Quand un journaliste brave le déni médiatique du génocide en cours à Gaza, sa voix n’en est que plus remarquable. Aujourd’hui, c’est toute la société des journalistes de l’AFP qui alerte l’opinion.
L’Agence France Presse travaille avec dix journalistes palestiniens dans ce qui reste de la bande de Gaza. Leur travail est précieux et indispensable, car depuis bientôt deux ans, la presse internationale n’a pas le droit d’entrer dans ce territoire, permettant à l’État et à l’armée israélienne d’abreuver les rédactions du monde de leur propagande et de leurs mensonges. Certains de ces journalistes palestiniens de l’AFP ont perdu leurs familles dans les bombardements israéliens et aujourd’hui ,tous souffrent de la faim. L’AFP tente, en vain, de les faire évacuer, car leur vie ne tient plus qu’à un fil.
Le communiqué de la SDJ de l’AFP décrit une réalité effroyable qui laisse craindre que plus aucune information ne parvienne de Gaza. «Depuis que l’AFP a été fondée en août 1944, nous avons perdu des journalistes dans des conflits, nous avons eu des blessés et des prisonniers dans nos rangs, mais aucun de nous n’a le souvenir d’avoir vu un collaborateur mourir de faim»
Consternés, les journalistes de l’Agence France-Presse évoquent une situation inédite : ses reporters présents à Gaza sont tellement affaiblis physiquement que certains n’ont plus la force de poursuivre leur tâche et lancent des appels au secours quotidiens.
L’un d’entre eux nommé Bashar, un photographe de 30 ans, dit sur Facebook être à bout de souffle : «Mon corps est maigre et je ne peux plus travailler». Il survit depuis février dans les ruines de sa maison avec sa mère, ses quatre frères et sœurs et la famille d’un de ses frères. Le communiqué poursuit : «Ils sont jeunes et leur force les quitte. La plupart n’ont plus la capacité physique de parcourir l’enclave pour faire leur métier. Circuler en voiture équivaut de toutes les façons à prendre le risque d’être une cible pour l’aviation israélienne.»
Dans ce génocide à huis clos, déjà plus de 200 reporters palestiniens ont été tués dans des frappes israéliennes, souvent ciblés délibérément. Les derniers s’éteignent l’un après l’autre. Il s’agit du plus grand massacre de journalistes de l’histoire.
