C’est tout un raisonnement politique qui est contenu dans le thème du meeting tenu dimanche 30 mars à Montpellier : “Pour la 6e République et la Paix”. Les trois député·es insoumis Nathalie Oziol, Pierre-Yves Cadalen et Manuel Bompard se sont attachés à montrer le lien vital qui relie l’urgente nécessité de changer de Constitution à la cause de la paix.
Si la revendication de refonder le peuple par l’élaboration démocratique d’une nouvelle Constitution est antérieure à la création de la France Insoumise, elle a toujours figuré dans son programme et revient en tête de ses priorités d’action aujourd’hui. Pour quelles raisons ?
Une monarchie présidentielle
Le diagnostic partagé et illustré par les trois orateur·trices est précis : la constitution de la 5e République est à bout de souffle. Imposée par un coup de force en 1958, elle permet aujourd’hui 67 ans plus tard, à un Président de la République intouchable durant tout son mandat, de bafouer le résultat d’une élection en nommant des gouvernements illégitimes ou d’engager seul le pays dans la course aux armements. Nous vivons sous une monarchie présidentielle qui bloque tout processus démocratique et provoque une crise politique insoluble.
Rendre le pouvoir aux citoyen·nes à tous les échelons
De retour des États-Unis, après avoir rencontré Bill Keating, responsable démocrate à la Commission Europe, Nathalie Oziol a montré la dangerosité du projet trumpiste et l’impasse dans laquelle les positions atlantistes de la France et de l’Europe les ont enfermées. Alors que les négociations de paix pour l’Ukraine se mènent sans l’Europe – et sans l’ONU- Nathalie Oziol s’étonne du silence de ceux qui hier critiquaient la France Insoumise quand elle réclamait l’ouverture de négociation de paix plutôt que de s’engager dans l’escalade militaire. Or L’Europe est à présent sommée par Trump d’augmenter son budget militaire à 5% de son PIB, stratégie qui ne peut que servir l’industrie de l’armement et durcir l’austérité déjà difficilement supportable pour les autres dépenses publiques. Elle a ensuite tourné en dérision les tentatives de renforcer l’autoritarisme en France avec la complicité parfois d’édiles de gauche et leur inefficacité pour faire reculer le trafic de drogue. La seule issue réside à tous les échelons dans les initiatives permettant de donner plus de pouvoirs aux citoyen.nes dans l’élaboration des politiques à mettre en œuvre.
[VIDEO] Nathalie Oziol, députée de l’Hérault
Les États-Unis veulent se concentrer sur la guerre commerciale contre la Chine, et donc faire cesser la guerre en Ukraine le plus rapidement possible, potentiellement aux conditions de Poutine.
Et alors, les mêmes qui nous traitaient de pro-Russe quand on disait qu’il fallait… pic.twitter.com/pLFCQAgiKb
— Nathalie Oziol (@NathalieOziol) March 31, 2025
Une pétition pour la convocation d’une assemblée constituante
Pierre-Yves Cadalen, député breton, a rappelé pour sa part la secousse qu’a constituée la dissolution et le sursaut républicain qui s’en est suivi pour empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Selon lui, “il nous faut défendre la République, ce que nous avons de plus précieux : c’est précisément cette communauté politique qui repose sur le principe d’égalité”. Il a ensuite démonté un par un les mensonges et calomnies qui “pourrissent violemment le débat démocratique” et dont “le macronisme est la quintessence”. Il lui revenait surtout d’annoncer le lancement d’une grande campagne nationale pour la 6e république, laquelle s’articulera sur deux volets : une pétition demandant la convocation d’une assemblée constituante sur le site de l’assemblée qui, si elle atteint 100 000 signatures, imposera le débat au Parlement, et un site sur lequel chacun·e pourra indiquer ce que doivent être les priorités de la prochaine constitution. Pour les insoumis·es, cette constitution ne doit pas se limiter à définir les règles du jeu des institutions politiques, mais aussi du champ social, car “la 6e république doit aussi être la République sociale”.
Définir une nouvelle République
Définir une nouvelle république, c’est aussi “poser la question de qui décide dans l’entreprise, qui décide à l’hôpital, qui décide à l’Université ? Réunir une assemblée constituante, c’est amener une perspective positive : celle d’inscrire des droits nouveaux, des droits personnels, des droits environnementaux ; celle d’organiser un référendum pour décider des biens communs à préserver tels que l’eau, l’air, la santé […] Avec la campagne que nous lançons aujourd’hui, nous ouvrons une perspective d’espoir”, promet Pierre-Yves Cadalen.
Revient le spectre du fascisme
Manuel Bompard revient ensuite sur la situation internationale et son atmosphère “préoccupante et nauséabonde” en soulignant que la crise mondiale du capitalisme a conduit une partie de l’élite économique à faire le choix de la solution autoritaire pour perpétuer sa domination et imposer une course à l’armement. Il note que “revient de l’autre côté de l’Atlantique le spectre du fascisme” et démontre que sous couvert d’indépendance, la Commission européenne se plie en réalité aux exigences de surarmement imposées par Trump à 50% au profit de sa propre industrie, tandis que les rares entreprises françaises performantes dans ce domaine se vident de leurs emplois et de leur savoir-faire. Il cite un salarié de l’entreprise de l’aérospatiale Thales menacée de 1 000 suppressions d’emplois : “dans deux ans, on ne sera plus capable de construire un satellite”.
Manuel Bompard rappelle que pour les Insoumis·es, indéfectibles partisans du droit international, “le slogan est toujours le même “Ni Trump, ni Poutine, la paix !”
Contre la tendance mondiale à l’autoritarisme, revitaliser la démocratie
La France n’est pas exemptée de cette tendance mondiale à l’autoritarisme. Preuve en est la répression féroce du mouvement des Gilets Jaunes, des Soulèvements de la Terre, du mouvement contre la réforme des retraites. Et Macron se permet de se présenter aux Français comme un véritable chef de guerre, son ministre des armées demande 100 milliards d’Euros pour l’armée. Face à cette somme, Manuel Bompard se souvient que les propositions portées par Jean-Luc Mélenchon étaient jugées irresponsables financièrement. Alors, “pourquoi ce qui était jugé impossible en 2022 pour financer la bifurcation écologique et les services publics deviendrait comme par magie aujourd’hui possible pour financer des chars, des obus et des munitions pour aller faire la guerre ?”
Il a annoncé la démarche de son groupe à l’assemblée de déposer la dernière motion de censure autorisée (et pas une “motion pistolet à eau” précise-t-il en référence à celle déposée par le PS). Cette fois, il demandera au préalable la garantie du vote de ses partenaires se réclamant de la gauche pour dégager le gouvernement Bayrou parce que “nous n’acceptons pas de laisser encore monsieur Darmanin, monsieur Retailleau, faire la course aux horreurs racistes et islamophobes chaque semaine”. On ne sait pas quand auront lieu les prochaines élections, mais “il faut travailler le prochain rendez-vous démocratique comme s’il devait avoir lieu demain”.
Nous ne sommes pas communautaristes, nous sommes démocrates”
Répondant à l’accusation de communautarisme faite à la France Insoumise, il pose la question “ Quand il n’y a qu’une personne sur trois qui va voter, la démocratie fonctionne mal. Non, on n’est pas communautariste ou clientéliste, on est démocrates. On pense qu’une démocratie qui fonctionne bien, c’est celle dans laquelle le peuple, et en particulier ceux qui souffrent le plus, vont voter. On pense que dans les quartiers populaires, il ya des citoyens et des citoyennes comme les autres”. Il en profite pour démontrer que la prochaine élection ne se gagnera pas “au centre” comme le pensent certains, s’appuyant sur l’exemple américain, mais par la clarté des propositions.
Pour finir son discours de 45 minutes, Manuel Bompard cite Robespierre parce qu’“entre la lutte contre la monarchie à l’époque et la lutte contre la monarchie présidentielle aujourd’hui, il y a des points communs. » Le 5 février 1794, celui-ci déclarait : “nous voulons en un mot remplir les vœux de la nature, accomplir les destins de l’humanité, tenir les promesses de la philosophie, absoudre la providence du long règne du crime et de la tyrannie. Que la France jadis illustre parmi les pays esclaves, éclipsant la gloire de tous les peuples libres qui ont existé, devienne le modèle des nations, l’effroi des oppresseurs, la consolation des opprimés, l’ornement de l’univers. Et que nous puissions voir au moins briller l’aurore de la félicité universelle. Voilà notre ambition, voilà notre but. » Manuel Bompard conclut sous un tonnerre d’applaudissements : « c’est ce que déclarait Robespierre à l’époque. C’est ce que je déclare aujourd’hui !”
[VIDEO] Manuel Bompard, député de Marseille et coordinateur de la France insoumise :
Intense meeting de lancement de la campagne pour la 6e République à #Montpellier avec @NathalieOziol @pycadalen et @mbompard 🎙️interview « La 6e République est aujourd’hui incontournable » 👉la pétition pour la #6eRepublique et pour convoquer une Assemblée constituante :… pic.twitter.com/e9kiA2VkQk
— PLURIELLE INFO (@Plurielleinfo) March 30, 2025
