À Saint-Denis, des professeurs font barrage entre la police et les lycéens mobilisés

Professeurs et AED du lycée Paul Éluard à Saint-Denis forment un chaîne face à la police pour protéger les lycéens mobilisés - Photo - Flux RP
Professeurs et AED du lycée Paul Éluard à Saint-Denis forment un chaîne face à la police pour protéger les lycéens mobilisés - Photo - Flux RP

Au lycée Paul Éluard de Saint-Denis, le mouvement lycéen a pris lundi 28 septembre une tournure particulière : des enseignants et des assistants d’éducation se sont interposés entre les forces de l’ordre et les élèves. Derrière les images de tensions, les revendications portent d’abord sur les conditions d’étude, les moyens accordés à l’établissement et Parcoursup. Le maire de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, Bally Bagayoko, est venu soutenir les lycéens.

Pour comprendre ce qui se passe devant Paul Éluard, il faut remonter avant les blocages. Dès le 18 septembre, des personnels réunis en assemblée générale décrivaient une rentrée « déplorable » : près de 2 000 élèves sans assistante sociale, une présence infirmière réduite, des classes aux effectifs en hausse et des moyens horaires en baisse dans plusieurs disciplines. Ils dénonçaient aussi des cours dispensés dans des bâtiments modulaires où la température dépasserait 30 °C dès 10 heures, ainsi que le manque de tables, de chaises, de prises électriques, de salle d’étude et de foyer. Un lycéen de terminale interrogé par l’AFP évoque lui aussi « le surnombre, la surcharge des classes,» et « la pression de Parcoursup ».

La région Île-de-France reconnaît elle-même l’ampleur du chantier : une rénovation énergétique de l’ensemble du lycée Paul Éluard est actuellement « en études », avec pour objectifs d’améliorer le confort thermique, la qualité de l’air et l’acoustique.

C’est sur ce terrain que s’est développé le mouvement lycéen. Le rectorat de Créteil constatait dès vendredi qu’il prenait de l’ampleur dans plusieurs établissements de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. À Paul Éluard, plusieurs membres du personnel se sont mis en grève en soutien aux élèves. Ce lundi, enseignants et AED ont également formé une chaîne devant les jeunes, entre ceux-ci et les policiers. Les adultes chargés quotidiennement d’encadrer les élèves considèrent que leur mobilisation justifie une protection en se montrant auprès d’eux et d’elles.

« Que la République les respecte »

La matinée n’a pas été exempte de violences. Présent devant l’établissement, Bally Bagayoko refuse cependant que ces incidents résument le mouvement. « Ils demandent des moyens au même titre que d’autres établissements des beaux quartiers ». À ceux qui soupçonnent une instrumentalisation politique, Bally Bagayoko répond que les lycéens : « ici, ce sont des jeunes qui sont parfaitement conscientisés, ils n’ont pas besoin d’être instrumentalisés. » Une manière de leur reconnaître une capacité à construire eux-mêmes leur mobilisation et leur discours.

C’est précisément sur ce terrain que Bagayoko conteste le procès en manipulation : ces jeunes n’ont pas attendu un parti politique pour constater l’état de leur lycée. « Ils demandent que la République les respecte. Ils veulent vivre et travailler dignement », résume-t-il.

Le maire ne leur donne pourtant pas carte blanche. Il revendique au contraire une position d’adulte : « nous sommes là aussi pour leur dire : attention, ne vous mettez pas en danger, ne prenez pas des risques inconsidérés. Je suis maire d’une ville, mais je suis aussi père de famille et un éducateur. » Ballly Bagayoko considérer les lycéens suffisamment construits pour parler en leur propre nom, tout en assumant la responsabilité de les protéger.

[VIDEO] Explications in situ de Bally Bagayoko :

La bataille politique

Plutôt que d’assumer ses responsabilités dans la dégradation des conditions d’enseignement, le gouvernement choisit évidemment de mettre de l’huile sur le feu et d’utiliser la violence pour mener sa bataille politique.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé lundi une « surenchère » après les violences survenues autour de plusieurs établissements et reproché à des élus LFI d’encourager l’extension du mouvement. Les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation ont demandé aux forces de l’ordre d’interpeller les auteurs de délits et prévu qu’en cas de blocage total une intervention puisse être engagée après concertation avec les chefs d’établissement.

Serein, Bally Bagayoko rappelle que si le procès en récupération de la colère par LFI n’est pas fondé, les revendications matérielles exprimées par les élèves et les personnels, elles, sont documentées.

Premier ministre et ministre de l’Éducation : « Qu’ils viennent ici ! »

Bally Bagayoko lui répond directement : « Qu’ils viennent ici ! » Le maire invite le Premier ministre et son ministre de l’éducation à venir rencontrer les élèves et assure qu’ils seront accueillis. Derrière le maintien de l’ordre se pose, selon lui, la question de l’égalité territoriale. Quant à savoir combien de temps durera le blocage, le maire renvoie la décision aux lycéens et surtout la responsabilité à la réponse de l’État : « Je ne suis pas le chef d’orchestre ou le coach de ce mouvement. Ce sont les jeunes qui décident. » Puis il  lance à la presse présente sur place: « est-ce que l’État va mettre des moyens et répondre à leurs préoccupations ? »

Jean-Luc Mélenchon : « pas touche à nos jeunes »

Sur les réseaux Jean-Luc Mélenchon est direct et précis : « les lycéens en mouvement sont inoffensifs. Le gouvernement Lecornu a ordonné la répression. Cette férocité est irresponsable avec un arrière-goût raciste évident. Pas touche à nos jeunes. Élus et militants insoumis interposez-vous partout où vous le pouvez. »

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