Un documentaire intitulé No Other Land sortira ce 13 novembre 2024, sur les écrans. Il est réalisé par Basel Adra, Hamdan Ballal, Rachel Szor et Yuval Abraham. Produit entre la Palestine et la Norvège, ce film raconte l’histoire de Basel Adra, un jeune militant palestinien qui a dédié sa vie à la protection de sa communauté face à l’occupation israélienne dans la région de Masafer Yatta, en Cisjordanie.
Une avant-première publique de ce documentaire est prévue le 25 octobre à 18h au cinéma Diagonal à Montpellier, dans le cadre du festival Cinémed.
Une communauté en péril
Basel Adra est né en 1996 dans l’un des villages de Masafer Yatta. Il est le témoin et le narrateur d’une histoire marquée par la résistance. Depuis son enfance, il observe les forces israéliennes démolir systématiquement les maisons de sa communauté, alors même que les terres sur lesquelles vivent ces familles depuis des générations sont déclarées « zones d’entraînement militaire » en 1980. Cette décision, comme le montrent des documents israéliens déclassifiés, avait pour objectif stratégique de vider les villages palestiniens pour faciliter l’expansion des colonies israéliennes.
L’histoire de Masafer Yatta est celle d’une lutte acharnée. À partir de 1999, la communauté fait l’objet d’un ordre d’expulsion collectif, qui déclenche une résistance juridique et populaire et qui se poursuit depuis plus de deux décennies. En 2022, la Haute Cour israélienne a tranché en faveur de l’expulsion, ouvrant la voie à la destruction de 20 villages et au déplacement de près de 1 800 personnes, une décision dénoncée comme un crime de guerre par des organisations telles qu’Amnesty International et l’ONU.
L’union de deux voix dissidentes
Ce film explore aussi la relation complexe et touchante entre Basel Adra et Yuval Abraham, un journaliste israélien qui, contre toute attente, se joint à son combat. Leur relation est marquée par les profondes inégalités : Basel vit sous une occupation brutale et restrictive, tandis que Yuval, citoyen israélien, jouit de la liberté de mouvement. Ce contraste est l’un des fils conducteurs du documentaire. Il illustre les injustices systémiques, mais aussi la possibilité d’une solidarité transfrontalière.
Pendant plus de cinq ans, le duo a documenté la lutte incessante des habitants de Masafer Yatta, notamment à travers la démolition des maisons, l’élément central de la politique israélienne d’expulsion forcée. Le film montre comment, face à des refus quasi systématiques de permis de construire pour les Palestiniens (seulement 2 % des demandes sont acceptées), chaque édifice, qu’il s’agisse de maisons, de puits ou d’écoles, est considéré comme illégal par l’administration militaire et devient une cible pour la destruction.
No Other Land arrive sur les écrans à un moment où la situation en Cisjordanie s’aggrave dramatiquement. Depuis le 7 octobre, les violences se sont intensifiées, avec des colons extrémistes ayant expulsé des dizaines de villages palestiniens. Le documentaire fait exister les voix de ceux qui sont sur le terrain, la réalisation explore toute la politique de nettoyage ethnique qui se déploie sur fond de silence international.
La destruction des maisons n’est pas seulement une attaque contre des bâtiments, c’est une attaque contre une culture et un mode de vie. Dans une région où l’agriculture est essentielle à l’économie et à l’identité des habitants, perdre la terre signifie perdre plus qu’un simple foyer, mais aussi perdre la possibilité de vivre dignement de son travail. En privant ces familles de leur capacité à cultiver et à élever des animaux, l’occupation compromet l’existence même de ces communautés.
Le documentaire No Other Land a gagné ses galons d’un témoignage incontournable de la réalité palestinienne en Cisjordanie. Il interroge la notion de justice, de droit à la terre et de résistance face à l’effacement.
En suivant le parcours de Basel Adra, le film écrit l’Histoire d’un des plus grands déplacements forcés dans la région depuis 1967. Il documente ainsi la politique d’expulsion par démolition de maisons, et va sensibiliser un public international à une tragédie qui continue de se jouer à huis clos.
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