Beau succès du premier rendez-vous de la campagne présidentielle insoumise dans l’Hérault avec 700 personnes réunies à Frontignan pour écouter leur député Sylvain Carrière, la vice-présidente de l’Assemblée nationale Nadège Abomangoli et le coordonnateur de la France Insoumise, Manuel Bompard.
Comme un symbole, c’est à un lycéen et une étudiante, la suppléante de Sylvain Carrière Livia Jampy, également militante du SCUM, qu’il est revenu d’animer une soirée dont le public était tout acquis à la cause de la jeunesse et qui l’a exprimé avec ferveur.
À Frontignan, le mouvement de la France insoumise a donné un aperçu très concret de sa stratégie pour l’élection présidentielle de 2027. Derrière les attaques contre Emmanuel Macron, la défense des lycéens mobilisés et les propositions économiques, le meeting dessine une méthode : offrir à la colère sociale un débouché électoral, réactiver l’électorat de Jean-Luc Mélenchon qui a pu se perdre dans les tempêtes médiatiques et élargir son audience sans attendre d’hypothétiques accords entre les partis dits de gauche.
Du fort de Brégançon à la Mosson, Sylvain Carrière règle ses comptes aux dix ans de macronisme
Sylvain Carrière n’a pas fait dans la dentelle. Devant les militant·es, sympathisant·es ou simples curieux·ses réuni·es salle de l’Aire, le député insoumis de l’Hérault a dressé le réquisitoire de dix années de macronisme : services publics sacrifiés, précarité, inégalités sociales et écologiques. Avec une conviction : le départ d’Emmanuel Macron ne suffira pas à tourner la page. « Dans sept mois, Macron, c’est fini. Mais un autre Macron est toujours possible », prévient-il, en dénonçant les prétendant·es clonés déjà sur la ligne de départ.
Son accusation prend une dimension concrète lorsqu’il évoque les habitant·es qui poussent la porte de sa permanence parlementaire : « Il ne se passe pas une semaine sans que des gens viennent dans nos permanences, car ils ne savent plus à quelle porte frapper. » Il dénonce les 441 fermetures de bureaux de poste annoncées d’ici 2027, dont huit dans l’Hérault. Même logique, accuse-t-il, dans les hôpitaux, l’éducation et les transports : « Bref, tout ce qu’ils touchent depuis dix ans, ils le cassent. »
Après un été marqué par les canicules, la sécheresse et les incendies, le député insoumis rappelle que le dérèglement climatique ne frappe pas toutes les classes sociales avec la même violence : « sur un jet-ski à Brégançon, c’est quand même plus simple que dans une bouilloire thermique à la Mosson. » Derrière la pique présidentielle, Sylvain Carrière dénonce les grands projets qu’il qualifie d’écocides, les pesticides, les PFAS et l’absence de véritable planification écologique.
Aux macronistes, Sylvain Carrière retourne le slogan de Gabriel Attal, « Tu casses, tu répares » : « Et comme on n’a pas vraiment d’espoir qu’ils réparent [les macronistes] alors qu’ils se cassent ! »
Puis Sylvain Carrière dénonce « l’imposture sociale » du Rassemblement national, ses revirements politiques et ses prises de position à l’Assemblée nationale. Après avoir côtoyé les député·es RN lors de sa niche parlementaire, il ironise : « Pour des gens qui détestent les éoliennes, ce sont les spécialistes du brassage d’air. »
Pour les échéances de 2027, Sylvain Carrière appelle à construire une unité populaire avec les syndicats, les associations, les collectifs et les citoyen·nes, plutôt qu’à multiplier les négociations entre appareils politiques. « Pas le temps pour les blablas interminables. Pas le temps pour les combines d’appareils ou les virgules pas tout à fait au bon endroit. » Le député appelle à convaincre « nos amis, nos voisins, nos collègues de boulot, un à un, chaque jour ». Et prévient : « 184 jours pour gagner, mais pas pour retourner sur son canapé après. »
Une autre voix de la France est possible, « notre victoire est attendue dans le monde »
La députée de Seine-Saint-Denis Nadège Abomangoli a principalement abordé la politique internationale en partant de l’idée que la France doit retrouver sa voix dans le concert des Nations, car sous Macron « c’est la honte absolue : un alignement aveugle sur les USA et Israël ce qui signifie en réalité un alignement sur les extrêmes droites ».
Refusant de consacrer 5% des budgets à l’armement – comme l’a ordonné Donald Trump – la députée insoumise rappelle que «quand on s’arme, c’est pour faire la guerre» et se réjouit de constater que dans tous les blocus lycéens, « on nous dit mettez l’argent dans l’éducation, pas dans la guerre ». Pour LFI, la France doit œuvrer partout pour faire taire les armes. « La France doit renouer avec la paix, avec la même exigence à Gaza, au Soudan, en République démocratique du Congo et en Ukraine. Rien ne nous a fait flancher », assure-t-elle en présentant les principes fondamentaux de la politique internationale des insoumis : souveraineté nationale, diplomatie humaniste, non-alignement, au service de la paix et de la coopération.
Après avoir dénoncé les orientations de l’OTAN et évoqué Cuba, le Venezuela, le Groenland et les rapports économiques avec la Chine, elle constate que ce sont actuellement les suprémacistes qui dominent. C’est pourquoi « il faut décoloniser le monde et les relations internationales » affirment la vice-présidente à l’assemblée qui tient à dire combien « notre victoire est attendue dans le monde ».
On ne résorbe pas la dette avec l’austérité, mais avec la relance du pouvoir d’achat
Manuel Bompard a commencé son intervention en remerciant et en félicitant la jeunesse qui a réussi à remporter déjà plusieurs victoires : avoir imposé ses revendications en démontant l’infantilisation dont il était l’objet, et à retourner tout le récit gouvernemental et médiatique. « S’il y a de la violence, c’est la violence de la répression ».
Lui aussi revient sur ce que contient le projet de budget Lecornu avec ses 1600 postes supprimés dans l’enseignement, le gel des APL et du point d’indice des fonctionnaires (ce qui veut dire baisse du fait de l’inflation), la non-revalorisation des pensions de retraites au-dessus de 1 500 euros, la suppression de la surtaxe exceptionnelle sur les 40 plus grandes entreprises françaises. Tout l’inverse de ce que défend le groupe LFI à l’assemblée et Jean-Luc Mélenchon dont le programme sortira le 6 novembre : la relance économique passe par la relance du pouvoir d’achat et des investissements publics tandis qu’il faut augmenter les recettes : rétablir l’ISF, instaurer la taxe Zuckman, chasser les niches et l’évasion fiscale, réinstaurer la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises… Manuel Bompard ne cache pas une autre grande ambition de ce programme : faire de la France la première nation écologique du monde.
Présenté mercredi par Jean-Luc Mélenchon et Eric Coquerel, le chiffrage budgétaire détaillé de la nation prévoit 106,4 milliards de recettes supplémentaires pour 81,7 milliards de dépenses nouvelles. Retraites, enseignement, pouvoir d’achat (notamment par l’augmentation de SMIC, et la création de l’allocation autonomie Jeune) : la proposition de loi de finances rectificative déposée par LFI promet de financer les besoins sociaux tout en réduisant la dette de 25 milliards. Contrairement au RN qui se révèle être de plus en plus clairement l’allié de la macronie, comme en témoignent ses votes contre l’annulation de la flat taxe ou contre la motion de rejet du budget Lecornu.
Le premier obstacle à la victoire est la résignation
Pour le coordonnateur de la France insoumise, le premier obstacle à la victoire est la résignation. Meetings après rencontres, il sent une réelle dynamique qui fait naître l’espoir et donne de la force. En bon mathématicien, Manuel Bompard sait aussi lire dans les chiffres les marges de manœuvre. Constatant qu’il y a à Frontignan plus d’inscrit·es que de personnes majeures en droit de voter, il en déduit qu’il y a de nombreux « mal-inscrits ». Mais surtout, comparant les variations entre les scrutins Présidentielle de 2022, Européennes de 2024 et législatives de 2024 et le nombre d’abstentionnistes, il ouvre le champ des possibles d’un travail militant « méthodique et organisé« .
Il a tenu à remercier les « plus de 1 500 communistes » qui ont déclaré leur soutien à la candidature de Jean Luc Mélenchon, et il appelle également les écologistes et les militants du NPA à rejoindre la campagne. Avant de clore son intervention, il apporte deux précisions. D’abord que cette candidature ne se limite pas au visage de Mélenchon, mais porte un programme de 1 000 propositions et représente «toute une équipe». Ensuite, à celles et ceux qui trouvent que le programme n’est pas assez audacieux, il répond : « ce n’est pas grave, commence par voter pour nous et tu manifesteras pour aller plus loin ».
Il a choisi de conclure par une citation du philosophe Antonio Gramsci, fondateur du PCI : « Instruisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre intelligence. Agitez-vous parce que nous aurons besoin de tout votre enthousiasme. Organisez-vous parce que nous aurons besoin de toute votre force. »
