Dans l’argumentaire russe et ses soutiens, la Fédération de Russie affirme être encerclée par des bases de l’OTAN. Il est vrai que de nouveaux pays proches de la Russie ont adhéré ces dernières années. Mais nous analysons ces évènements avec l’œil qui a comme référence la guerre froide et l’affrontement USA – URSS. On oublie qu’aujourd’hui, chaque état souverain a sa volonté propre et choisit son destin et ses alliances.
Mettons-nous à la place d’un citoyen estonien, qui pendant 46 ans a été occupé par une puissance voisine, un système politique et économique qui lui est prescrit. Une partie de sa famille est déportée, des colons russes s’installent dans son pays. Une langue lui est imposée et un contrôle policier et sécuritaire est omniprésent. Une fois indépendant, ce citoyen n’a qu’une envie, c’est que cela ne se reproduise plus, d’où leur demande de se mettre sous la protection de l’OTAN. Les quelques garnisons militaires de son pays, qui existent, pour certaines, depuis plusieurs siècles, deviennent de facto des bases de l’OTAN, sans que les effectifs changent.
Mais la Russie, est-elle un risque aujourd’hui pour d’autres nations européennes ? Poutine est empêtré dans une guerre qu’il n’a pas vraiment voulue. « L’opération spéciale » ne devait durer que quelques jours. Il a dû passer à une économie de guerre. L’industrie de l’armement est devenue la base de l’économie. Des centaines de milliers d’emplois bien rémunérés ont été créés dans le complexe militaro-industriel. Les régions dépendent des ordres militaires. Arrêter la production entraînerait l’effondrement de villes entières.
Mais le danger vient surtout de ses soldats. Des centaines de milliers d’hommes avec une expérience de combat, un traumatisme psychologique et une violence habituelle, souvent armés, reviendront du front. Dans les zones de bataille, ils ont reçu des salaires cinq à dix fois supérieurs à ceux de la population civile. Cela signifie un retour à la pauvreté et au chômage dans les zones structurellement faibles où personne n’en a besoin. Les « héros loyaux » se transformeront en « gueules superflues ». Le soulèvement de Wagner a montré ce qui peut se passer lorsque les structures militaires sont hors de contrôle.
Pour des raisons de politique intérieure, malgré une éventuelle paix en Ukraine, Poutine a, pour les trois prochaines années, le champ libre, voire même la bénédiction du président américain. Serait-il tenté de reforger l’empire russe en attaquant l’Europe ?
Nicolas Desagher/ Dmitry Tchernyshev
Brève histoire de l’Ukraine 882-1994