La commémoration du 8 mai 1945 revêtait cette année d’élections municipales une couleur particulière compte tenu de la présence de plus en plus décomplexée des élu.es du Rassemblement National, 12 jours après la journée nationale du souvenir des victimes de la déportation. Pour les rares personnes survivantes de cette époque et pour beaucoup de descendant·es de résistant·es ou de déporté·es, et parfois des deux, l’affront est difficile à supporter.
« Même si ces cérémonies sont devenues très formelles, confie une élue insoumise, on ne va pas se laisser voler notre Histoire. Il faut y aller même s’il n’y a guère de place à des récits ou prise de parole qui disent vraiment le sens de cette victoire contre le nazisme et si le protocole favorise les officiels ». C’est pourquoi dans certaines communes, des partis de gauche, la LDH ou des collectifs appelaient les citoyens à la vigilance. À Cournonsec, le député Sylvain Carrière a pu rappeler où mènent « les idéologies de haine, le racisme et l’antisémitisme lorsqu’ils progressent dans l’indifférence » en citant Lucie Aubrac : « le mot résister doit toujours se conjuguer au présent. ».
Plus soucieux de se notabiliser que de commémorer la capitulation de l’Allemagne nazie et les millions de morts de la Seconde Guerre mondiale, ils sont peu nombreux les élu·es qui ont le souci réel de se souvenir et de transmettre pour résister à la menace brune. À Sète par exemple, on respecte la tradition, mais en service minimum. En l’absence du maire, c’est sa 1re adjointe, Manon Barbet qui a donné lecture du texte officiel de la ministre des armées et des anciens combattants. Peut-être du fait de l’émotion de prendre ainsi la parole en public, elle a prononcé « dazisme » à la place de nazisme et s’est reprise à trois fois pour dire un nom qui ressemblait à… Buchenwald, (sinistre camp de concentration et de travail forcé où périrent 56 000 prisonnières, dont un certain Maurice Tarbouriech, jeune sétois âgé de 24 ans).
Quant à la présence des élu·es de la liste du Rassemblement National, Sébastien Pacull et ses colistiers ont oublié, ou ne l’ont jamais su, que leur mouvement a été créé avec Jean-Marie Le Pen par des Waffen SS, c’est-à-dire des collaborateurs engagés dans l’armée allemande. Pour connaître leur histoire, on ne saurait trop leur conseiller de regarder le documentaire en deux épisodes diffusés sur Arte « Les soldats français du Reich« .
Ils pourront toujours dire que « c’est du passé », que la page est tournée et même se vanter d’une judéophilie peu crédible pour un parti qui compte le plus grand nombre de condamnés pour antisémitisme. Cette judéophilie de façade ne sert qu’à justifier leur islamophobie et les agissements d’un gouvernement d’extrême droite suprématiste et génocidaire. Les ressorts idéologiques, qui hélas bénéficient d’amplificateurs plus puissants qu’à l’époque de l’ascension d’Hitler au pouvoir, sont pourtant les mêmes : la peur de l’étranger, la division des peuples à partir d’une hiérarchisation des humains et la soumission absolue aux puissants.
