Mobilisation du 2 décembre : à Sète, la colère sociale refuse la résignation

Discours Arnaud Jean CGT 2 décembre 2025 à Sète - Photo - Jean-Philippe Vallespir
Discours Arnaud Jean CGT 2 décembre 2025 à Sète - Photo - Jean-Philippe Vallespir

La mobilisation du 2 décembre a donné le ton : pas de trêve en vue, préviennent les responsables syndicaux. Pour Arnaud Jean, secrétaire général de l’union locale CGT, l’heure n’est pas aux illusions : « le goût de la dinde aura un goût amer avec ce budget d’austérité ». Le décor est posé sur la place de la mairie à Sète.

Dans la foule, fonctionnaires, soignants, salariés du privé et retraités convergent autour d’un même message : « notre travail crée les richesses, on veut notre part ».

Salaires, retraites, services publics : « tout est à rejeter dans ce budget »

Arnaud Jean déroule ce qu’il considère comme l’ossature du combat du moment. « Tout est à rejeter dans ce budget », insiste-t-il. Il dénonce les « conséquences très violentes » pour les travailleurs. Il rappelle que les mobilisations de septembre et d’octobre ont déjà permis « des reculs, comme les deux jours fériés volés ou certaines prestations sociales ». L’un des points les plus applaudis reste l’exigence réaffirmée : « l’abrogation de la contre réforme des retraites de 2023, étape vers le retour à soixante ans ».

Pour lui : « ce n’est pas un problème d’argent, c’est un problème de partage ». Le diagnostic se veut sans détour : « les travailleurs produisent toujours plus de richesses mais n’arrivent pas à vivre de leur travail ». Et tandis que « les dividendes explosent, plus cinquante pour cent en cinq ans », les salaires stagnent. Ce contraste, rappelle-t-il, nourrit la colère.

« 211 milliards versés aux entreprises sans contrôle »

Le secrétaire général insiste sur ce qu’il juge être un scandale macro-économique permanent : « chaque année, 211 milliards d’euros d’aides publiques sont versés aux entreprises, sans contrôle ni contrepartie ». La CGT réclame une « justice sociale et fiscale », avec un SMIC porté à 2000 euros bruts et une indexation générale sur l’inflation.

La charge contre le patronat est directe et l’avertissement tombe : « depuis toujours, l’arme du patronat, c’est la désespérance, la résignation et la division. Mais nous ne sommes pas des commentateurs de la vie politique. Nous en sommes des acteurs […] et rien ne se gagnera sans lutte. »

Delecourt : « c’est bien la macronie et le patronat qui ont créé volontairement le déficit »

Prenant la suite, Christophe Delecourt, secrétaire général de l’UFSE-CGT, durcit encore le propos. « C’est bien la macronie, le patronat qui, à force de baisser l’impôt et la cotisation sociale, ont créé volontairement le déficit budgétaire et la dette publique ». Il explique que seule « une autre appropriation des richesses produites » permettra de financer le progrès social. Il réaffirme aussi l’objectif suivant : « reconstruire un droit au départ à taux plein à soixante ans », et pour les métiers pénibles, « la possibilité de partir à la retraite de manière anticipée ». Avant de revenir à ce qu’il qualifie d’angle mort politique majeur : la « criminalisation de l’action syndicale ». Il cite la condamnation de Jean-Paul Delescaut, puis la mise en examen de Sophie Binet : « le patronat nous doit de l’argent et non pas l’inverse ».

L’EHPAD de Poussan : un bras de fer devenu symbole

Dans cette mobilisation, la présence des salarié·es de l’EHPAD de Poussan donne un visage concret aux discours sur les bas salaires, les suppressions de postes et la perte de sens au travail. Arnaud Jean les salue comme « un exemple de lutte », engagés « dans un bras de fer avec la direction de Domidep », un groupe sous contrôle d’un fonds de pension américain. « les salariés sont maltraités, déconsidérés, épuisés », rappelle-t-il, en insistant sur une logique financière qui « se goinfre » tandis que le personnel s’effondre.

L’interview d’Alexia Laforge CGT, en première ligne dans cette lutte, confirme la rupture profonde entre direction et salarié·es. « On n’a pas été entendu », explique-t-elle. « On nous parle de réorganisation avec des moyens en moins. Nous, on demande simplement de rétablir les moyens humains et matériels qu’on a perdus ». Elle décrit une réalité concrète : « on nous a supprimé des postes, on nous a enlevé du matériel qui fonctionnait très bien ».

La mobilisation se poursuivra, assure-t-elle : « tant qu’on n’aura pas ces moyens-là, on continuera ». Et si un espoir subsiste, il repose sur un changement de logique : « on espère qu’ils vont arrêter de nous parler argent et qu’ils vont enfin nous parler humain » précise Sarah. Car c’est bien là, dit-elle, le nœud du conflit : « on travaille avec des humains, mais ils n’ont pas l’air de le comprendre ».

Entre pertes de moyens, dégradation du travail et familles mal informées, le sentiment d’injustice domine : « la direction dit aux familles qu’elle a répondu favorablement à toutes nos demandes, alors que tout a été refusé. il y a un grand décalage », déplore Alexia Laforge.

La journée du 2 décembre, sur le bassin de Thau, aura donc réuni colère sociale et affirmation politique. Aucune résignation ne s’installera tant que les salaires, les retraites et les services publics resteront sous pression. L’état d’esprit reste « unis, déterminés et à l’offensive », résume Arnaud Jean. Dans la rue comme dans l’EHPAD, un même credo : « rien ne se gagnera sans lutte. »

[VIDEO] Interview Alexia Laforge (CGT) :

 

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