Quand un « grand » journal installe un récit du soupçon

Quand un « grand » journal installe un récit du soupçon - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Quand un « grand » journal installe un récit du soupçon - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

En reconnaissant l’absence de faits établis tout en construisant un récit focalisé sur un seul parti, Le Monde entretient une ambiguïté intellectuellement problématique et fait la démonstration de l’art de rester en deçà du seuil juridique de la diffamation, dans la construction d’un soupçon.

L’article signé par Christophe Ayad se présente comme distancié, presque sceptique, à l’égard de la commission d’enquête parlementaire sur les liens supposés entre responsables politiques et islamisme. Reste que cette posture masque pourtant un cadrage profondément asymétrique, pour ne pas dire partisan, qui hiérarchise l’information de manière à maintenir un soupçon politique là où les faits, y compris ceux issus des services de renseignement auditionnés, ne permettent pas de leur donner le moindre fondement.

Le quotidien reconnaît explicitement que la commission n’a mis au jour aucun « lien structuré démontrable » entre partis politiques et mouvements islamistes. Ce constat central, confirmé noir sur blanc par le rapport parlementaire, est toutefois immédiatement relativisé par un long développement presque exclusivement consacré à La France insoumise, comme si l’absence de preuve devenait secondaire face à une accumulation d’exemples, d’allusions et de rapprochements.

Ce déséquilibre est d’autant plus frappant que le rapport indique, citations à l’appui, que les services de l’État n’ont identifié aucun parti plus exposé qu’un autre aux tentatives d’entrisme. Cette donnée, pourtant déterminante, est mentionnée puis rapidement marginalisée dans le déroulé du texte.

Une confusion entretenue entre clientélisme et islamisme

L’article amalgame à plusieurs reprises stratégie électorale qualifiée de « clientéliste » et proximité idéologique avec l’islamisme politique. Or cette distinction est précisément celle que la commission affirme ne pas être en mesure d’établir, ni juridiquement ni factuellement.

Assimiler la recherche de suffrages dans les quartiers populaires à du clientélisme ou du communautarisme relève d’un présupposé raciste, d’autant que l’un des spécialistes interrogé par la commission, Vincent Tiberj, a démenti l’existence d’un vote de nature communautaire. Et en conclure que s’adresser à ces quartiers fait des candidats une « cible privilégiée de l’entrisme islamiste » relève d’un raisonnement circulaire et absurde. Aucune démonstration n’est apportée sur d’éventuels bénéfices politiques retirés par des organisations islamistes. Le journal le concède, tout en continuant à structurer un récit de soupçon.

Des exemples connus, recyclés, sans qualification nouvelle

Les cas cités de Rima Hassan, Thomas Portes, Sébastien Delogu, sont présentés comme des éléments à charge alors qu’ils sont déjà largement documentés dans le débat public, sans qu’aucune qualification pénale ni institutionnelle n’ait été retenue. Le lien évoqué avec Soufiane Iquioussen est mentionné sans rappeler que l’expulsion de son père, Hassan Iquioussen, en 2023, ne constitue ni une condamnation judiciaire des élus concernés ni une preuve de collusion politique organisée. L’article ne distingue jamais clairement ce qui relève de prises de position individuelles, de maladresses politiques ou d’une stratégie nationale structurée.

Une commission disqualifiée, mais abondamment exploitée

Le Monde souligne pourtant à juste titre les faiblesses de la commission : composition du bureau sans élus de gauche, calendrier tronqué, volonté assumée d’instrumentalisation politique par Laurent Wauquiez. Mais cette mise en garde n’empêche pas le quotidien d’en reprendre largement les conclusions les plus orientées, notamment celles issues de témoignages militants, présentés sans contradictoire équivalent. La critique interne à LFI devient ainsi un argument d’autorité, alors même qu’elle ne repose sur aucune enquête judiciaire ou administrative indépendante et s’apparente manifestement à un règlement de compte.

La logique du soupçon, au cœur du texte de Christophe Ayad, tient moins à ce qu’il démontre qu’à ce qu’il suggère. Ce glissement transforme une commission politiquement orientée, aux conclusions juridiquement fragiles, en un récit qui se voudrait objectif, durable, installé dans l’espace médiatique comme une évidence.

Le problème réside dans la manière dont un quotidien dit « de référence » contribue à figer une suspicion, sans faits nouveaux, tout en revendiquant une posture d’équilibre, voire d’arbitre. À lire sur 3615LeMonde, l’art de rester en deçà du seuil juridique de la diffamation, dans la construction d’un soupçon.

22 Septembre 2025 : Jean-Louis Roumégas, Coralie Mantion, Boris Chenaud et Kevin Hoareau hissent le drapeau palestinien - Photo - Jean-Philippe Vallespir

Drapeaux sur les mairies : Jean-Louis Roumégas à l’heure du courage politique

Fabien Salasc Primeur du quartier des Beaux-arts - Photo - JPV / PLURIELLE INFO

Suspension d’un primeur aux Beaux-arts de Montpellier : sanction justifiée ou excès de pouvoir ?

Jean-Louis Roumégas et Nathalie Oziol - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

Correspondance entre têtes de liste à Montpellier : l’union en débat

Share via
Copy link