Le LIEN, trente ans de débats et de controverses

Hérault en 2028 le LIEN sera une réalité - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Hérault en 2028 le LIEN sera une réalité - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

La Liaison intercantonale d’évitement nord, plus connue sous le nom de LIEN, est l’un des projets routiers les plus débattus et problématiques de l’Hérault. Pensée dès les années 80′, relancée puis ralentie au fil des décennies, cette 2×2 voies destinée à contourner le nord de Montpellier restera le symbole depuis l’origine des visions opposées de l’aménagement du territoire.

Dès les premières enquêtes publiques, des collectifs citoyens et des associations environnementales ont mis en cause la pertinence du projet face à l’évolution des mobilités. France nature environnement Hérault estime que le LIEN « répond à une logique de tout-routier dépassée » et qu’il risque d’induire un trafic supplémentaire plutôt que de résorber durablement les congestions (communiqué, 2019). Une analyse relayée par Reporterre souligne l’absence d’investissement équivalent dans les alternatives ferroviaires et les transports collectifs périurbains.

Des atteintes aux continuités écologiques

Le tracé du LIEN traverse des zones boisées entre Grabels, Combaillaux et Saint-Gély-du-Fesc. Plusieurs ONG dénoncent une artificialisation de près de 80 hectares et des atteintes aux continuités écologiques. La ligue pour la protection des oiseaux (LPO Occitanie) a alerté sur les risques pour certaines espèces protégées, malgré les passages à faune prévus (avis associatif transmis lors de l’enquête environnementale, 2018). Mediapart a également pointé les limites des mesures compensatoires, jugées insuffisantes au regard des destructions d’habitats (article de Jade Lindgaard, 2020).

Un symbole politique

Pour ses défenseurs, le Département de l’Hérault en tête, le LIEN reste un outil de désenclavement et de sécurité routière. Midi libre rappelle régulièrement la pression exercée par les élus locaux confrontés aux embouteillages quotidiens et aux traversées de villages saturées. À l’inverse, pour les opposants, le projet incarne une politique d’aménagement héritée du XXe siècle, peu compatible avec les objectifs climatiques actuels. Une lecture partagée par plusieurs tribunes publiées dans Libération entre 2019 et 2022.

Un projet d’un autre âge va enfin voir le jour

Après plus de trente ans de gestation, de recours et de polémiques, le Lien entre dans sa phase finale. Le Département de l’Hérault l’assure : la liaison routière nord sera achevée en 2028, reliant Castries à Bel Air et à l’A750 par une 2×2 voies continue.

La mise en service de l’échangeur définitif de Saint-Gély-du-Fesc, en juillet 2024, a marqué un tournant. Un ouvrage à 27 millions d’euros présenté comme une étape décisive d’un chantier longtemps perçu comme interminable. Début 2026, le tracé permet déjà de relier Castries à Saint-Gély, tandis que le Département vient de notifier un marché de 11 millions d’euros pour les cinq derniers ouvrages d’art du tronçon ouest.

Sous la maîtrise d’œuvre de NGE génie civil, une cinquantaine d’ouvriers doivent intervenir simultanément sur les secteurs de Grabels et Combaillaux. Objectif : achever d’ici 2027 les franchissements nécessaires des voies secondaires, des pistes DFCI et des cours d’eau, tout en intégrant des passages pour la faune et la continuité hydraulique.

Il restera ensuite à engager près de 30 millions d’euros pour les terrassements, l’enrobé et les finitions. Pour l’exécutif départemental, l’enjeu est bien d’offrir une échappatoire au trafic de transit et soulager des villages saturés.

À l’heure où les politiques publiques affichent la sobriété foncière et la réduction des émissions, l’achèvement du LIEN apparaît comme un paradoxe. Pour ses promoteurs, il s’agit de solder un dossier ancien et d’apporter une réponse concrète à des problèmes immédiats. Pour ceux qui ont une autre vision de l’avenir, c’est l’illustration d’un projet d’un autre âge, pensé avant l’urgence climatique, qui s’impose finalement au paysage. Reste qu’en 2028, le LIEN ne sera plus une promesse, mais une réalité, avec laquelle le territoire devra composer.

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