Primaire socialiste : les non-encarté·es de Carole Delga ont aussi gagné avec Glucksmann

Au club de la presse Max ALLIES, François SOTO, Gérard BESSIERE, Marie-Thérèse MERCIER, Patrice CANAYER, Jalil BENABDILLAH, Myriam GAIRAUD, Nadia BOULET - Photo - PLURIELLE INFO
Au club de la presse Max ALLIES, François SOTO, Gérard BESSIERE, Marie-Thérèse MERCIER, Patrice CANAYER, Jalil BENABDILLAH, Myriam GAIRAUD, Nadia BOULET - Photo - PLURIELLE INFO

Le « stagiaire » Raphaël Glucksmann a remporté ce dimanche 11 octobre la primaire sociale-démocrate avec 66,17 % des suffrages, dès le premier tour. Le dirigeant de Place publique sera donc le candidat soutenu par le Parti socialiste à la présidentielle de 2027.

Une victoire écrasante sans contestation possible de ses rivaux, mais dans un contexte d’écroulement de la base électorale. En 2017, plus de deux millions de personnes avaient participé au second tour de la primaire de la gauche, contre 1,66 million au premier. En 2026, elles ne sont qu’environ 120 000, soit une participation près de quatorze fois inférieure à celle du premier tour de la primaire de 2017. Certes, les deux consultations n’avaient ni le même périmètre ni les mêmes modalités.

Une démocratie en format miniature

Inversement proportionnel à l’écho médiatique qui lui a été donné, ce mini-exercice démocratique porte Raphaël Glucksmann avec un électorat particulièrement restreint, sans permettre de mesurer son soutien réel dans l’ensemble de la gauche. D’autant qu’une primaire ouverte aux non-adhérent·es permettait aussi, moyennant le paiement de 15 euros, à des électeurs de droite, de participer au choix du candidat de gauche. Rien ne permet d’affirmer qu’ils l’ont fait massivement, mais le dispositif ne permet pas de l’exclure. De quoi relativiser la portée politique de ces 66,17 %. Ce résultat intervient quatre ans après la débâcle d’Anne Hidalgo, candidate socialiste qui n’avait recueilli que 1,75 % des suffrages à la présidentielle de 2022.

Le PS échappera cette fois-ci à la sanction des urnes puisque pour la première fois de son histoire, il n’y aura pas de candidat issu de ses rangs pour une élection présidentielle. Cet échec donne une résonance particulière à une conférence de presse organisée cinq jours plus tôt à Montpellier par des élu·es « non encarté·es », dont plusieurs exercent des responsabilités dans la majorité de Carole Delga.

L’opportunité d’un ralliement d’avant primaire

Mardi 6 octobre, au Club de la presse de Montpellier, plusieurs élu·es présenté·es comme « issu·es de la société civile » annonçaient leur soutien à Raphaël Glucksmann. Parmi eux, Patrice Canayer, Jalil Benabdillah, Marie-Thérèse Mercier, Vincent Bounes ou encore Myriam Gairaud. Plusieurs sont conseillers régionaux ou vice-présidents de l’Occitanie, dans la majorité de Carole Delga. Leur particularité revendiquée ? Ne posséder aucune carte de parti politique. Leur ambition ? Faire entendre la voix de la société civile dans une élection présidentielle trop longtemps confisquée, selon eux, par les appareils politiques.

Une démarche présentée comme spontanée et indépendante. Mais tous ces élu·es, ou presque, partagent une proximité politique avec la présidente de région, qui avait annoncé dès le 27 août son soutien à Raphaël Glucksmann. D’où une question posée par Plurielle lors de la conférence de presse : « C’est Carole Delga qui vous a demandé de faire ça ? » La réponse a été NON ! Catégorique, répétée, parfois agacée.

Le parti virtuel des non-encarté·es vers la réalité d’un think tank

« Ce n’est pas la présidente de la région qui nous a forcé la main à faire ce que l’on fait aujourd’hui », répond Myriam Gairaud, conseillère régionale, qui insiste sur la liberté de choix des participant·es. Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie, défend, lui, le droit des personnes issues de la société civile à prendre position politiquement sans appartenir à un parti. Un argument parfaitement recevable. Ne pas être encarté ne signifie pas être apolitique. Mais il ne signifie pas davantage être indépendant.

Les intervenant·es rappellent eux-mêmes que Carole Delga les a intégrés à sa majorité, leur a accordé sa confiance et confiés des responsabilités. Ils revendiquent ce modèle d’ouverture, qu’ils souhaitent retrouver à l’échelle nationale avec Glucksmann.

Patrice Canayer et Jalil Benabdillah expliquent avoir pris l’initiative de ce rassemblement pour éviter que Raphaël Glucksmann apparaisse comme le représentant d’un simple courant du Parti socialiste, ou pour pallier la faiblesse numérique de Place Publique. Ils sont un échantillon représentatif des ces électeur·trices de dernière minute venus en force voler au secours de leur poulain, qui avait refusé une primaire populaire et ouverte de toute la gauche et des écologistes.

La conférence de presse ne devait d’ailleurs être qu’une première étape. Les organisateurs évoquent la création d’un groupe de réflexion et d’action, voire d’un think tank. Un parti virtuel des non-encarté·es, en quelque sorte. Sans adhésion partisane revendiquée, mais avec une ligne politique, un candidat et la volonté de mobiliser.

Delga, contagieuse avec son urticaire anti-LFI

Reprenons, le 27 août, Carole Delga annonce son soutien à Raphaël Glucksmann. Le 19 septembre, elle l’accueille aux Rencontres de la gauche de Bram. Près de 300 élu·es et responsables socialistes, dont la présidente d’Occitanie, signent également une tribune en faveur de sa candidature. Puis, le 6 octobre, les élu·es non encarté·es proches de sa majorité entrent publiquement dans la campagne. Ce dimanche 11 octobre, le candidat qu’elle soutient remporte la primaire avec une majorité des deux tiers.

L’enjeu est celui de l’orientation politique alignée, en Occitanie, sur Carole Delga dont la principale boussole est son anti-LFIsme primaire. Issus de sa majorité, les soutiens de Raphaël Glucksmann n’ont pas seulement défendu la social-démocratie, ils ont multiplié les rapprochements douteux entre La France insoumise et le Rassemblement national. Gérard Bessière, maire de Clermont-l’Hérault, évoque ainsi « le danger que représentent les extrêmes pour notre pays », en désignant explicitement « l’extrême droite, le Rassemblement national » et « l’extrême gauche avec LFI ». Patrice Canayer, conseiller régional, dénonce, lui, un pays pris entre « une partie d’extrême droite » et « une partie d’extrême gauche », auxquelles il reproche d’avoir pris trop de place. Avant même de connaître le nom du vainqueur de la primaire, Canayer prévient qu’il ne soutiendrait « aucun candidat […] qui s’alliera avec LFI. » Il va plus loin en envisageant de voter pour un candidat de la droite républicaine si celui-ci était mieux placé. Paradoxe énorme : ces élu·es dit non-encarté·es qui appellent au rassemblement et dénoncent les divisions politiques font de l’exclusion de la partie de la gauche qui coure en tête de leur engagement.

C’est très exactement la ligne politique de Raphaël Glucksmann, mais qui éclaire aussi la nature de cette mobilisation prétendument indépendante des appareils politiques. Derrière le soutien à ce candidat se dessine, au-delà des choix personnels de carrière, celui de participer à une entreprise de recentrage de la gauche quitte à regarder vers le centre et la droite, ce qui rappelle furieusement l’essence même du mouvement macroniste et localement le positionnement de Carole Delga qui avait refusé pour sa région en 2022 les accords de la NUPES.

 

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