À Reims, le procureur blanchit le geste du policier et ajoute : « soutien aux forces de l’ordre »

Reims, le Procureur François Schneider déclare : "aucun sujet donc et soutien aux forces de l’ordre" - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Reims, le Procureur François Schneider déclare : "aucun sujet donc et soutien aux forces de l’ordre" - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

La vidéo avait quelque chose de suffisamment troublant pour se demander : qui est cet homme masqué entouré d’autres hommes masqués, au milieu de la mobilisation lycéenne à Reims, filmé en train de lancer un objet avant d’être apostrophé par le député européen Anthony Smith ?

Vendredi 2 octobre, l’élu LFI diffuse les images et accuse : « Violence policière en direct contre des lycéens aujourd’hui à Reims. Honte à ces violences et provocations policières. » À ce moment-là, l’identité de l’homme n’est pas officiellement établie.

Deux jours plus tard, c’est fait. Dimanche 4 octobre, François Schneider, procureur de la République de Reims, confirme à France 3 que l’homme est bien policier. Le magistrat affirme qu’il lançait une « grenade fumigène » dans le cadre d’une opération de maintien de l’ordre, qu’il juge « totalement légale » au regard « de la violence des émeutiers jetant des pierres sur les policiers et utilisant des mortiers ».

Mais que permettent réellement d’établir les images : elles montrent un homme non identifiable qui pourrait être un black bloc  (pas de brassard de police ni de numéro de RIO) lancer un objet. La nature exacte de l’objet n’est pas identifiable avec certitude sur la seule vidéo. « Grenade fumigène » est donc, à ce stade, la qualification donnée par le procureur. Mais surtout la conclusion de François Schneider surprends et pose question : « aucun sujet donc et soutien aux forces de l’ordre. »

[VIDEO] Homme masqué, au milieu de la mobilisation lycéenne à Reims, filmé en train de lancer un objet avant d’être apostrophé par le député européen Anthony Smith :

L’article 31 du code de procédure pénale

Mais avec ces quelques mots, François Schneider déplace le débat : il ne se contente plus de dire le droit ( si tant est que la nature de l’objet et le statut du lanceur relève du droit ), il affiche son soutien aux policiers dont il vient d’apprécier le comportement. Qu’un procureur explique pourquoi il considère, au vu des éléments dont il dispose, qu’un policier a agi légalement relève de sa fonction. Mais l’expression publique d’un « soutien aux forces de l’ordre » est d’une autre nature.

L’article 31 du code de procédure pénale impose en effet au ministère public d’exercer ses missions « dans le respect du principe d’impartialité ». Donc, lorsqu’un comportement policier est précisément contesté, le procureur chargé d’en apprécier juridiquement les circonstances doit-il afficher dans le même temps son soutien à la police ?

Si Anthony Smith avait posé la question par l’image, le procureur a certes apporté une réponse sur l’identité de l’homme. Mais en ajoutant « aucun sujet donc et soutien aux forces de l’ordre, » justement il y a un sujet : celui de la nécessaire distance entre celui qui soutient et celui qui est chargé d’apprécier juridiquement les faits.

François Schneider, un procureur engagé

Ce n’est pas la première fois que François Schneider emploie un vocabulaire particulièrement engagé lorsqu’il est question de défendre les forces de l’ordre. En mars 2019, alors procureur de la République d’Alès, le magistrat avait dénoncé devant le tribunal une « guérilla urbaine » et des manifestants venus, selon ses mots, « casser du flic et même du procureur ». Il requérait neuf mois de prison ferme avec mandat de dépôt contre un homme poursuivi pour des jets de pierres sur des CRS.

Le contexte mérite d’être rappelé : Schneider avait lui-même vécu les affrontements de très près. Son véhicule avait été caillassé et le procureur affirmait qu’on lui avait « tiré dessus avec l’intention de [lui] faire très mal ». Objectif Gard le décrivait alors comme « particulièrement agacé ». C’était lors d’une manifestation de Gilets Jaunes. Difficile de mesurer ce que cet épisode avait pesé sur la vigueur de son réquisitoire, et le tribunal avait finalement prononcé six mois ferme sans mandat de dépôt, décision dont le procureur avait annoncé faire appel.

Mais les circonstances dévoilent un certain comportement : ce jour-là, François Schneider traversait lui-même la manifestation au volant d’une voiture, « gyrophare en fonctionnement », selon Objectif Gard. Rappel : en 2019, les véhicules des procureurs en permanence pénale ne bénéficiaient pourtant pas encore du statut de véhicule prioritaire que le gouvernement ne leur accordera qu’en juillet 2026. Certes difficile d’établir une quelconque irrégularité, sans connaître le statut exact du véhicule et de son avertisseur. Une posture de Schneider qui mérite d’être notée.

Son vocabulaire n’est d’ailleurs pas nouveau. En juillet 2023, après des attaques contre le commissariat d’Alès et la gendarmerie de Quissac, François Schneider adressait déjà, « au nom de la juridiction alésienne », son « total soutien » aux gendarmes ainsi qu’aux policiers nationaux et municipaux.

Sept ans plus tard, à Reims, François Schneider choisit à nouveau des mots sans ambiguïté : « aucun sujet donc et soutien aux forces de l’ordre ». Rien dans son parcours public ne permet de lui attribuer un engagement partisan. Mais une constante apparaît dans ses propres déclarations : lorsque les forces de l’ordre sont mises en cause ou confrontées à des violences, le procureur affiche publiquement sa solidarité avec elles. Quid de cette solidarité revendiquée ? Est-elle compatible avec la distance que le public est en droit d’attendre du parquet lorsqu’il doit, précisément, apprécier le comportement de policiers ?

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