Île de Thau : des vies classées sans suite

Hassan Daoudi Jean-Claude Reilles Laura Seguin Omar Douich - Photo - IG PLURIELLE INFO
Hassan Daoudi Jean-Claude Reilles Laura Seguin Omar Douich - Photo - IG PLURIELLE INFO

On parle souvent sur les plateaux TV de « zones de non-droit » ou de « territoires perdus de la République ». Qui en parle ? Celleux qui cherchent à faire passer les populations de ces quartiers comme inaptes à respecter les lois. Mais quand ce sont les habitant·es de ces cités qui parlent de leur vie, de leur quotidien, de leurs combats, on comprend vite que c’est plutôt «la République» qui les a purement et simplement abandonnés.

C’est ce qu’ont révélé les témoignages des habitant·es de la ZUP de l’Île de Thau qui ont dépassé leurs appréhensions et leur découragement pour répondre mardi 16 décembre 2025, salle Llense, à l’invitation à échanger lancée par Laura Seguin et trois de ses colistiers issus de ce quartier : Omar Douich, Jean-Claude Reilles et Hassan Daoudi à qui est revenue la délicate tâche d’animer et de modérer le débat.

Le trafic de drogue rend la vie insupportable

Sans surprise, le premier sujet à s’exprimer est celui du trafic de la drogue et du climat d’insécurité qu’il fait peser sur le quartier. Peur pour ses enfants, impossibilité de recevoir des amis… Certes, la vigilance et la ténacité des habitants organisés dans le comité de l’île de Thau ont réussi à plusieurs occasions à déloger plusieurs points de deal, mais ils finissent toujours par se reconstituer. « On voit ces guetteurs,  ils ne sont pas d’ici. Ils viennent d’ailleurs en TGV, de Lyon, de Perpignan » recrutés par internet pour quelques billets la journée. Une maman confirme « Ce ne sont pas nos enfants qui font ça », mais chacun sait que les guetteurs sont hébergés dans certains appartements. Donc, tous les parents frémissent à l’idée que leurs adolescents pourraient être tentés par l’appât de l’argent facile. I·elles disent leur angoisse de croiser dans leur escalier des silhouettes cagoulées. Exaspéré, car sa fille s’est faite agresser, un homme prévient du risque de constitution de brigades d’autodéfense du côté des villas voisines. Une maman dit savoir que le problème de la drogue existe partout en France, et parfois pire ailleurs comme elle a pu le constater elle-même, mais elle ne supporte plus de ne pas pouvoir sortir avec ses enfants certains jours. Une autre constate qu' »on ne nous écoute pas. C’est toujours classé sans suite« . Tout le monde se sent démuni, isolé, et attend de la police nationale une action réellement efficace plutôt que des opérations sans suite. En complément, les candidates de la liste Nouvelles Pages Pour Sète entendent bien remplacer les vigiles de la brigade résidentielle, onéreuse et inefficace, par une vraie politique coordonnée de prévention et de médiation.

Des millions dans l’opération de renouvellement urbain, mais rien pour les logements

Deuxième grand sujet qui ressemble à un paradoxe : Plus le grand projet de requalification avale les millions d’Euros d’investissement, moins les logements semblent entretenus.

Figure emblématique du quartier, Jean-Claude Reilles constate : « il y a des trucs qui ont changé en bien. Merci l’ANRU. ça embellit un peu le quartier. On prend. Mais on a un problème avec nos deux bailleurs Hérault Habitat et l’office de Sète. Il y a des gens qui vivent dans des logements insalubres. On veut mettre des tôles sur les balcons, soi-disant pour faire joli, mais encore une fois, on n’a pas demandé l’avis des habitants ». La colère gronde du côté des femmes qui sont encore majoritairement les gardiennes du foyer. Là encore, « Quand on parle, personne ne nous écoute. À Hérault Habitat, il n’y a qu’une ligne téléphonique. On dit qu’on va nous rappeler, mais il n’y a pas de suite. On en a marre. On essaye de se débrouiller toute seule, que ce soit pour les canalisations bouchées, les murs mal peints, les fuites, la moisissure …. C’est nous qui devons réparer nous-mêmes, à nos frais ». Les plus anciens se rappellent qu’autrefois, les offices HLM avaient leur propre personnel d’entretien sur place. Mais ils ont délégué ces missions à des prestataires privés extérieurs, au détriment du service rendu. Jean-Claude Reilles encore constate : « On inaugure le boulevard Mendes France, mais l’intérieur de la cité est impraticable pour les personnes en fauteuil roulant ». Et puis, il faudrait pouvoir former les jeunes du quartier et les embaucher dans le cadre des opérations de requalification pour les impliquer. « Car pour l’instant, les gens vivent plus mal qu’avant ». Une femme dit son découragement et son souhait de quitter le quartier qu’elle trouve pourtant beau -« digne d’une carte postale»- mais dit-elle, « Nous on vit à 7 dans un 3 pièces» tandis qu’un retraité interroge : « après 45 ans de travail, je touche 1100 euros de retraite. Comment on vit avec ça ? »

L’amélioration de la transparence des commissions d’attribution, l’intégration des clauses sociales avancées dans les marchés publics et la création d’une régie de quartier, à la fois outil d’insertion et d’entretien de proximité, sont autant d’engagements du programme de Nouvelles Pages Pour Sète dont Laura Seguin a présenté les grandes lignes au cours des échanges.

Une vie associative saccagée

Pour redonner l’espoir, les plus anciens rappellent : « Toutes les luttes qu’il y a eu ici pour avoir les écoles, pour avoir le collège, pour avoir la poste… ont porté leurs fruits » et ont façonné le quartier . Mais ces dernières années, « la jeunesse a été délaissée, les associations ont fermé les unes après les autres », déplore Omar Douich, tandis que l’équipement culturel La Passerelle est passé sous la coupe du CCAS, ce qui en change fondamentalement le caractère. Plusieurs intervenants énumèrent tout ce que le quartier a perdu sous les mandats de François Commeinhes : le poste de police nationale (fermé en 2007) et trois hauts lieux d’auto-organisation des habitants : le centre social associatif la Péniche et son projet d’insertion, la Maison de quartier en 2011 et la Maison des Jeunes. Un brin nostalgique, François Liberti démontre combien ils étaient des espaces de socialisation, d’initiatives, d’inventivité et d’émancipation, fortement aidés par la ville, mais autonomes dans leur fonctionnement.

C’est dans cet esprit et avec cette même ambition que Laura Seguin s’est engagée à redonner aux habitant·es de l’île de Thau les moyens de se faire entendre et de reprendre l’initiative. C’est à eux, selon l’équipe de Nouvelles Pages Pour Sète, qu’il reviendra de définir les contours de ce « pôle de services » qui doit prendre place dans l’ancien centre commercial et au-delà, de la réalisation concrète du plan de requalification urbain, tandis que les élu·es, actuel·les au Département et futur·es à la mairie n’hésiteront pas peser de tout leur poids pour changer des relations locatives peu respectueuses des droits des locataires.

Engagements citoyens et promesse démocratique espèrent vaincre la défiance suscitée par des décennies de «politique de la ville» tout entière dédiée à fournir de juteux contrats au secteur du BTP, à dégager du foncier pour le logement privé et à remanier les voiries pour répondre aux critères sécuritaires de l’État. Bref, une politique pilotée « d’en haut », réduite à une intervention sur le bâti et les infrastructures, qui ne saurait régler les problèmes sociaux et les discriminations qui accablent les populations de ces quartiers populaires. Une défiance légitime en somme qui explique leur taux d’abstention record, mais qui n’est heureusement pas irrémédiable si les réponses apportées localement et nationalement englobent la totalité de leurs préoccupations.

En savoir plus :

Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) pour le quartier de l’Île de Thau

Ce projet est engagé depuis 2019 jusqu’en 2030 et s’appuie sur un Plan-guide à horizon 2040. L’ANRU est le financeur principal aux côtés de la Ville, de Sète Agglopôle et de la Région.

Opérations déjà engagées

  • Premier chantier / pont sur la darse Est : pose de la 1re pierre et lancement des travaux. Cet ouvrage vise à « mieux relier le quartier au reste de la ville et à améliorer les liaisons internes ».
  • Requalification du boulevard Pierre-Mendès-France / avenue Pierre : travaux de voirie, circulation, sécurité et aménagements paysagers déjà lancés

À venir

  • Démolition partielle de résidences (« Le Globe » : suppression d’escaliers/logements « pour ouvrir des espaces publics et lutter contre l’insécurité» et une Partie de « La Seinchole ») afin de créer des liaisons piétonnes et des espaces publics qualitatifs.
  • Transformation de l’ancien centre commercial en pôle de services « pour redonner une centralité au quartier ».
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