« Les mabouls » et « le bordel » : l’irresponsabilité populiste de Macron à l’hôpital

Macron dénonce « la folie du système » dont il est le principal architecte - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Macron dénonce « la folie du système » dont il est le principal architecte - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

En déplacement à l’hôpital de Lavelanet, en Ariège, lundi 27 avril, Emmanuel Macron a provoqué une vive polémique en dénonçant « tous les mabouls » qui voudraient « se fâcher avec l’Algérie ». Petite opération démagogique et putassière.

Putassière, il n’y a pas d’autre mot. En apparence, le chef de l’État défend le rôle des praticiens diplômés hors Union européenne (Padhue), qu’il juge indispensable pour faire face aux déserts médicaux. Ils le sont en effet, et pas seulement dans les « déserts médicaux », mais dans la plupart des hôpitaux français. À travail égal, ils sont moins payés que leurs collègues détenteurs d’un diplôme français ou européen. Ils comblent le manque de médecins dû au numerus clausus et à la fuite des médecins hospitaliers vers le secteur privé lucratif.

C’est pas moi, c’est le système !

Le président dénonce lui principalement un dispositif obligeant de nombreux médecins étrangers déjà en exercice à repasser des concours non seulement pour pouvoir exercer, mais aussi pour être titularisés. Avec un franc-parler d’apparence familière et désinvolte, il en remet la faute sur la lourdeur administrative française : « C’est encore le bordel. C’est un truc qui me rend dingue ! C’est la folie du système français. », a-t-il lancé comme un vulgaire populiste et comme si il n’était pas le président quasi monarchique de ce pays dont il moque le « système« .

Car cette obligation relève bien de plusieurs dispositions législatives dont la Loi n° 2019-774 qui a profondément restructuré la procédure et supprimé progressivement les anciennes voies de régularisation sur dossier, en faisant de l’EVC (épreuves de vérification des connaissances) la voie ordinaire et de deux décrets d’application pris en 2025.

Irresponsabilité politique et impunité présidentielle

Selon les chiffres de l’Ordre des médecins au 1er janvier 2025, 19 154 médecins diplômés hors UE exercent officiellement en France. Parmi eux, 38,8 % ont obtenu leur diplôme en Algérie, devant la Tunisie (15,1 %), la Syrie (8,6 %), le Maroc (7,4 %) et le Liban (4 %). « On a un système qui marche sur la tête » semble découvrir le président à la fin de son deuxième mandat. Mais la faute n’en incombe ni à l’administration ni à un système abstrait, mais bien à des décisions politiques, législatives ou réglementaires dans lesquelles il porte une large responsabilité.

C’est le 2e objet de l’opération : laisser croire qu’il suffirait de mettre un coup de pied dans le système et d’envoyer valdinguer la Loi pour régler les problèmes. On connaît cette pernicieuse chansonnette si fortement entonnée outre-Atlantique. Dans le système en question, il n’a pas manqué de taper au passage sur la Caisse d’Assurance Maladie, cette fameuse Sécurité sociale que tout néolibéral qui se respecte rêve de remplacer par des assurances privées.

Qui sont les mabouls ?

La dernière cible de ses élucubrations est son ancien ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, parti dans la course présidentielle, car c’est face à un médecin originaire d’Oran qu’Emmanuel Macron a fait son plaidoyer en faveur des médecins étrangers et dénoncé  « tous les mabouls qui nous expliquent qu’il faudrait se fâcher avec l’Algérie« . Comprenne qui pourra !

Macron dans l’Ariège, c’est du grand « en même temps »: en même temps le président de la République et l’anti-système, en même temps le défenseur des étrangers « utiles dans les déserts médicaux » et le complice des discriminations et du racisme qui s’aggravent chaque jour et dont ils sont victimes, en même temps le pourfendeur des lois qu’il est censé incarner et défendre.

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