L’offensive néolibérale touche la santé pour la raison très simple qu’elle représente l’un des plus gros postes économiques mondiaux qui a fortement augmenté depuis un demi-siècle et dont la progression se poursuit. Cette part était de 2 à 3 % en 1950 et est d’environ 10 % aujourd’hui et même de 17 % aux Etats-Unis.
A titre de comparaison, la production d’énergie qui est au centre de l’actualité depuis quelques semaines, représente, avec des variabilités dues aux différentes crises, entre 4 et 8 % du produit intérieur brut mondial.
Make America healthy again
Ces chiffres sont à l’origine des attaques brutales initiées par l’administration Trump, sous la houlette de Robert F. Kennedy, avec le slogan Make America healthy again. Se limiter à une critique superficielle autour de la thématique des fake news et du complotisme au pouvoir est une erreur. Il s’agit du rideau de fumée pour cacher la stratégie de dérégulation totale au profit du capitalisme le plus prédateur qui veut se débarrasser de toutes les entraves qui pourraient nuire à son expansion dans ce secteur. Car, les néolibéraux n’ont jamais accepté que la santé soit devenue au fil du 20e siècle une affaire publique avec la mise en place d’assurances sociales et le développement de structures publiques, qui vont des hôpitaux, aux organismes de recherche et le pire pour eux, des administrations de régulation et de contrôle. Ainsi, l’Agence étatsunienne du médicament (FDA) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont été considérablement affaiblis.
L’Europe sur la même voie
En Europe, les discours sont moins brutaux et moins clivants en apparence, mais les objectifs sont les mêmes. Le commissaire européen à la santé a déclaré que « des essais cliniques superflus » et un excès de bureaucratie « n’envoient pas un bon signal à l’industrie pharmaceutique ». On ne peut être plus clair, la priorité est l’industrie pharmaceutique et non la santé publique.
Le chiffre d’affaires de cette industrie a dépassé 1 700 milliards de dollars en 2025 et connaît une croissance annuelle de 4 à 7 %, avec un taux de profit de 15 à 30 %, très supérieur à la moyenne des autres industries. Bref une poule aux œufs d’or à laquelle il faut laisser la plus entière liberté.
La France n’est pas en reste avec l’attaque contre Santé Publique France, une structure qui a montré ces dernières années ses qualités d’expertise et d’intervention du fait du regroupement dans un même organisme public de compétences auparavant dispersées. Rappelons que ses missions sont notamment la prévention, la surveillance et l’alerte, ainsi que la préparation aux crises sanitaires.
Bref, une structure qui peut être gênante quand on promeut par exemple une loi, comme la loi Duplomb, où les intérêts de l’agriculture intensive priment sur la santé de la population. L’objectif de l’affaiblissement de ces structures publiques est de rendre indispensable l’appel à des cabinets de consultants qui fournissent toujours le résultat souhaité à celui qui commande les études, c’est-à-dire à celui qui paye.