Lors de sa séance du 20 avril, le conseil municipal de Sète a décidé d’accorder 300 000 euros au bailleur social de l’agglomération « Sète Thau Habitat » dans le but de reconduire « l’expérimentation » de collaboration avec le GSRI ( Groupement Sécurité Résidentielle Interbailleurs). Une reconduction décidée à partir d’un bilan peu convaincant dans un contexte de défiance à l’égard de ce groupe montpelliérain qui a défrayé la chronique par ses exactions.
La subvention de la ville de Sète passe de 200 000 euros en 2025, à 300 000 euros cette année. Elle est financée par le rétablissement de la taxe foncière versée par le bailleur départemental Hérault Habitat, taxe dont il était auparavant exonéré au motif d’actions de prévention sociale qui n’ont apparemment pas satisfait les attentes municipales. La ville a décidé ainsi de changer à la fois d’optique et de cible : les 474 logements gérés par Hérault Habitat soumis à l’impôt et privés d’action de prévention d’un côté, de l’autre, les 780 logements de Sète Thau Habitat « bénéficiaire » d’une expérimentation, ce qui ressemble à un traitement à deux vitesses.
« Des gardiens avec gilets pare-balles et gazeuses »
C’est au nouvel adjoint David Farran à qui il est revenu de présenter la délibération d’attribution de la subvention à Sète Thau Habitat et donc les missions de cette brigade qui intervient deux fois par semaine à Sète : « maintenir l’autorité du bailleur sur son patrimoine en fin de journée et la nuit en faisant respecter son règlement intérieur », autrement dit assurer la tranquillité des locataires, relever les anomalies techniques, mais aussi « prévenir la délinquance et tous types de nuisances notamment les occupations illicites des parties communes ». Le rapport d’activité joint à la délibération, particulièrement indigent, ne permet pas d’évaluer la part «technique» relevant d’une tâche ordinaire de gardien d’immeuble, et celle s’apparentant davantage à la tranquillité et la sécurité. Ce qui conduit Gabriel Blasco, élu Nouvelles Pages pour Sète aussi conseiller départemental, à railler cette brigade de «gardiens avec des gilets pare-balles et des gazeuses ».
Pas de privatisation de la sécurité publique
Pour l’insoumise Chantal Boller : « il n’est pas acceptable de privatiser la sécurité publique ». Elle s’interroge sur la plus-value, apportée par ce prestataire privé à la lutte contre les stupéfiants (puisque ses agents n’ont ni un pouvoir d’enquête, ni de saisine et encore moins d’interpellation puisque ce sont des missions de sécurité publique). Quelle plus-value également par rapport à l’entretien des immeubles puisqu’ils se contentent de signaler les dysfonctionnements – comme le font les locataires eux-mêmes – sans pouvoir les réparer (essentiellement des défauts de fonctionnement des portes d’entrée, défaut d’éclairage, pannes d’ascenseur et fuite d’eau), idem pour les 1 507 constats de dépôts sauvages… ?
Où est le bilan ?
À la demande qu’un véritable bilan soit fait de l’expérimentation intégrant l’avis des habitants, la majorité municipale répond que le taux de satisfaction s’élève à » 87% d’énormément contents ». Mais faute de disposer du document dont est issu ce chiffre, les élu·es contestataires qui ignorent comment aurait été menée cette enquête de satisfaction et sur quel panel restent dubitatifs. À cet égard, Laura Seguin a réitéré son souhait de disposer de ce bilan ainsi que de celui de la convention GUSP (Gestion Urbaine et Sociale de Proximité).
Sur le fond, pour le groupe de gauche qui a voté contre, cette subvention de 300 000 € serait plus utile à compléter la subvention départementale d’APS34 pour une « vraie médiation sociale et éducateurs de rue qui effectuent un réel travail de prévention et d’accompagnement des familles». De son côté, Sébastien Pacull, dont le groupe s’est abstenu, considère que la présence de cette brigade ne fait que « déplacer les problèmes » et l’oppose à l’ouverture d’un commissariat dans le quartier.
La délibération a donc été adoptée, mais sans grand enthousiasme, le maire lui-même déclarant : «Si la mesure n’est pas bonne, on ne la prendra plus. »
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