Mercredi 21 janvier, on a pu voir grâce à un masque, le double de Michaël Delafosse en SDF, installé sur la Place de la Comédie. L’objectif de l’opération : dénoncer l’inaction de la mairie face au sans-abrisme. Le groupe GPSO (police de proximité) a fortement perturbé le sommeil de Sylvain, l’homme qui incarnait Michael Delafosse.
Cette mise en scène a été imaginée par une dizaine de militants de la société civile. C’est le décès d’un SDF de 28 ans ce 30 décembre qui a motivé l’action. 14 h 30. Une retraitée approche la scène “vous n’avez pas honte, ce n’est pas la faute de Michael Delafosse, c’est la préfecture.” Pédagogue, Sébastien Tessier, coordonnateur au sein du collectif, explique que la mairie détient certains pouvoirs : ouverture de gymnases (NDLR : Comme cela avait été fait pour l’accueil de réfugiés ukrainiens), d’hébergements d’urgence, ou encore l’embauche de travailleurs sociaux pour mieux accompagner les personnes précaires. Il déplore que les collectifs citoyens, sur la signature de pétitions, sur la sollicitation des élus, n’aient obtenu aucune réponse de la mairie suite aux sollicitations.
À bas le masque de Michaël Delafosse
Très rapidement après le début du happening, face au trouble à l’ordre public potentiellement, pour qui penserait réellement que le maire de Montpellier est allongé sur la place de la Comédie, la police de proximité a demandé des explications à Sébastien Tessier. Juste le temps de trouver une infraction répréhensible.
Après quelques minutes de réflexion collective, il en sort « l’interdiction de dissimuler son visage sur la voie publique » (article 1 de la loi n°2010-1192). Mention honorable pour la police qui veut faire tomber le masque. Le masque est retiré. Mais on n’est jamais trop prudent, les coordonnées complètes du coordonnateur sont aussi relevées, avec l’approbation du principal concerné. Car la police municipale peut demander, mais ne peut pas exiger le contrôle d’identité, contrairement à la police nationale (article L511-1 et suivants, Code de la sécurité intérieure). Dans certains cadres précis, la police municipale peut retenir une personne le temps de l’intervention de la police nationale, mais sans procéder elle-même au contrôle d’identité.
L’erreur des uns et le malheur des autres
Au loin, une membre d’un collectif filme. Une policière l’interpelle “vous avez le droit de filmer, mais pas de diffuser.” C’est faux. En France, filmer et diffuser des images des forces de l’ordre dans l’espace public est légal, sous conditions. La liberté d’expression et d’information est garantie par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme.
La diffusion d’images de policiers en fonction est autorisée lorsqu’elle répond à un but légitime d’information, sans intention de nuire, sans atteinte à la vie privée ni mise en danger des agents (jurisprudence constante, notamment fondée sur l’article 9 du Code civil). Il n’existe donc aucune interdiction générale de filmer et diffuser des images de policiers en service dans ce cadre.
Le collectif en appelle à la mobilisation citoyenne et a mis en place une pétition. Avec ce happening d’un Michaël Delafosse allongé dans la rue, le collectif cible directement la municipalité montpelliéraine, qu’il met en cause, aux côtés de l’État et de la préfecture, pour un jeu de renvoi de responsabilités autour de la prise en charge de l’hébergement d’urgence. Ce nouveau collectif défend des réponses structurelles : la réquisition des logements vacants, l’ouverture de places d’hébergement dans des bâtiments immédiatement mobilisables, la création de centres pérennes assortis d’un accompagnement social, ainsi que l’encadrement des loyers.