Journal du collectif de lutte contre l’extrême droite Sète Bassin de Thau

Droits des femmes : le double visage du Rassemblement national

L’émergence d’un nouveau parti d’extrême droite, Reconquête, plus ouvertement raciste et antiféministe, et la stratégie de « dédiabolisation » entreprise par Marine Le Pen depuis son accession à la tête du Front national en 2011, ont permis au Rassemblement national (RN) de faire évoluer son discours public sur les droits des femmes.

Ainsi Jordan Bardella affirmait en juin 2024 lorsqu’il se voyait déjà Premier ministre de Mr Macron, qu’il « garantirait de manière indéfectible à chaque fille et à chaque femme de France ses droits et ses libertés ». L’examen des actes concrets, à travers les votes de ses élu·e·s à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, montre cependant une opposition récurrente aux avancées féministes.

Iels ont voté contre

Ainsi, en juillet 2022, les député·e·s RN ont voté contre l’amendement visant à porter le SMIC à 1 500 euros, dans le cadre du projet de loi sur le pouvoir d’achat, alors même que les femmes sont surreprésentées parmi les salarié·e·s au salaire minimum.
Le RN s’est également abstenu de participer au vote à l’Assemblée nationale de la loi Rixain du 24 décembre 2021 visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle dans les entreprises d’au moins 1000 salarié.es alors que l’écart salarial femmes/hommes reste significatif en France (environ –10,5 % à statut, durée etc. … égaux).

Concernant la réforme des retraites voulue par les gouvernements macronistes qui impacte particulièrement les femmes du fait de carrières souvent hachées, et des écarts de salaire qui rendent l’allongement de la durée de cotisation plus pénalisant, le RN n’a pas toujours maintenu une opposition ferme et cohérente jusqu’à ce que la réforme des retraites devienne un enjeu central du débat public.

Une absence d’engagement politique

Lors du Congrès du Parlement à Versailles consacré à l’inscription du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française le 4 mars 2024, si Marine Le Pen s’est prononcée en faveur du texte, 26% des député·e·s RN se sont abstenu·e·s et 14 % ont voté contre, illustrant une absence d’engagement politique clair sur un droit pourtant fondamental.

Concernant la lutte contre les violences sexuelles, les faits sont particulièrement parlants. Le 23 octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi intégrant explicitement la notion de consentement dans la définition pénale du viol et des agressions sexuelles avec 155 voix pour, et 31 contre. Sur ces 31 voix contre, 27 émanaient des député·e·s du Rassemblement national, faisant de ce parti le principal groupe d’opposition à une réforme pourtant centrale pour en finir avec la culture du viol et avec les violences sexistes et sexuelles.

Les efforts de normalisation des positions du Rassemblement national ne doivent pas masquer une stratégie politique constante : les élu·e·s du RN entravent régulièrement les avancées visant à garantir l’égalité femmes-hommes.

Les combats féministes demeurent essentiels pour construire une société plus égalitaire et garantir les droits et libertés de toutes et de tous. Les progrès pour les femmes sont des progrès pour l’ensemble de la société. Ne laissons pas la droite et l’extrême droite s’approprier un prétendu féminisme fondé sur le racisme et la stigmatisation, au détriment des droits réels et concrets des femmes.