Indemnités des élus à Sète : vaines polémiques ou véritable ligne de fracture politique ?

Hervé Marquès maire de Sète - Photo - DR CM
Hervé Marquès maire de Sète - Photo - DR CM

Adoptée par le conseil municipal du 20 avril 2026, la hausse de l’indemnité du maire est spectaculaire. Elle passe de 3 600 euros bruts à 6 000 euros, atteignant le maximum du seuil autorisé, tandis que l’enveloppe de ses frais de représentation augmente de 50%, passant de 8 000 euros à 12 000 euros annuels. À Sète comme ailleurs, le vote des indemnités fait débat et révèle des clivages sur la conception du pouvoir local. « Démagogie et populisme » rétorque la majorité.

Si elle ne conteste pas le principe d’accorder des indemnités pour permettre à tout citoyen·ne, quelles que soient son origine ou sa situation sociale, d’exercer pleinement un mandat électif, l’opposition de gauche a trouvé dans cette augmentation « le message choquant » au regard du contexte économique des collectivités et de la situation sociale de la population.

Du respect du statut de l’élu local aux disparités choquantes

Au nom du groupe Nouvelles Pages pour Sète, Stellla Morenas a mis en exergue le décalage de cette décision avec la situation du moment « alors que de nombreux habitants peinent à boucler leurs fins de mois, que les services publics sont en difficulté et que les associations aimeraient davantage de moyens, que toutes parts, on nous exhorte à l’économie, vous choisissez d’augmenter vos indemnités ».

De son côté, le RN Sébastien Pacull considère qu’une telle augmentation serait acceptable si la ville n’était pas si endettée.

En première réponse, le maire défend une rémunération permettant l’exercice « à plein temps » du mandat, insistant sur la charge de travail qu’il estime à 300 heures mensuelles. Reprenant son récit de campagne (populiste pour le coup !) de « l’enfant du Vallon« ,  il considère que cette rémunération est à mettre au crédit de la promotion républicaine et de « l’égalité des chances » qui donne la possibilité aux personnes comme lui d’extraction populaire d’accéder à de hautes fonctions.

La faille de cet argumentaire est toutefois que les avantages de la fonction ne sont pas réservés qu’aux gens issus des classes populaires, loin s’en faut. Les grands bourgeois, tels que l’était son prédécesseur, n’avaient pas besoin de cet argument pour se rémunérer dans les mêmes proportions que lui, voir plus ! La promotion républicaine n’est donc pas un brevet de probité ni d’exemplarité. Quelle que soit la charge de travail, on ne peut que regretter, comme l’a fait Gabriel Blasco, le contraste entre le refus constant de la droite et du bloc central d’augmenter le SMIC – qui détermine toute la grille des salaires – au nom de la défense des entreprises ainsi que le quasi-blocage des rémunérations des personnels des collectivités, quand l’appréciation de la « valeur du travail » semble bien moins étriquée quand elle concerne les élus s’accordant leurs propres avantages.

« Un débat un peu facile qu’on aurait pu éviter »

On comprend plus nettement dans le débat que cette confortable augmentation a surtout pour but de « compenser » le manque à gagner sur les indemnités associées à la présidence de l’agglomération à laquelle Hervé Marquès a dû renoncer. Ce dernier touchera néanmoins 1 700 euros d’indemnité, selon ses dires, au titre de son mandat de 1er vice-président de la SAM. C’est sans doute la raison pour laquelle il a qualifié de débat comme « un peu facile qu’on aurait pu éviter »

Préparée à l’attaque des oppositions sur ce terrain, l’équipe Marquès s’est armée de citations choisies du côté du parti socialiste. Cadre chez Promeo Immobilier, comme le fut en son temps le nouveau maire, son adjoint Romain Ferrara  s’est fait un plaisir de citer le président de la SAM, Loïc Linares «  il faut cesser ce faux débat sur les indemnités, il en va de la relation de confiance avec le citoyen. Il en va de notre vivre ensemble », puis avec délectation «le concours Lépine de la bêtise et la manière indigne de certains élus d’opposition qui jouent en instrumentalisant la question des indemnités à chaque début de mandat » du sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi, ou encore, pour finir, le président du conseil départemental  Kléber Mesquida dans le but de déstabiliser les deux élu•es de l’opposition municipale qui appartiennent à sa « majorité budgétaire ».

Au-delà des montants eux-mêmes, c’est surtout l’écart important (jusqu’à un ratio de 1 à 8 ) entre les indemnités du maire et celles des adjoint·es et conseiller·es délégué·es qu’a voulu mettre en exergue Laura Seguin. Cet écart indique selon elle une « conception très peu collective » de la gestion de la ville et un affaiblissement des « capacités des élu•es à s’investir« . Si le maire travaille bien plus d’heures que ne l’autorise le Code du travail comme lui-même s’en est expliqué pour justifier son augmentation, pourquoi à l’inverse « ne les partage-t-il pas davantage avec ses 31 colistiers ? » s’interroge l’écologiste Silvain Pastor . La majorité balaie cet argument en mettant en avant la cohésion de son équipe et l’engagement du maire.

Sans surprise, les délibérations afférentes aux indemnités et frais de représentation ont été adoptées par la majorité avec 12 voix contre, la totalité des groupes d’opposition.