Rupture d’eau à Sète : un incident révélateur des choix politiques de gestion de l’eau ?

Sète une conduite d’eau cède en centre ville - Photo - Louis Belot
Sète une conduite d’eau cède en centre ville - Photo - Louis Belot

La rupture spectaculaire d’une canalisation d’eau potable survenue dans la nuit du 14 décembre, en plein centre-ville de Sète, a provoqué bien plus que des désagréments de circulation et des coupures d’alimentation de plusieurs immeubles. Trottoirs soulevés, quais fermés, eau déversée dans le Cadre royal : l’épisode interroge, au-delà du fait technique, les choix politiques opérés en matière de gestion de l’eau.

Ce n’est un mystère pour personne : coincé entre mer, canaux et étang, le réseau des eaux, qu’elles soient potables ou usées, est sous haute tension à Sète et en son centre-ville.

Un réseau sous tension au cœur de la ville

La canalisation en cause qui s’est donc rompue quai de la Résistance et quai du Général Durand, une conduite en fonte, indique l’ancienneté d’une partie du réseau sétois. La succession de deux casses, dont l’une intervenue lors des manœuvres destinées à limiter les fuites de la première, démontre la fragilité d’infrastructures essentielles, situées sur des axes stratégiques de la fragile presqu’île de Sète.

Si les coupures d’eau semblent avoir été limitées pour les usagers, l’impact sur la circulation a été significatif. Les responsables techniques reconnaissent par ailleurs que l’état réel du sous-sol reste à expertiser, avec la possibilité de cavités ou de dégradations plus larges sous la voirie, comme cela s’est déjà posé avec le chantier du parking de la place Aristide Briand.

La SEMOP, un modèle de gestion qui interroge

À Sète, la gestion de l’eau potable repose sur une Société d’économie mixte à opération unique (Semop) associant la collectivité à l’opérateur privé Suez. Un choix politique assumé, censé conjuguer contrôle public et savoir-faire privé.

La présence sur place, dès le matin, de la direction de la Semop et du maire témoigne d’une volonté de montrer une réaction rapide et rassurante. Mais cet épisode relance un débat de fond : ce mode de gestion permet-il de bien entretenir le réseau, d’anticiper suffisamment son vieillissement et d’investir à la hauteur des enjeux ? La question n’est pas nouvelle, mais elle ressurgit à chaque incident touchant un service aussi vital.

Mèze et Montpellier : le choix de la régie publique

Dans le bassin de Thau lui-même et la métropole voisine, d’autres collectivités ont fait des choix différents.

À Mèze, l’eau est gérée en régie municipale, avec une maîtrise directe des investissements et des orientations stratégiques. La commune revendique une gouvernance intégralement publique et une plus grande lisibilité pour les habitants sur les coûts et l’entretien du réseau.

À Montpellier, la Métropole a acté en 2016 le retour en régie publique de l’eau, rompant avec la délégation au privé. Objectif affiché : reprendre la main sur les infrastructures, accélérer le renouvellement des canalisations et affirmer l’eau comme un bien commun, géré sans logique de rentabilité financière.

Ces exemples voisins nourrissent la comparaison et posent une question simple : le modèle sétois est-il aujourd’hui le plus adapté aux défis à venir avec principalement le fragile équilibre de la salinité de l’étang de Thau et les perspectives de submersion marine ?

L’eau, un enjeu politique local majeur

Dans un contexte de changement climatique, de tensions sur la ressource et de hausse des coûts pour les usagers, chaque incident prend une dimension politique. Il renvoie à des arbitrages passés, mais surtout aux choix à venir : niveau d’investissement, contrôle public, transparence, gouvernance. Sur ces quatre points, le comité des usagers du cycle de l’eau du Bassin de Thau n’est pas avare de propositions.

La rupture de canalisation du centre-ville de Sète pourrait ainsi devenir un nouveau point d’appui dans le débat local : faut-il renforcer le pilotage public de la Semop, accélérer un plan de renouvellement du réseau, ou envisager, à terme, un passage en régie publique, comme le revendique la liste de Nouvelles Pages pour Sète conduite par Laura Seguin, avec l’ardent soutien des trois formations politiques qui y participent ?

La réparation technique sera sans doute, espérons-le, rapide. Mais les questions soulevées par leur répétition et leur gravité s’inscrivent dans le temps long, déjà celui perdu à ne pas investir suffisamment ,et celui, compté, du changement climatique qui fait de l’eau un bien toujours plus précieux et menacé. À Sète, comme ailleurs, la gestion de l’eau reste autant un enjeu qu’un marqueur fort de l’action publique locale.

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