Beau succès du meeting de la liste conduite par Nathalie Oziol avec la participation de Jean-Luc Mélenchon. L’ambition exprimée est grande : faire reculer les idées d’extrême droite et offrir une alternative à 50 ans de pouvoir socialiste sur la capitale régionale, pouvoir désormais requalifié de “social-macronisme”.
Il aura fallu ouvrir une salle annexe pour pouvoir accueillir les plus de 1 200 personnes qui se sont pressées à l’entrée de la salle Dièze dans une ambiance plutôt bon enfant, au regard des menaces d’incursions violentes que laissait planer la surchauffe des identitaires sur les réseaux [a]sociaux depuis le drame de Lyon injustement imputé à la France Insoumise. Animé par les colistier·es Livia Jampy et Rhany Slimane, le meeting a pu débuter dans l’écho troublant des applaudissements et slogans se chevauchant d’une salle à l’autre.
Julia Mignacca : « il faut rompre avec les politiques d’accompagnement de l’échec »
Ovationnée par la salle, Julia Mignacca, ancienne responsable nationale et fédérale d’Europe Ecologie les Verts a expliqué les raisons pour lesquelles elle a signé une tribune de 800 écologistes réclamant une « écologie de rupture », et démissionné du mouvement « Quand les gens qui tiennent le gouvernail partent à la dérive, il faut savoir prendre ses responsabilités ». Puis elle expose ce qui l’a poussée à rejoindre la liste “Faire mieux pour Montpellier” : « Nous sommes déjà ensemble depuis des années dans les luttes : contre l’A69, contre le COM, le déplacement du stade de la Paillade. Nous nous sommes retrouvé·es uni·es dans les élections avec la Nupes, puis le Nouveau Front Populaire » ainsi que pour la défense de l’hôpital, pour Gaza, pour les salariés d’Ubisoft… « la plupart du temps, le PS était contre nous”.
Julia Mignacca dénonce une écologie «de façade», réduite à « quelques arbres pour des selfies sur la Comédie », et lui oppose une écologie populaire, sociale et protectrice. Elle prend l’exemple de l’énergie : « Notre système marche sur la tête. Il nous rend dépendants des marchés, des spéculateurs et des régimes autoritaires. » À Montpellier, un habitant sur cinq est en précarité énergétique. Pour elle, ce n’est « pas un accident, mais le résultat d’un choix politique : ne pas planifier et ne pas protéger ». Une écologie réservée aux plus aisés nourrit la colère sociale : « Quand l’écologie devient une écologie contre les gens, l’extrême droite récolte la mise. » Elle appelle donc à une écologie de transformation sociale capable de répondre aux besoins quotidiens et de battre politiquement le RN. Pour elle, il n’est pas possible que les Ecologistes se placent en “béquille du Parti socialiste, lui-même étant désormais la béquille du macronisme”.
Remerciant Nathalie Oziol d’avoir permis le grand rassemblement à Montpellier “d’une gauche et une écologie de rupture, populaire, rassemblée autour d’un autre projet de société”, elle affirme qu’aujourd’hui “cette force a un cœur battant, c’est la France insoumise”.
Nathalie Oziol : « Delafosse, c’est le 49.3 municipal »
Saluant la dynamique militante et l’union des forces de la gauche de rupture, Nathalie Oziol remercie également Kévin Hoareau, chef de fil de Génération-S à Montpellier et Alenka Doulain, élue sortante et porte-parole du collectif municipalisme Cause Commune, d’avoir rejoint la campagne insoumise.
Puis elle attaque frontalement le «social-macronisme», identifié par ses politiques clairement libérales et ségrégatives menées localement par Michaël Delafosse et le refus de son parti, le PS, de voter la censure du gouvernement. Elle rappelle les résultats des votes des budgets nationaux : coupe de 5 milliards sur la santé, suppressions de milliers de postes dans l’éducation, recul des services publics et sabotage de la transition écologique. Elle constate aussi qu’avec 2 milliards de ponctions sur les collectivités locales, “à quelques semaines des municipales, le gouvernement a donc organisé l’impuissance des maires dont celle des maires socialistes, et cela avec leur approbation !”
En plus d’appauvrir le pays, ce budget reprend les propositions de l’extrême droite, signale-t-elle en évoquant notamment les mesures qui touchent les étrangers comme le prix des permis de séjour et les mesures prises contre les étudiants.
La députée candidate à la mairie de Montpellier défend un projet municipal de bifurcation sociale et écologique : lutte contre le sans-abrisme, création d’un restaurant populaire bio à bas prix, protection des terres agricoles, opposition aux projets de bétonisation, démocratie locale renforcée. « Delafosse, c’est le 49.3 municipal, nous sommes la liste du RIC», annonce-t-elle. Face à sa gestion souvent inhumaine, instrumentalisant la laïcité au service de l’islamophobie, jouant sur les peurs et les divisions, Nathalie Oziol revendique avec sa liste une ville féministe, antiraciste.
Il s’agit pour elle de : « Tourner la page de cinquante ans de gestion injuste » et faire de Montpellier « un symbole national d’une alternative populaire, écologique et sociale ».
Jean-Luc Mélenchon : de l’union de la gauche à l’union populaire
Demandant à la salle qui clamait son prénom de ne pas le faire , Jean Luc Mélenchon a dit d’emblée ne pas souhaiter “rabougrir son propos” à la réponse aux attaques incessantes portées contre son mouvement, même s’il le fera longuement et en détail à la fin de son discours. La priorité pour lui, à Montpellier, était de caractériser le moment “historique inédit” dans lequel s’inscrivent ces élections municipales. Il commence pour cela par décrire les stratégies de recomposition unitaires de la gauche nées après le référendum de 2005 pour construire une nouvelle alternative au libéralisme. Mais il reconnaît l’échec de cette stratégie balbutiante sous le coup des opérations de division de ceux que faisaient craindre les percées fulgurantes de la France Insoumise. Celles-ci ont abouti, au prix de « lâchetés et de débandades intellectuelles » à donner aux opposants de la France insoumise un seul programme, « la détestation de ce que nous représentons. »
L’orateur reconnaît à son mouvement « honneur et fierté » d’avoir poursuivi l’œuvre unitaire en décidant de devenir le parti de la jeunesse et des quartiers populaires. Car c’est cela qui a rendu possible le fait d’imposer les accords de la Nupes et du NFP et le principe des candidatures uniques à gauche aux législatives de 2022 et 2024, « du jamais vu » dans toute l’histoire de la gauche.
Après un vibrant développement sur le sens du combat humaniste, anticapitaliste, antiraciste et écologique du mouvement dont il est le fondateur et qui fête cette année son 10e anniversaire, Jean-Luc Mélenchon a démontré l’importance du rendez-vous électoral de mars, “loin des enjeux de personnes ou de slogans”. Au passage, il ne manque pas d’égratigner les socialistes et leur complicité dans l’adoption du budget 2026 et dit à leur adresse “même quand vous nous dites bonjour, on se demande si vous n’êtes pas en train de nous dire au revoir”, ce qui s’avère presque doucereux comparé à ce qu’il réservera ensuite au candidat Retailleau pour 2027, et à Macron, « indigne d’être président de la France« .
Mais quand même, il clame : “ne pardonnez pas à Michaël Delafosse d’avoir été en première ligne pour briser en 2022 l’alliance populaire grâce à laquelle nous étions majoritaires au soir du 1er tour, d’avoir refusé la censure, d’avoir laissé passer 4200 suppressions de postes dans l’enseignement et les deux tiers du budget de l’action écologique de l’état”. Impardonnable pour Jean-Luc Mélenchon au moment même où « jamais autant de départements n’ont été en alerte, jamais autant de rivières ne sont sorties de leur lit”. Aujourd’hui, « c’est l’heure de la vertu, le moment de sanctionner ceux qui n’ont pas tenu parole, qui ont menti, qui ont trahi ».
« Nous ne sommes pas les témoins de notre époque, nous voulons la changer »
Il avertit : “nous ne sommes pas les témoins de notre époque, nous voulons la changer, de fond en comble”. Il en souligne l’urgence :”la civilisation humaine est entrée dans une impasse. Le modèle productiviste capitaliste s’est retourné contre tout le vivant”. “On pensait avoir le temps, on n’a plus que des délais”.
Bien que rétif à recourir aux discours catastrophistes, Jean-Luc Mélenchon s’attarde sur le changement climatique. Désormais irréversible, il faut s’y adapter, notamment sur les bords de la mer Méditerranée « qui se réchauffe plus vite que les autres mers » et entraîne par conséquent des phénomènes plus violents. Le président de l’Institut La Boétie, curieux de sciences et de géographie, porte une vision politique assez précise et concrète pour en intégrer les données. À la gestion managériale des territoires qu’il tourne en dérision, il oppose la planification définie par les citoyen·nes elleux mêmes, à l’échelle du pays, des bassins de vie, de la commune, de la cité jusqu’au conseil de quartier.
Face à l’instabilité des systèmes, « à la limite de l’équilibre » comme en témoignent les épidémies, les incendies, les inondations et tout récemment encore, les dégâts causés par la tempête : “on a besoin d’une production locale d’énergie, de moyens de secours à la hauteur, des réserves à constituer pour tenir en cas d’intempéries ». La commune est le lieu de cette ingénierie.
Jean-Luc Mélenchon cite aussi les déserts alimentaires, les déserts médicaux, qu’accumule la logique capitaliste, et promeut pour les combattre la révolution citoyenne, celle qui rend le pouvoir au “peuple des braves gens qui veulent mettre en commun leurs espérances, leurs moyens, leur fraternité, leur solidarité ».
C’est avec cette boussole que le leader insoumis finit la partie de son discours consacrée au scrutin à venir. « Voilà pourquoi il faut que nous gagnions cette élection municipale dans cette grande ville de Montpellier”, d’autant que “vous voyez se dessiner ici la forme de l’alliance à laquelle nous aspirons, pas celle des appareils, mais des gens dans l’action. Nous n’avons qu’un souhait : non pas « récupérer » les autres, mais être récupérés par les mouvements populaires dans une volonté sociale et écologiste de rupture avec les logiques capitalistes.”
Jean-Luc Mélenchon a ensuite abordé les points les plus brûlants de l’actualité nationale, notamment les attaques violentes et mensongères des deux derniers ministres de l’Intérieur et du président Macron à l’égard de La France Insoumise qui ne pouvaient rester sans réponse. Se hissant très au-dessus de ce triste et sordide spectacle politicien, le probable candidat à la Présidentielle de 2027 conclut, comme à son habitude, par une citation, ou plus exactement deux. La phrase prononcée par l’astronaute Sophie Adenot avant d’embarquer le 13 février dans la station spatiale internationale : « prenons soin les uns des autres. Osons rêver grand ensemble et continuons à viser toujours plus haut. C’est ainsi que l’Humanité progresse” puis celle prêtée à Don Quichotte par le compositeur Jules Massenet : « changer le monde, ami Sancho, ce n’est ni une utopie ni une folie, c’est justice ».