À Sète, un débat sous tension entre règlements de comptes et petites phrases

Sète salle Brassens débat pour les municipales - Photo - PLURIELLE INFO
Sète salle Brassens débat pour les municipales - Photo - PLURIELLE INFO

Salle Brassens, se tenait ce mercredi 18 février sous l’égide du Midi Libre le grand débat des têtes de liste qui se présenteront aux suffrages des Sétois·es le 15 mars prochain. Beaucoup de chaises vides alors que les inscriptions avaient été closes plusieurs jours avant la rencontre qui a réuni un public clairsemé, mais clairement réparti dans la salle en fonction de ses affinités.

Si elle n’a pas l’aisance oratoire des vieux routiers de la politique qui partageaient la scène avec elle, la benjamine Laura Seguin n’en a pas non plus les travers : l’arrogance goguenarde, l’usage de phrases préparées par des communicants et d’allusions vachardes, le mépris, le plus souvent pour débiter des banalités. Laura Seguin dont la discrétion a été accentuée par un éclairage défaillant ne s’est pas départie de son calme pour décliner thème après thème les propositions de sa liste citoyenne de gauche et écologiste.

Les bons pères de famille

D’abord interrogé·es sur la dette de près de 100 millions qui pèse sur le budget de la ville, les candidats sont au moins deux à s’être vantés de gérer en « bon père de famille », référence patriarcale qui devrait être maniée avec prudence compte tenu du passif que porte depuis quelques années cette notion surannée dont on découvre les milliers de monstres qu’elle recouvre. De plus, tout économiste sérieux dira que faire le parallèle entre la gestion domestique et la gestion d’une collectivité (ou de l’état) est une supercherie.

Bref, tous ces « bons pères de famille » ont pour point commun de s’engager à baisser les dépenses publiques, et même possiblement à baisser les impôts, ce qui est somme toute dans l’ère du temps néolibéral qui a tant asséché les finances publiques qu’on peut à présent offrir au secteur privé de nouveaux marchés, comme l’enseignement, la formation, et même «la silver économie» comme l’a cité Hervé Marques, qui consiste ni plus ni moins à générer des profits sur le vieillissement et la dépendance.

Le conseiller régional socialiste et président du port Sébastien Denaja assure lui pouvoir trouver de nouveaux financements « je suis capable d’ouvrir certaines portes». Baronnie, quand tu nous tiens !  Pour l’ancien directeur de campagne de François Commeinhes, « l’apolitique » Pascal Pintre, «Sète vit au-dessus de ses moyens».

À l’inverse, Laura Seguin qui dénonce les réalisations coûteuses et inutiles qui ont endetté la ville plaide pour continuer d’investir, mais dans des projets utiles pour améliorer la vie et faire face au changement climatique, à commencer par la rénovation des réseaux et des trottoirs. Elle indique que le retour en régie publique directe par exemple de l’eau et du stationnement représenterait une source importante d’économies.

Pour le reste, logement, environnement, emploi… beaucoup de consensus, du moins dans les mots, sur la nécessité de réguler les locations saisonnières et de développer le logement pour les sétois·es sans bétonner davantage, et même des convergences parfois surprenantes : comme par exemple Sébastien Pacull d’accord avec Laura Seguin pour le retour à une régie publique de l’eau ou avec le bail solidaire !

Entrepreneurs auto-satisfaits

Hervé Marques parle plus souvent comme un entrepreneur que comme un maire, vantant ce statut comme preuve de ses qualités de gestionnaire. Il partage cette fierté avec le « chef d’entreprise dans l’immobilier » Sébastien Pacull… ce qui est peut-être en effet plus honorable pour l’un comme pour l’autre que d’avoir été les adjoints du condamné François Commeinhes. Mais le néo-maire a surtout fait rire la salle en affirmant à maintes reprises, à l’exposé de diverses propositions, les siennes comme celles exposées par ses rivaux : « c’est déjà fait» ou « vous en avez tous rêvez, Hervé l’a fait » en parlant de la modification du PLUI, en omettant de préciser qu’une telle procédure durera au moins deux ans avant d’aboutir à un document opposable et qu’aucune orientation stratégique n’a été donnée à cette modification. «C’est fait aussi»… la bourse d’échange des logements HLM, paraît-il depuis le 1er novembre. Et à la question, «pourquoi voulez-vous être maire ?» il répond «parce que c’est déjà fait». Comique de répétition, effet de salle assuré.

A plusieurs occasions, Sébastien Denaja s’est appuyé lui sur les exemples de la gestion de Michaël Delafosse, le maire de Montpellier, notamment en matière de logement, mais plus encore en matière de sécurité. Reprenant l’affirmation conceptuellement inepte selon laquelle « la sécurité est la première des libertés », Sébastien Denaja recommande la fermetures des commerces suspectés de blanchiment et la punition collective que constitue l’expulsion de logement de familles dont un membre participe au trafic de stupéfiants. Dans ce domaine, Pacull est plus direct. Pour obtenir des moyens supplémentaires en matière de police , il détient la solution suprême : l’élection de Jordan Bardella en 2027.

Les coups volent bas

Les coups ont volé bien bas. Hervé Marques reprochant à Sébastien Denaja sa présence intermittente au conseil municipal et à Pascal Pintre de ne pas avoir été capable d’attirer de grandes entreprises à Sète alors qu’il dirigeait l’agence de développement économique Blue Invest. Le même Marques considère que de payer quelques « managers » est plus efficace qu’une agence pour aider les entreprises. Ce à quoi Sébastien Pacull répond qu’il n’a eu besoin ni d’agence ni de manager pour créer trois entreprises. Visant Pintre qui a peiné à s’affirmer dans le débat et Pacull qui lui tenait la dragée haute, Hervé Marques a repris l’image de «ceux qui veulent renverser la table à laquelle ils ont mangé». Laura Seguin n’a pas manqué de relever que cette phrase révélait la piètre conception que le maire sortant avait de la participation à une majorité municipale. Puis c’est Sébastien Denaja qui préférerait «voir dans les panneaux Decaux la promotion des coquillages de l’Étang de Thau plutôt que la tête du maire». Il reprend pour dénoncer l’inaction en matière de sécurité le diction « le poisson pourrit toujours par la tête » induisant que le maire a pu fermer les yeux sur certaines pratiques délictueuses. Pour Pacull, « ce n’est ni aux socialistes ni à la macronie que je ferai confiance pour résorber la dette », il voit la fin d’un système qui n’a « pas produit de richesses» et prévient que «les entreprises ne s’installent pas là où il y a LFI», oubliant de préciser que c’est aussi là où tombent les pluies de sauterelles.

Des crottes de chien aux mauvaises devinettes

Pour finir, trois questions de la salle ont porté successivement sur les mesures à prendre pour les personnes en situation de handicap visible ou invisible, sur l’entretien des trottoirs et les crottes de chien (qui a permis à Pascal Pintre de promouvoir les « motocrottes » et à Sébastien Pacull d’affirmer que «les gens sont des cochons»), pour finir sur les conditions d’ouverture du parking Aristide Briand. Marques a joué la tranquillité en indiquant qu’il se plierait à la décision de la commission de sécurité.

En ultimes « questions politiques », les animateur·trices demandent à chaque candidat·e si le maire de Sète doit être président de Sète Agglopôle Méditerannée. La plupart ont répondu que la présidence devait revenir à la ville centre sans obligatoire préciser si ce devait être le maire ou un adjoint. Pour sa part, Laura Seguin a déclaré qu’elle serait maire à plein temps et qu’elle concevait l’agglomération comme une « coopérative de communes », constatant que la domination qu’y avait exercée pendant trop longtemps la ville de Sète en la personne de François Commeinhes avait précisément abouti à ce qu’elle en perde la présidence.

Peut-être pour électriser l’assistance, et abaisser le débat, les organisateurs ont imposé une série de duels nationaux aux candidats. À Laura Seguin, il a été demandé de choisir entre Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel. À Pascal Pintre, entre Bruno Le Maire et Arnaud Montebourg. À Sébastien Pascal, entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. À Hervé Marques, entre Gérald Darmanin et Bruno Retailleau. Enfin, à Denaja, entre Carole Delga et François Hollande. Les réponses ont rapidement dessiné des lignes politiques claires : Laura Seguin a répondu « les deux », se revendiquant de l’union de toute la gauche et des écologistes ; Pascal Pintre a tranché par « aucun des deux » ; Sébastien Pascal a choisi «Marine Le Pen» ; Hervé Marques a opté pour «Darmanin» ; Sébastien Denaja a désigné «Carole Delga, la présidente de Région», précisant que si la question lui avait été posée comme à Laura Seguin, il aurait répondu « Fabien Roussel ». La séquence a suscité de vives réactions dans la salle, provoquant notamment la colère bruyamment exprimée par l’ancien député-maire François Liberti.

Pas de vainqueur ni de vaincu, pas de révélation non plus, mais la palme du sérieux et de la sagesse revient à la seule femme candidate. Un débat un peu longuet qui pourrait se résumer pour Hervé Marques par «c’est fait », pour Pascal Pintre par «effectivement, je ne fais pas de politique», pour Sébastien Denaja par «les 3 D avec Delga et Delafosse», pour Sébastien Pacull par «la girouette obsédée par LFI», et pour Laura Seguin par «tournez la page ». A Sète, l’alternative citoyenne et écologiste s’affirme face aux héritiers du système Commeinhes.

François Bayrou, Emmanuel Macron, Patricia Mirallès, Sébastien Lecornu 13 juillet 2025 - Photo - DR Élysée

Discours aux armées : Emmanuel Macron acte un réarmement historique et alerte sur la fin des « dividendes de la paix »

Pierre Soujol Septembre 2024 à Lunel - Photo - Jean-Philippe Vallespir

À Lunel, la métamorphose orpheline de son artisan

Montpellier lancement de la campagne pour la 6e République - Photo - JPV _ PLURIELLE INFO

Lancement à Montpellier de la campagne pour une 6ème République

Share via
Copy link