[Rhany Slimane, co-chef de file LFI pour les élections municipales à Montpellier.] Carnets de campagne #4.
Je vais être direct. Si vous vivez dans le centre-ville de Montpellier, si vous vous dites de gauche, et si vous votez Michaël Delafosse en vous disant que « ce n’est pas si mal », alors il faut que nous ayons une conversation honnête.
Depuis des années, je me bats dans les quartiers populaires. J’y milite, j’y organise, j’y écoute la colère, la fatigue, la résignation parfois. J’ai longtemps cru que tout se jouait là : convaincre celles et ceux qui ne votent plus, qui n’y croient plus, qui ont été trop souvent trahis. Mais aujourd’hui, je le dis clairement : le problème n’est plus seulement dans les quartiers populaires. Il est aussi, et peut-être surtout, dans le centre-ville.
À Montpellier, près de 20 % de la population vit dans un quartier prioritaire. Plus de 55 000 personnes. Dans certains quartiers comme La Mosson ou le Petit-Bard, le taux de pauvreté dépasse les 40 %, parfois bien davantage. Ce ne sont pas des chiffres abstraits. Ce sont des vies contraintes, des services publics absents, des familles qui tiennent debout par habitude plus que par espoir.
Et pendant ce temps-là, Michaël Delafosse gouverne
Michaël Delafosse gouverne en parlant d’une ville apaisée, attractive, rayonnante. Il gouverne en multipliant les inaugurations, les images propres, les discours lisses. Mais la politique de Michaël Delafosse n’est pas la même partout. Elle a l’air douce, attentive et progressiste en centre-ville. Elle est réellement dure, distante et autoritaire dans les quartiers populaires.
Quand Delafosse soutient les opérations dites « place nette », il sait très bien qu’elles ne règlent rien durablement. Il sait qu’elles humilient plus qu’elles ne protègent. Il sait qu’elles remplacent la prévention par le bruit, le soin par le contrôle. Et pourtant, il persiste, car il sait qu’en ville, l’électeur de gauche votera pour lui… Quand sa majorité réduit les moyens de la prévention, quand des éducateurs de rue disparaissent, quand la médiation sociale devient une variable d’ajustement budgétaire, ce sont toujours les mêmes quartiers qui paient.
Quartiers de relégation et quartiers vitrines
Quand Delafosse mène une politique d’attractivité qui alimente la gentrification, il sait très bien ce que cela produit : des habitants poussés dehors, des loyers qui explosent, des quartiers populaires transformés en zones de relégation pendant que d’autres deviennent des vitrines. Ce libéralisme local n’est pas une dérive. C’est un choix. Un choix, dont chaque vote pour lui, conforte et légitime l’application.
Et quand il parle de laïcité, de rénovation urbaine, de « vivre-ensemble », ses décisions ont des effets très concrets : elles frappent d’abord les habitants musulmans, les classes populaires, celles et ceux qui n’ont ni relais médiatiques ni capital politique. Appelons les choses par leur nom : cette politique produit de l’islamophobie institutionnelle et du mépris social, même quand elle se pare d’un vocabulaire républicain.
Vous pensez que j’exagère ? Avez-vous entendu parler de la charte de la laïcité, le plan de rénovation du bas de la Paillade qui devait effacer la mosquée « vivre en paix » ou sa proximité avec le groupuscule du « printemps républicain » ? Il y a des signes pour celui ou celle qui veut savoir.
Alors oui, je m’adresse aujourd’hui à vous, électeurs de gauche du centre-ville qu’on appelle trivialement « les bobos ».
Votre vote pour Delafosse n’est pas neutre. Il valide cette politique à deux vitesses. Il entérine l’idée qu’on peut être « un peu de gauche » là où ça se voit, et très à droite là où ça dérange moins.
Je ne vous accuse pas d’être indifférents. Je dis que vous êtes mal informés, et que cette ignorance arrange parfaitement le pouvoir en place. Tant que vous ne voyez pas ce qui se passe à Saint-Martin, à La Paillade, au Petit-Bard, vous pouvez continuer à croire que « globalement, ça va ». Mais le prix de ce « globalement » là, c’est nous qui le payons.
La bonne nouvelle, c’est que rien n’est figé !
Vous pouvez changer cela. En regardant les faits. En écoutant celles et ceux qui vivent loin de vos trajets quotidiens. En cessant de déléguer votre conscience sociale à une image de maire de gauche qui ne tient pas dès qu’on sort du centre-ville.
Parce qu’une ville de gauche ce n’est pas ses cartes postales, mais la façon dont elle traite les plus fragiles de ses habitants. Et aujourd’hui, sous Michaël Delafosse, Montpellier ne le fait pas.