer massivement des ambassadrices et ambassadeurs du zéro déchet et du tri dans toute la métropole. Bref, de faire de l’écologie réelle, pas de repeindre un four en vert.

L’arrêt de ce projet d’incinérateur CSR

Pendant la campagne municipale, nous avons porté, au sein du Printemps montpelliérain, une position claire : l’arrêt de ce projet. Parce qu’il est problématique sur les plans sanitaire, environnemental, économique et démocratique. Parce qu’il appartient à une logique dépassée : produire trop de déchets, construire des équipements lourds pour les absorber, puis présenter leur combustion comme une avancée écologique.

Ce projet n’est pas isolé. Il s’inscrit dans la même logique que l’incinérateur de boues de Maera, avec son cortège annoncé de questions sanitaires, notamment autour des PFAS : une logique industrielle, technocratique et marchande, où les grands opérateurs privés transforment les déchets, l’eau, les boues — et demain peut-être l’air — en sources de profits.

À chaque fois, on nous promet les filtres, les normes, la maîtrise technique, les « meilleures technologies disponibles ». À chaque fois, les habitant·es doivent faire confiance. Mais qui contrôlera réellement les émissions ? Qui assumera les risques liés aux particules, aux dioxines, aux PFAS, aux polluants persistants et aux cocktails chimiques ? Qui paiera si les promesses ne sont pas tenues ? Spoiler : rarement ceux qui signent les contrats et empocheront les profits.

Le CSR est aussi le symptôme d’une certaine vision de Montpellier : une métropole qui grossit, artificialise, étend ses zones d’activités, consomme des terres agricoles et naturelles, multiplie les grands projets, puis prétend régler les nuisances qu’elle génère par de nouvelles machines industrielles.

Une métropole pensée comme une machine à bétonner

On le voit à Cambacérès, à Castelnau-le-Lez et ailleurs : pression sur les espaces naturels, transports saturés, qualité de vie dégradée, décisions éloignées des habitant·es. Ce n’est pas un accident. C’est un modèle. Une métropole pensée comme une machine à bétonner, produire des flux, puis industrialiser les problèmes qu’elle fabrique elle-même.

Les élections municipales n’ont pas tranché ce débat. Un projet aussi lourd ne peut pas être confisqué par quelques bureaux, quelques industriels et quelques éléments de langage. Il doit faire l’objet d’un véritable débat métropolitain, indépendant et contradictoire, suivi d’un référendum.

Les électrices et les électeurs doivent pouvoir décider directement d’un projet qui engage leur santé, leurs finances et leur territoire pour des décennies.

En attendant, saisissons-nous massivement de cette concertation, même insuffisante, même verrouillée, pour dire non à cette chaudière à plastique. Non à la fuite en avant industrielle. Non à l’empoisonnement ordinaire présenté comme modernisation écologique. Non à une métropole qui prétend verdir ses déchets en les brûlant.

Montpellier et sa métropole méritent mieux : moins de déchets, moins de pollution, moins de grands projets imposés ; plus de démocratie, plus de santé publique, plus de sobriété, plus de justice écologique.

Ce projet CSR doit être abandonné. Les habitant·es doivent reprendre la main.

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