La rock-star du Rockstore ce jeudi soir, c’était Michaël Delafosse, maire socialiste sortant de Montpellier. « 22 v’là Mika ! » Ambiance concert avec chauffeur de salle, captation vidéo et interviews des meilleurs soutiens dans une salle impatiente, au 20 rue de Verdun, en attendant le discours de la vedette du jour.
« Est-ce que vous êtes fiers de ce premier mandat ? » lance l’animateur. « Ouiiiiiii » répond la foule de 800 à 1000 personnes venues écouter le discours de lancement de campagne du candidat PS, ce 22 janvier 2026. La première partie est assurée par une ancienne secrétaire d’État de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, Carole Delga, qui possède cet art incomparable de fabriquer des tunnels de paroles, il faudra même des « bravos » pressés d’entendre « leur » Michaël, pour l’obliger à abréger.
Un élu forgé par l’épreuve
Ce fut un long discours, 1h12, Marseillaise comprise, mêlant récit personnel, bilan de mandat et projection politique. « Cette fonction, elle vous transforme », lâche Michaël Delafosse. L’homme revendique une continuité. Continuité de méthode, de cap et de personnalité. Il raconte un mandat éprouvé par les crises : covid, guerre en Ukraine, violences, attentats, et réussit ainsi à mieux légitimer une posture de solidité. « Dans la tempête, il faut un cap », martèle-t-il, se présentant comme un élu forgé par l’épreuve, désormais plus aguerri pour affronter la suite. Applaudissements.
Son bilan est convoqué comme socle de crédibilité. Lui qui déjà avait comme adjoint sous Hélène Mandroux « sauvé le Rockstore » où il se produit aujourd’hui. Gratuité des transports, cinquième ligne de tramway, transformation du cœur de ville et de la place de la Comédie, développement économique autour de Med Valley : « le programme sur lequel nous avons été élus a été honoré ». La gratuité des transports est élevée au rang de mesure emblématique du pouvoir d’achat : « cent quatre-vingt-dix euros économisés », répète-t-il, en s’adressant explicitement aux familles modestes et aux salariés.
Séquence humour : le maire séducteur, « je drague »
Au détour de son discours, Michaël Delafosse s’autorise une parenthèse plus légère, assumant une forme d’autodérision teintée de séduction. Il glisse une anecdote et raconte le plaisir de « s’asseoir sur un banc le samedi » sur la place de la Comédie et d’engager la conversation avec les habitant·es. Puis, sur le ton de la plaisanterie, il évoque cette dame de 70 ans rencontrée au détour d’un échange, « je drague », lance-t-il, la salle éclate de rire. Doué, il laisse entendre que ces moments de proximité relèvent aussi d’une forme de séduction bon enfant : parler, écouter, sourire, créer du lien. Le candidat vient alors renforcer la mise en scène d’un maire accessible, à l’aise dans l’espace public, et soucieux de cultiver une relation directe et chaleureuse avec les Montpelliérains. Puis le candidat PS de « Demain Montpellier » se met en mode champion, on aurait dit le troisième frère Lebrun. Il envoie comme des smashes de pongiste, les différents axes de son programme pour « un mandat à fond », dit-il.
Lutte contre la solitude des personnes âgées
Michaël Delafosse identifie la solitude comme l’enjeu politique de son prochain mandat. Il évoque : l’isolement massif, la nécessité d’un « filet » de solidarité locale, une responsabilité collective de la ville envers les nonagénaires et centenaires, désormais élevés au rang de priorité. Comme quoi, traîner sur les bancs publics, ça a du bon.
Attention : grand plan trottoirs en vue
L’annonce est explicite : un plan structuré sur les trottoirs et les cheminements piétons. Ce plan est présenté comme correction d’aménagements réalisés « à la va-vite ». L’idée est de renforcer la sécurité des déplacements à pied, l’autonomie des enfants, l’accessibilité pour les personnes âgées et le handicap.
Mobilité, des bus électriques cadencés
Le candidat annonce le renforcement de bus électriques cadencés « comme des tramways », avec priorité sur la voirie. Michaël Delafosse veut couvrir les secteurs non desservis par le tram, et garantir une alternative crédible à la voiture. L’ambition est un changement d’échelle du réseau bus.
Logement, l’axe central du prochain mandat
Le logement est désigné comme le thème qui sera privilégié dans cette campagne. Respect strict de la loi SRU, soutien renforcé au logement étudiant ( construction de 1 000 logements supplémentaires), retour des concierges dans les logements sociaux, aide à l’accession à la propriété pour certains publics, articulation avec la stratégie zéro artificialisation nette. Tout cela en fait presque une reconnaissance implicite que le sujet n’a pas été suffisamment traité dans le mandat qui s’achève.
Création d’une agence stratégique d’investissement
Après le développement, voici l’investissement. Il s’agit de la création d’une agence stratégique dédiée à l’investissement, en lien avec la Région. Michaël Delafosse souhaite accélérer l’implantation d’entreprises, répondre plus rapidement aux porteurs de projets, et renforcer une forme de souveraineté économique locale. Quid de l’agence de développement économique portée par Alex Larue dans tout ça ? Une affaire à suivre… Mais le maire sortant se galvanise avec un objectif chiffré de création d’emplois : « 30 000 d’ici la fin du prochain mandat ! »
Climat d’urgence morale : « il faut agir »
Dans son meeting, Michaël Delafosse annonce pour la énième fois : « les questions de sécurité sont des questions profondément républicaines ». Oui ! Tout le monde en convient bien évidemment, mais pour lui cela ressemble à une façon de revendiquer ce terrain comme légitime pour la gauche. Le propos est martelé à travers une succession de drames et de faits violents, règlements de comptes, narcotrafic, mères endeuillées, tout un récit mobilisé pour installer un climat d’urgence morale : « il faut agir », « ne jamais manquer de courage et de détermination », « ne jamais occulter les problèmes et les mettre sous le tapis ». Mais ici, en plein Rockstore, la gravité tient lieu de démonstration. « C’est se retrouver confronté à des réalités épouvantables, un règlement de comptes, lié au narcotrafic, une mère pleure son fils. » Au-delà de la détermination, aucun dispositif précis n’est présenté, aucun levier municipal clairement identifié, aucune évaluation des politiques déjà menées. La sécurité devient une rhétorique, un affichage de fermeté destiné à prouver que le maire « voit » et « nomme » les violences. Mais à force de répéter que « comme gens de gauche, on croit à la règle et à la loi », le candidat PS adopte les codes du discours sécuritaire dominant, tout en évitant soigneusement d’entrer dans le débat concret sur l’efficacité réelle de l’action municipale. Bref ! Cette focalisation, plus symbolique qu’opérationnelle, contribue-t-elle à masquer l’absence de réponses structurelles et évaluables ? Est-ce un simple déplacement du débat public vers une posture d’autorité ?
France Jamet, l’invitée surprise
C’est dans la dernière partie du discours que Michaël Delafosse politise frontalement l’élection et désigne le Rassemblement National comme adversaire principale. Il appelle à un rassemblement dès le premier tour pour faire barrage à une extrême droite présentée comme utilisant les municipales comme « marchepied vers 2027 ». La candidate RN à Montpellier, France Jamet, est citée comme l’incarnation locale de cette stratégie nationale. Candidate en 2014 de la liste « Montpellier fait front », qui avait réuni 7 319 voix, France Jamet se voit offrir en 2026, dans les mots du socialiste, une exposition politique inédite.
Que comprendre ? Michaël Delafosse appelle à un rassemblement « dès le premier tour », en présentant la présence du RN comme une menace immédiate. Une stratégie qui voudrait verrouiller le jeu politique en amont, en transformant le scrutin des municipales en vote de barrage anticipé. Peut-être une façon d’essayer d’éviter l’analyse de son bilan de mandat : resserrer les rangs, dissuader toute dispersion à gauche, afin de marginaliser les débats programmatiques contradictoires.
Mais sa stratégie pose aussi une question démocratique : en appelant ce vote utile dès le premier tour, le maire sortant tente de réduire l’élection à un face-à-face commode, un réflexe défensif, là où elle pourrait être l’occasion d’un arbitrage éclairé entre projets concrets pour la ville.