Montpellier CSR, pollutions : circulez ! Il n’y a rien à craindre, le « hachoir moléculaire » vous protège

Michaël Delafosse conseil de Montpellier Méditerranée Métropole Octobre 2026 - Photo - Flux CM
Michaël Delafosse conseil de Montpellier Méditerranée Métropole Octobre 2026 - Photo - Flux CM

À Montpellier, on demande aux habitant·es leur avis sur un incinérateur CSR dont l’exploitation est déjà contractualisée pour quinze ans. Après le vote favorable du conseil métropolitain, mardi 13 octobre, si l’enquête publique conduit à abandonner le projet, combien devra payer la collectivité ?

La démocratie a parfois un drôle de calendrier. Le 16 juillet 2025, Montpellier Méditerranée Métropole choisit Urbaser pour transformer et exploiter Amétyst. Le contrat est signé le 25 août, pour quinze ans à compter de janvier 2026. Montant annoncé par la collectivité : 402 millions d’euros hors taxes, dont 109 millions d’investissements.

Plus d’un an après, le 13 octobre 2026, les élu·es métropolitain·es rendent un avis favorable à la construction d’une unité capable de brûler environ 40 000 tonnes de combustibles solides de récupération (CSR) chaque année. Douze votent contre, dix s’abstiennent. L’enquête publique, elle, vient à peine de commencer.

Santé, enquête publique, moratoire : une consultation pour la forme ?

La Métropole promet une surveillance des émissions polluantes, notamment des PFAS. L’opposition réclame un moratoire. Mais quelle place reste-t-il réellement aux habitant·es ? Deux réunions publiques seulement, les 20 octobre et 6 janvier, pour débattre d’un incinérateur qui engage le territoire pour quinze ans. Certes, des permanences et des contributions écrites sont également prévues. Mais le contrat est signé, les banques sont engagées et les élu·es ont déjà rendu un avis favorable. Oyez, oyez, citoyennes, citoyens ! Retournez devant vos écrans, scrollez jusqu’à l’épuisement, indignez-vous ailleurs ! Ici, les décisions sont déjà prises. Circulez, il n’y a plus rien à décider. Mais rassurez-vous : vous avez encore le droit de donner votre avis !

L’enquête publique, obligatoire, risque de se transformer en simple formalité administrative. Michaël Delafosse aurait-il fait le pari que les habitant·es, découragé·es par la technicité du dossier, ne se mobiliseraient pas suffisamment pour remettre en cause ses choix ? Combien coûte le droit de dire non ? Car les habitants ne sont pas seulement invités à discuter d’une facture. Ils doivent pouvoir apprécier les risques sanitaires pour les quartiers voisins, les émissions polluantes et les conséquences environnementales du projet.

Le canapé de Tasnime Akbaraly et son « hachoir moléculaire »

Le ton adopté par Tasnime Akbaraly, adjointe au maire, épidémiologiste et chercheuse à l’INSERM, n’est pas de nature à apaiser les inquiétudes. Dès le 2 avril 2024, au conseil métropolitain, elle reprochait à l’opposition de « créer de la confusion » et d’« agiter le chiffon rouge de la peur », assurant s’être appuyée sur la littérature scientifique internationale pour considérer que tout irait bien. Le 13 octobre 2026, elle récidive dans le registre de la disqualification des inquiétudes, condescendance en figure de proue, elle lâche : « on va essayer d’arrêter de confondre précaution et frilosité », pour ensuite expliquer aux mauvais élèves que : « le principe de précaution est un concept scientifique. Ce n’est ni un canapé pour s’endormir dans l’inaction, encore moins le prétexte d’agiter le chiffon rouge de la peur ».

À écouter l’épidémiologiste, l’incinérateur d’Amétyst aurait presque des pouvoirs magiques. À plus de 1 000 °C, son « hachoir moléculaire » viendrait à bout des substances toxiques, « y compris les PFAS ». Et pour rassurer davantage, elle annonce des émissions « ultra-filtrées, monitorées en temps réel ». Magnifique démonstration de cuisine moléculaire, mais que deviennent les polluants non captés, les résidus de filtration et les éventuels sous-produits de combustion ? Et surtout, où sont les études propres à Urbaser qui garantissent ces performances ? Un « hachoir » ne fait pas disparaître les questions scientifiques.

Julia Mignacca avait pourtant posé les questions auxquelles Tasnime Akbaraly ne répond pas, l’élue insoumise dénonce l’absence d’engagement précis sur les mesures à prendre si ces contrôles révèlent un problème : « que se passe-t-il si le suivi environnemental met en évidence une présence importante de PFAS, de dioxines, de furanes, de métaux lourds, de particules ou d’autres polluants ? » Et surtout, quelles possibilités de « suspendre ou de revoir le fonctionnement de l’installation ? »

Akbaraly annonce des performances techniques, Mignacca exige des garanties et des décisions concrètes. Un filtre n’est pas une garantie d’innocuité, et surveiller une pollution ne suffit pas à protéger les habitant·es. Le principe de précaution commence là où s’arrêtent les certitudes affichées.

Amétyst : Delafosse, ou l’art de répondre à côté ?

« Les gens qui s’opposent à ce projet ne formulent pas une seule proposition », affirme le président de la Métropole. Pourtant, Julia Mignacca vient de réclamer un moratoire et une convention citoyenne. Delafosse préfère demander s’il faudrait « rouvrir Castries » ou « le Thôt », comme si le choix se limitait à l’incinérateur ou au retour des décharges. Puis vient l’argument fiscal : « vous êtes prêts à voir ce taux passer à 16, à 18 en 2035 ? » Sur quelles simulations repose cette menace ? Mystère. Enfin, il invoque l’ADEME. Certes, l’agence soutient la valorisation énergétique des déchets par CSR, notamment dans l’industrie.

Mais l’ADEME a-t-elle expressément recommandé de brûler 40 000 à 50 000 tonnes de CSR par an au 230, rue Raymond-Recouly, dans l’agglomération montpelliéraine, à environ 3000 mètres de la place de la Comédie ? A-t-elle évalué les risques sanitaires pour les riverain·es, les émissions cumulées avec celles de l’autoroute et les solutions alternatives ? Où est son avis écrit ? Une recommandation technologique nationale ne constitue pas, à elle seule, une validation environnementale locale.

Un contrat, des banques et une facture inconnue

Urbaser n’est pas seulement un industriel candidat à un futur marché. Sa société dédiée, Urba Méditerranée, exploite déjà Amétyst. Et le financement de la transformation a été organisé dès décembre 2025, les banques sont déjà dans le coup, avec la Société Générale aux commandes du montage financier. Et le contrat prévoit même les sommes qui pourraient leur revenir si le projet était arrêté avant sa mise en service.

Du côté des actes financiers, il est prévu des créances liées aux indemnités de fin anticipée avant la mise en service des nouvelles installations. C’est-à-dire que l’hypothèse d’un arrêt du contrat a déjà été prévue. Mais à quel prix ?

Depuis le 8 octobre, Plurielle.info a demandé communication du contrat complet (M4D0069DE), de ses annexes financières, des clauses de résiliation et du rapport comparant les offres d’Urbaser et de Suez, comme les tonnages garantis ou prévisionnels et la rémunération d’Urba Méditerranée. À la date de publication, ces éléments ne nous ont pas été communiqués. Impossible donc de chiffrer une éventuelle indemnité ni d’affirmer que la Métropole garantit à Urbaser un volume minimal de déchets.

Zéro déchet, sauf pour faire tourner l’incinérateur CSR ?

La contradiction est pourtant idéologiquement stupéfiante. En 2022, la Métropole adoptait une stratégie zéro déchet. Quatre ans plus tard, elle défend une installation industrielle dont l’activité dépendra de déchets à brûler. La majorité socialiste de Delafosse répond que Montpellier exporte aujourd’hui quelque 110 000 tonnes de déchets résiduels par an, au prix de milliers de trajets de camions et d’un surcoût évalué à 27 millions d’euros. Le maire-président promet même une baisse de 10 % de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. L’argument mérite examen. Mais réduire les déchets et rentabiliser une installation de combustion ne répondent pas nécessairement à la même logique économique.

Et l’homme d’Altrad, Salim Jawhari, note la contradiction entre réduction des déchets et rentabilité : « si demain notre politique de zéro déchet fonctionne, avec quoi alimenterons-nous cette chaufferie ? Faudra-t-il chercher des déchets ailleurs […] pour assurer sa rentabilité ? » 

Pour Julia Mignacca : « la parole des habitants ne peut pas arriver après la décision politique. Elle ne peut pas servir à cautionner un projet dont le principe aurait déjà été validé en amont. » Et là est toute la duplicité de l’agenda politique de la métropole.

Qu’est-ce qui pourrait encore faire arrêter le CSR de Montpellier ?

Officiellement, tout reste possible. Enfin, faut le dire vite… La préfète peut refuser l’autorisation environnementale. Sur quels fondements ? Des risques sanitaires insuffisamment maîtrisés, une étude d’impact gravement lacunaire, des émissions polluantes mal évaluées ou une incompatibilité réglementaire. Côté démocratie : un avis défavorable du public, même massif, ne suffirait pas à lui seul. L’autre possibilité ? Que la Métropole renonce au projet. Problème : le contrat avec Urbaser est déjà signé pour quinze ans. Combien coûterait sa rupture ? Quelles indemnités seraient dues ? Et tout sourire dans un semblant de démocratie participative, on consulte les habitant·es après avoir signé le contrat.

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