Le 15 janvier 2025, Mohed Altrad a officiellement pris la parole à Montpellier pour poser les bases de sa candidature municipale. Dans un discours offensif, politiquement structurant, le chef d’entreprise a opposé la figure du « bâtisseur » à celle du professionnel de la politique, ciblant frontalement la gestion socialiste de la ville.
Pour cette entrée en campagne, Mohed Altrad avait des soutiens venus d’horizons politiques et institutionnels très variés. À ses côtés, ce jeudi soir, figurait l’ancienne secrétaire d’État Patricia Mirallès. Étaient également présentes Stéphanie Jannin et Annie Yague, toutes deux issues de l’ancienne majorité municipale conduite par Philippe Saurel. On pouvait aussi compter le professeur David Nocca, chef de service en chirurgie digestive ou le professeur Charles Sultan, ancien adjoint de Michaël Delafosse, très engagé contre le projet d’incinérateur CSR en pleine ville. Le sénateur Jean-Pierre Grand assistait lui aussi à ce meeting comme Philippe Sorez ex-député Renaissance de l’Hérault.
« Il ne vient pas chercher un titre » lance Ema Altrad
Lors de la soirée avant le discours de son père, Ema Altrad a livré une intervention à tonalité personnelle, en s’écartant volontairement du registre programmatique. Sans trop céder à l’éloge, elle a insisté sur sa qualité première : la capacité de Mohed Altrad à écouter, entendre et comprendre des parcours et des sensibilités très diverses. Puis elle a confié que pour elle : « aimer une ville, ce n’est pas vouloir y laisser son nom, c’est vouloir y laisser des possibles. » Citant Antoine de Saint-Exupéry, Albert Camus et Friedrich Nietzsche, elle conclut en présentant cette candidature non comme une revanche, mais comme un devoir : « Il ne vient pas chercher un titre ni une image. Il vient parce qu’il sait qu’il peut donner encore. »
8 arbres sur la Comédie à 435 000 euros l’arbre
Juste avant le boss, Salim Jawhari, conseiller municipal d’opposition du groupe Alliance progressiste et républicaine pour Montpellier, a livré une charge argumentée contre la gestion municipale des socialistes et de Michaël Delafosse, illustrée par « 3 exemples assez frappants ». Le premier concerne la place de la Comédie, où il pointe l’installation de « 8 nouveaux arbres » dont le coût atteindrait, « 435000 euros l’arbre ». Un symbole, selon lui, d’« une écologie dogmatique financée par vos impôts, financée par votre travail », d’autant que ces arbres « ne donnent pas de fruits » et « ne font même pas d’ombre sur la place de la Comédie ». Deuxième exemple avancé : « 17 millions d’euros », non pas « le tirage du loto », mais « le montant dépensé en cabinets de conseil, et surtout en cabinets de conseil en communication », traduisant à ses yeux un choix politique qui consiste à « payer des consultants pour expliquer l’action plutôt que d’avoir des agents pour la mener ». Il évoque enfin « 297 postes non affectés sans mission clairement identifiée », une situation qui, affirme-t-il, ne relève plus du débat partisan : « ce n’est plus un tract de l’opposition », puisque « la chambre des comptes l’écrit noir sur blanc », et lorsque « le procureur s’en saisit, ce n’est plus entre les mains de l’opposition, mais bien entre les mains de la justice ». Pour Salim Jawhari, ces éléments dessinent une même réalité : « beaucoup de communication, peu de solutions », et appellent non à « se ressasser le passé », mais à « construire la ville ».
Quand le discours remplace l’action
Quand le patron arrive sur scène après avoir traversé la salle comble du Dièze avec environ 1500 personnes, il dresse d’entrée de jeu un constat sévère. Montpellier souffre d’un « système » fondé sur le clientélisme, la distribution de postes et de subventions, et une confusion durable entre mairie et appareil partisan. Ce qu’il combat, insiste-t-il, ce ne sont pas des personnes, mais des méthodes, qu’il qualifie de dogmatiques et théâtrales, évoquant une « théâtrocratie » où le discours aurait remplacé l’action.
Mohed Altrad revendique une rupture avec cette culture politique. Se disant « novice » lors de sa première candidature, il affirme avoir appris les codes, les calculs et parfois les trahisons du champ politique local. Mais son ambition à lui est bien de passer des discours aux résultats, avec comme priorité « la dignité matérielle ». Il défend un modèle dans lequel le logement social ne serait plus une impasse, mais un parcours permettant, au bout de 15 ans, l’accès à la propriété. Sur le terrain économique, il avance un objectif chiffré de 30 000 emplois, condition selon lui indispensable pour financer durablement les services publics et les politiques de gratuité. Il rejette tout financement « à crédit » et lie explicitement la solidarité locale à la création de richesse. Il propose aussi la cantine gratuite pour les enfants à Montpellier, lesquels, jusqu’à leurs 16 ans, n’auront pas le droit de sortir seuls après 22 heures.
Dans le même temps, il critique avec force la future unité de traitement des déchets de type CSR, qu’il juge génératrice de pollution et de risques sanitaires : « je refuse que Montpellier soit un cobaye ». Son discours s’attarde aussi sur la propreté urbaine, la sécurité et la reconnaissance des agents municipaux. Il promet une brigade dédiée à la propreté et un changement de méthode dans la gestion des services, qu’il estime aujourd’hui déconnectée du terrain et des agents.
Attention, Mohed Altrad est monté sur le ring et appelle à un engagement collectif, affirmant que ce projet dépasse sa personne. L’homme d’affaires pose ainsi les jalons d’une campagne construite contre le système socialiste en place, au nom de l’efficacité, de l’ordre et du résultat : « Montpellier n’est pas une section du PS. »