Journal du collectif de lutte contre l’extrême droite Sète Bassin de Thau

La Vigie : le RN dans la tourmente à Carcassonne

Le maire RN, Christophe Barthès, élu en mars 2026, n’a pas tardé à montrer comment une municipalité entre les mains de l’extrême droite applique immédiatement son idéologie à échelle locale : exit le drapeau européen, arrêté mendicité, laïcité bafouée, coupes budgétaires pour les associations, mesures d’exclusion contre les syndicats, pression contre la culture…

Dans ce début d’exercice de mandat tout puissant, le nouvel élu n’avait pas prévu les révélations accablantes du Midi Libre, contenues dans une vidéo publiée le 8 septembre 2026. Le journal dévoile ainsi les propos d’une patrouille de la police municipale en service à Carcassonne le 6 novembre 2025 : propos racistes, misogynes, homophobes et séditieux, ad nauseam. Ce sont pour l’essentiel ceux du brigadier-chef, César R., 50 ans, ancien parachutiste, membre du RN et du service d’ordre de Jordan Bardella (le 6 février 2026 à Carcassonne par exemple), proche du maire actuel. Il croyait avoir éteint la nouvelle caméra-piéton dont il disposait, mais … tout y est enregistré.

Florilège extrait de 6 heures de vociférations abjectes :

« On s’est fait bouffer, on a fait venir tout le monde, on a pris 40 ans de merde, de gauchiasse… » ; « Le patriarche, c’est celui qui commande à la maison, celui qui bande et qui a des muscles, chez Cro-Magnon, ça marchait comme ça, les conasses à l’époque, si elles n’étaient pas avec leur mec, elles se faisaient buter à l’extérieur » ; « Gauche de merde… ils veulent qu’on donne tout aux bougnoules, nos maisons, nos filles… » ; « Ils roulent vite ces bougnoules, hier ils étaient sur un chameau, aujourd’hui une voiture » ; «  J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du bicot, de l’Afghan…. » ; « Il est temps de prendre les armes et de revendiquer nos droits ! ».

Un des collègues dans le véhicule de la police n’est pas en reste : « Moi j’aurais pensé qu’il y ait un putsch sous ce gouvernement, l’armée va monter au créneau, ce n’est pas possible ». Un troisième abonde dans ce sens : « Il nous manque un Général à grosses couilles, un p’tit coup d’État, une petite dictature, ça ferait pas de mal » ; « Avec les Russes, on sera obligés de boire de la vodka et manger du caviar ! ».

En fin de service, la patrouille rend visite au régiment de parachutistes d’infanterie de marine basée dans la cité audoise, il y a des amis … Le Canard enchaîné, ce 18 septembre, diffuse quant à lui une vidéo datant du 7 octobre 2025 : dans la cathédrale Saint-Michel, où l’actuel maire Christophe Barthès est présent, l’aumônier du régiment des parachutistes livre aux militaires un sermon politique et identitaire, encourageant ses fidèles à « continuer à combattre… à avoir ce courage…. Sinon d’autres prendront notre place… Calmez-vous les gauchistes ! Chut ! Respirez par le nez ! ». Il reprend ainsi, sans prononcer le mot, la théorie du grand remplacement. S’ensuivent un rappel à l’ordre le jour même et l’instruction d’une procédure disciplinaire un an plus tard.

Vives réactions après la diffusion de la vidéo des agents municipaux

Suite à la diffusion de cette vidéo, les réactions n’ont pas manqué. Le brigadier César R porte plainte pour atteinte à la vie privée lorsque la vidéo a commencé à circuler au sein de la municipalité.

Le maire de Carcassonne, condamne dans un communiqué ces propos dont il précise qu’ils ont été tenus en 2025 soit avant son élection, et obtenus, selon lui, afin d’exonérer son poulain, par une «caméra-piéton dérobée ». De plus, il prétend que la précédente municipalité aurait « étouffé » l’affaire « sans y apporter la moindre réponse », ce qui est faux. L’ancienne équipe municipale avait diligenté une enquête interne dont les résultats ont été délivrés en mai 2026.  Malgré ce, Christophe Barthès garde le brigadier César R qui est bien présent à ses côtés alors que la mairie et le parquet de Carcassonne l’ont suspendu.

De son côté, le RN exclut le meneur de la patrouille et le radie de ses effectifs du service d’ordre du parti.

Et maintenant ?

Aujourd’hui, la plupart des agents espèrent que des sanctions seront vite prises — cela n’en prend pas le chemin — afin de travailler dans un service moins anxiogène. Des témoignages de Carcassonnais attestent d’un climat nauséabond dans la ville avec une  «libération de la parole raciste», une «agressivité dans les quartiers populaires » avec de nombreuses violences.

Le 21 juin lors de la fête de la musique, on voit sur une vidéo un agent de la police nationale cette fois, projeter violemment un homme à terre : c’est un SDF de 29 ans, mort 2 semaines après. Une enquête judiciaire est en cours.

Confronté aux graves révélations sur sa police municipale, le maire RN veut empêcher son opposition de s’exprimer en conseil municipal sur ce sujet. Il utilise à cette fin de faux prétextes qui soulèvent l’indignation. En effet, l’édile a ouvert la séance du 24 septembre en refusant de donner la parole aux leaders de l’opposition. Motif : ils n’ont pas envoyé leurs questions « détaillées 72 heures avant la tenue du conseil ». Le maire tente par tous les moyens de contrôler le récit des événements, soutenant toujours en dépit de preuves irréfutables qu’il n’était pas au courant des propos condamnables du brigadier-chef et de ses collègues.