#17octobre : “J’avais 20 ans en 68, jamais je n’aurai jamais pensé revivre ce moment-là.”

Montpellier le 17 octobre 2026 plus de 35 000 personnes mobilisées - Photo - IG PLURIELLE INFO
Montpellier le 17 octobre 2026 plus de 35 000 personnes mobilisées - Photo - IG PLURIELLE INFO

Ce samedi 17 octobre, le mouvement des lycéen·nes marque un tournant : une convergence des luttes sociales qui dépasse largement les revendications initiales pour exprimer toutes les colères qui traversent la société. Si on n’en connaît pas encore les suites, cette journée est assurément historique par l’ampleur et la nature de la mobilisation. Florilège de témoignages au hasard des rencontres, place de la Comédie à Montpellier.

À 14h, des milliers de personnes affluent vers la place de la Comédie et peinent même à y pénétrer. En tête du cortège qui s’ébranle pour se diriger vers la gare Saint-Roch, les lycéen·nes sont loin d’être isolé·es. Toutes générations confondues, des enfants en poussettes aux grands-parents, la foule est compacte autant que joyeuse. Après différentes annonces, la Préfecture recense 35 000 manifestant·es tandis que les syndicats en affichent plutôt 40 000.

[VIDEO] Plus de 35 000 manifestant•es à #Montpellier #17octobre

En famille

Émie, étudiante en animation 3D, est venue avec sa famille. “Ça fait plaisir de soutenir les lycéens, on est tous passés par là. Le système scolaire n’est pas adapté, trop anxiogène.” Sa mère, Christelle, enseignante depuis 27 ans, confirme : “J’enseigne dans le privé, mais je vois à quel point Parcoursup met une pression pas possible aux gamins, tout le monde est traumatisé par ses notes, il faut que ça s’arrête.” Dominique, la grand-mère, ancienne déléguée CGT pendant 40 ans, est une habituée des manifestations. “Je suis à tous les mouvements. Je suis contente de voir des jeunes manifester. Jusqu’à maintenant il n’y avait que des vieux.”

Mélanie et Violette sont elles aussi venues avec leurs enfants. Mélanie est artisane. Elle est présente, car elle s’inquiète du futur de ses enfants : “On leur souhaite un meilleur avenir à tout niveau que ce soit l’environnement, le travail, etc. Dans deux ans mes filles seront au lycée. On refuse les violences de la police et du RN. On ne veut pas qu’elles vivent dans un climat comme ça”. Violette est agricultrice, animatrice nature et aide à domicile. Elle ajoute : “On nous fait croire que les jeunes ne sont pas contents à cause de LFI non non, c’est parce qu’on n’est pas contents et on le dit.” Mélanie conclut : “En amenant nos enfants, on montre que quand on n’est pas content on a le droit de le dire, en se rassemblant, car les politiques essaient de diviser pour mieux régner, on veut leur montrer que le peuple est capable de se rassembler pacifiquement.”

“En tant qu’étudiants, on touche entre 0,70 € et 1€ de l’heure pour un travail à temps complet”

Depuis qu’il a fait la rencontre de sa copine Shana, Mathéo, la vingtaine, avoue qu’il a “connu un gros cheminement. Je viens de la droite et je me suis beaucoup remis en question ces cinq dernières années sur ma place dans ce système. J’ai réalisé que j’étais touché par beaucoup de causes.”

Vers 15h, le cortège s’avance rue Maguelone. Dans la foule, on aperçoit quelques blouses blanches. Irma a 24 ans. Elle est étudiante infirmière. “C’est un métier qui use et qui n’est pas valorisé. En tant qu’étudiants, on touche entre 0,70 € et 1€ de l’heure pour un travail à temps complet. Ce n’est pas normal”. Clara et Sabrina, elles aussi étudiantes infirmières et bientôt diplômées, dénoncent le manque de moyens global. “Les infirmiers font des burn-out et il n’y a plus personne dans les services. Les patients sont entassés, car il n’y a plus de chambre pour les accueillir, on nous demande de les virer pour les remplacer par d’autres.”

“Tous les services publics dysfonctionnent”, regrette Abel, ancien ingénieur du CNRS syndiqué CGT. “Il n’y a pas de remplacement des retraités par des jeunes, nous sommes solidaires des élèves, car il faut que l’éducation nationale fonctionne. On a besoin de cette matière grise et qu’est-ce qu’on fait face à leurs revendications ? On leur envoie des CRS,
des voyous. C’est indigne d’un pays qui se dit démocratique.”

Refus de Parcoursup et des violences policières

Chez les principaux concernés, il y a Baptiste, lycéen en internat. “On travaille dans des conditions de merde. Il y a un manque de moyens, un manque de profs. J’ai un prof qui n’a pas de diplôme et qui est payé au black. Ils font travailler des gens qui n’ont pas l’âge de travailler la nuit. Il y a aussi des situations de racisme et de grossophobie.” Honorine, Amel et Louise, lycéennes également, critiquent comme beaucoup le système Parcoursup. Amel étudie dans un lycée public qu’elle qualifie de “prestigieux”. Pourtant, “pendant les inondations, les murs de la cantine se sont écroulés, l’internat a été inondé, ce
n’est pas normal”. La jeune fille est indignée par les violences policières “qu’on voit bien sur les réseaux, mais pas aux infos”. Louise étudie dans le privé, mais est solidaire du mouvement. “On a des problèmes, mais eux c’est pire. Quand j’étais petite, j’allais aux manifestations avec mes parents. À mon tour maintenant.”

Enfin, à l’autre bout de la pyramide des âges, Elisabeth, retraitée, se joint “aux luttes populaires et légitimes, à la justice sociale, comme faire payer des impôts aux riches et très riches.” Son amie, Jeanine, déplore aussi les conséquences de la politique étrangère de la France. “On détruit le système social pour réaliser des dépenses militaires pour renforcer les
capacités militaires de l’Europe alors que c’est une entité qu’on n’a pas élue. On finance la guerre en Ukraine, on finance l’Israël. Il faut redonner de la souveraineté à la France, et aussi arrêter de se laisser diriger par des états criminels comme les États-Unis.” Visiblement émue,  Elisabeth souligne que la revendication sociale est un perpétuel recommencement et souffle “J’avais 20 ans en 68,  jamais je n’aurai jamais pensé revivre ce moment-là.”

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