« Braquage pharmaceutique » est le titre d’un article paru dans la revue Que choisir consacré aux coûts excessifs des nouveaux médicaments mis sur le marché. La première conséquence est une augmentation des dépenses de la Sécurité sociale peu soutenable à terme.
D’autre part, la Sécu rogne sur le prix des médicaments plus anciens et génériques qui sont mis régulièrement en situation de pénurie par les laboratoires du fait de leur faible rentabilité.
Big pharma : L’industrie la plus rentable au monde
Il faut comprendre le mécanisme qui permet à cette industrie d’être la plus rentable au monde, avec des profits qui atteignent souvent plus de 20 % du chiffre d’affaires. Il existe en France tout un ensemble de structures au fonctionnement opaque au sein desquelles siègent des acteurs très souvent suspects de conflits d’intérêt majeurs.
Il s’agit en premier lieu du Comité économique des produits de santé, chargé de négocier le prix d’un nouveau médicament avec les laboratoires. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce prix n’est pas construit sur la base du retour sur investissement pour l’industriel mais sur une évaluation par celui-ci de la capacité à payer par la Sécu. Or la négociation est déséquilibrée car les industriels n’hésitent pas à recourir à une forme de chantage à l’accès aux soins. Ainsi, ils fixent un prix plancher pour chaque pays et refusent de commercialiser le médicament en dessous d’un certain tarif, tout en sollicitant les associations de patients pour pousser les gouvernements à l’accepter pour pouvoir disposer du médicament dans les meilleurs délais. Les enjeux sont majeurs car un prix élevé obtenu dans un pays permet de faire pression sur les autres pour s’aligner et, au contraire, un prix trop bas peut inciter certains à négocier une baisse.
Opacité des négociations
Le plus scandaleux est que ces négociations sont secrètes et que le prix final du médicament n’est jamais connu. En effet, les négociations portent sur des équations complexes, mêlant les volumes consommés au coût final payé en fin d’année, avec un système de ristournes dont les montants ne sont jamais rendus publics. Le secret des affaires prime sur la santé publique.
La Loi de finances de la Sécurité sociale a montré le lobbying forcé des laboratoires pour obtenir le rejet d’amendements qui visaient à rendre public les prix nets réellement payés par l’Assurance maladie. Ainsi, malgré quelques mesures cosmétiques censées limiter l’envol des prix, les représentants de la profession ont obtenu globalement gain de cause et l’ont exprimé crûment : « Les entreprises qui se montrent réactives pourront non seulement naviguer efficacement à travers ces bouleversements, mais également en faire un tremplin pour l’innovation et la consolidation de leur place sur le marché. »
Donc, tout va bien pour le marché et les dividendes seront au rendez-vous pour les actionnaires. Par contre du côté des patients, les pénuries de médicaments essentiels, mais peu rentables, continueront de se multiplier et la Sécu continuera à être leur vache à lait en payant beaucoup trop cher les nouveaux médicaments dont certains n’ont pas toujours l’efficacité promise.