65ème anniversaire du massacre du 17 octobre 1961 : les leçons de l’Histoire

arrestations manifestation FLN 17 octobre 1961
12 000 arrestations lors de la manifestation à Paris du 17 Octobre 1961 - Photo - France24

Le 17 octobre 1961, à Paris, entre 20 et 40 000 Algérien·nes, parmi lesquels des femmes enceintes et des enfants, manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui leur est imposé par les autorités françaises. Près de 12 000 manifestant.es sont arrêté.es, placé·es en « centres d’internement » dans des stades, des gymnases ou encore au Palais des Sports. Durant et après cette nuit, certain.es sont torturé.es et noyé.es dans la Seine ou tué.es par balle, par la police.

Le nombre exact de mort·es reste inconnu à ce jour, même si les recherches estiment à plusieurs centaines de nombre de morts. Le massacre est passé totalement sous silence tandis que les corps remontaient à la surface des eaux de la Seine par dizaines.

65 ans plus tard, ce massacre perpétré par la police nationale dirigée depuis mars 1958 par l’ancien collabo Maurice Papon n’est toujours pas reconnu comme crime d’Etat. La mémoire ne s’éteint pas. Quarante maires ont signé un appel pour obtenir cette reconnaissance.

Pour le chercheur en sciences sociales Mathieu Garouste, auteur de La guerre globale contre les peuples : mécanique impériale de l’ordre sécuritaire, le massacre du 17 octobre 1961« ne relève ni de l’accident ni d’un simple débordement policier ». Il analyse dans Politis que ce mécanisme répressif repose sur l’« importation en métropole d’un protocole de guerre policière, élaboré, développé, industrialisé en Indochine et en Algérie », qui va être, selon le chercheur, « appliqué sur le corps de la communauté des travailleurs nord-africains, précisément algériens à Paris ».

65 ans plus tard, les mobilisations lycéennes parties des banlieues remettent à l’ordre du jour la question de la violence de la répression policière, cela après l’expérience cuisante qu’en ont faite les Gilets Jaunes. Toujours dans Politis, Mathieu Rigouste y voit l’exemple concret de ce qu’il nomme le « continuum colonial » dont il distingue trois dimensions :  « le racisme d’État, les techniques de guerre policières et une colonialité structurelle, c’est-à-dire, la persistance de rapports de pouvoir hérités de la colonisation ». Ainsi, le maintien de l’ordre ne peut être étudié selon lui indépendamment des « rapports de classe et de race qui structurent les politiques de contrôle ». Ce qu’en donnent à voir les médias attestent de cette vision, autant par ce qu’elles montrent, par ce qu’elles justifient, que par ce qu’elle cachent.

En ce jour de triste anniversaire, la convergence des luttes et par conséquent des hommes, des femmes et des jeunes qui les portent a pour défi d’empêcher de laisser broyer leurs légitimes revendications à mieux vivre et à mieux étudier, par la violence d’un pouvoir arrogeant et finissant. Celui-ci n’hésitera pas à multiplier les provocations pour faire taire la colère populaire, quelles qu’en soient ses formes.

En hommage au massacre de 1961 perpétré dans l’indifférence de la société, soyons soudé·es, solidaires, organisé·es, prenons soin les uns des autres pour préfigurer la société que nous appelons de nos voeux, pacifique, humaniste, égalitaire, antiraciste donc réellement républicaine.

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