À Port-la-Nouvelle, Qair branche ses éoliennes flottantes et change d’échelle industrielle

Offshore Eolmed - Photo - Qair
Offshore Eolmed - Photo - Qair

L’énergéticien montpelliérain Qair a franchi une étape stratégique avec la mise sous tension fin avril 2026, des trois éoliennes flottantes du projet Eolmed, au large de Port-la-Nouvelle. Derrière l’image technologique, l’enjeu est aussi économique : celui de la capacité d’un acteur régional indépendant à soutenir des investissements industriels massifs dans une filière encore émergente.

Le parc pilote représente 400 millions d’euros d’investissement pour seulement trois machines de 10 MW chacune. Un ratio considérable qui illustre le coût encore élevé de l’éolien flottant. Selon Qair, environ 10 % du financement provient de subventions publiques de l’Ademe et de fonds européens. Le reste a été porté par l’entreprise et ses partenaires financiers.

Créé à Montpellier autour de Jean-Marc Bouchet, le groupe s’est progressivement transformé en acteur international des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert. Les comptes publiés pour Qair International montrent une forte croissance du chiffre d’affaires, passé de 76,9 millions d’euros en 2021 à 222 millions d’euros en 2024.

Accélération courageuse qui s’accompagne d’investissements particulièrement lourds, financés en grande partie par l’endettement et les partenaires financiers du groupe. Les comptes traduisent un modèle très capitalistique, typique des grands projets d’infrastructures dans les énergies renouvelables, où les revenus sont attendus sur plusieurs décennies. Malgré une forte croissance de son activité ces dernières années, le groupe reste engagé dans une phase d’expansion nécessitant des financements importants.

Une croissance portée par la dette

Le modèle économique repose sur une logique classique des grands énergéticiens renouvelables : investir lourdement aujourd’hui pour sécuriser des revenus sur plusieurs décennies grâce à la vente d’électricité. Dans ce secteur, les premières années affichent souvent une rentabilité dégradée, le temps d’amortir les infrastructures.

Mais les chiffres traduisent une tension financière réelle. Qair International a enregistré une perte nette de près de 59 millions d’euros en 2024 malgré la progression de son activité. Une situation qui n’est pas inhabituelle dans les renouvelables, mais qui suppose un accès continu au crédit bancaire et aux investisseurs institutionnels.

L’enjeu dépasse le simple démonstrateur technologique. Qair espère capitaliser sur Eolmed pour décrocher de futurs marchés industriels en Méditerranée. Car derrière les trois turbines installées à 18 kilomètres des côtes audoises, c’est toute une filière française qui cherche à prouver sa viabilité économique face aux géants européens de l’énergie.

Une industrie sous perfusion

Le chantier a servi de vitrine industrielle pour Port-la-Nouvelle, où les pales de 82 mètres ont été assemblées. Qair défend une stratégie de relocalisation partielle de la chaîne de production, avec l’objectif de faire émerger un tissu industriel autour de l’éolien flottant et de l’hydrogène renouvelable en Occitanie.

Mais quid de ces projets pilotes ? Peuvent-ils devenir rentables sans soutien public massif ? Pour l’instant, l’éolien flottant européen demeure une industrie sous perfusion d’aides et de financements publics, en attendant une baisse des coûts comparable à celle connue par le solaire photovoltaïque il y a une décennie.

Bon à savoir

Pourquoi l’éolien flottant est stratégique ?

Contrairement aux éoliennes posées au fond de la mer du Nord, les éoliennes flottantes méditerranéennes reposent sur d’immenses plateformes ancrées au large. Cette technologie permet d’installer des parcs dans des zones où les fonds marins sont trop profonds pour des fondations classiques.

Le projet Eolmed, porté par Qair au large de Port-la-Nouvelle, sert avant tout de démonstrateur industriel. Ses trois éoliennes de 10 MW doivent produire environ 110 millions de kWh par an, soit la consommation résidentielle d’une ville de 50 000 habitants. Mais l’objectif dépasse largement la seule production électrique.

L’État et la Région Occitanie voient dans cette filière un enjeu de souveraineté énergétique et industrielle. Eolmed affirme que 80 % de la construction et de l’installation du projet ont été réalisés par des entreprises françaises. Les flotteurs géants ont notamment été assemblés à Port-la-Nouvelle, où la Région a investi près de 800 millions d’euros pour transformer le port en hub des énergies marines renouvelables.

Le chantier donne aussi une idée de l’échelle industrielle nécessaire : 600 emplois mobilisés, 600 000 heures de travail et des flotteurs de 3 500 tonnes chacun, comparés par Qair aux dimensions de l’Arc de Triomphe.

Mais il existe tout de même une inconnue : le coût. L’éolien flottant demeure aujourd’hui beaucoup plus cher que l’éolien terrestre ou solaire. Les projets pilotes comme Eolmed bénéficient donc encore d’aides publiques importantes afin d’accélérer l’industrialisation de la filière et faire baisser les coûts à long terme.

FEH ou la multiprise flottante

Installé aux côtés des 3 éoliennes flottantes en haute mer qui fourniront l’électricité, le FEH (Floating Electrical Hub) récupère l’énergie produite par les éoliennes, afin de permettre l’injection de l’électricité vers le réseau électrique. Ces éoliennes du projet Eolmed ont été mises sous tension le lundi 20 avril 2026, au large de Port-la-Nouvelle. Cette opération marque le raccordement effectif du parc pilote au réseau électrique exploité par RTE et l’entrée dans une phase de tests techniques avant l’injection des premiers mégawattheures d’électricité renouvelable.

FEH Floating Electrical Hub - Illustration - Qair
FEH Floating Electrical Hub – Illustration – Qair

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