La mobilisation lycéenne a changé d’échelle ce mardi 6 octobre à Montpellier. Près de 12 000 personnes selon les syndicats, 8 000 selon la préfecture, ont défilé depuis le Peyrou aux côtés des lycéens. Mais derrière les chiffres et les affrontements de fin de manifestation, une même colère revient chez les jeunes : celle de ne pas être entendus.
Depuis le 29 septembre, les lycéens réclament des classes moins chargées, le remplacement des enseignants absents, davantage de moyens et de meilleures conditions d’étude. Ils dénoncent aussi la pression de Parcoursup. Ce mardi, pour cet « acte III » national à l’appel notamment de l’Union syndicale lycéenne et de l’Union étudiante, ils n’étaient plus seuls. Étudiants, enseignants, fonctionnaires, salariés, syndicats et parents d’élèves ont rejoint le cortège montpelliérain.
Dès le départ du Peyrou, environ 10 000 personnes étaient déjà rassemblées. Le mouvement, engagé depuis plus d’une semaine, dépasse largement Montpellier : Paris, Lille, Marseille, Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Toulouse, Béziers ont également connu rassemblements ou blocages.
« j’ai fait un cauchemar, j’étais facho ! »
,Les profs soutiennent les lycéen·nes et l’encadrement est assuré par la CGT, brassards blancs autour du bras, ils et elles étaient nombreux à afficher leur solidarité avec les lycéen·nes qui scandaient : « étudier est un droit, pas un privilège. » À cotés les étudiant·es entonnaient : « plus de postes à la fac, pour pas finir à la BAC, plus de profs au lycée pour pas finir policier… » Et les pancartes qu’ils et elles ont baladées dans le cortège montraient toutes leurs angoisses et leur révolte face à l’avenir que laissent entrevoir 10 ans de macronisme, l’une d’entre-elles la plus symptomatique : « j’ai fait un cauchemar, j’étais facho ! »
[VIDEO] Manifestation du 6 octobre 2026 Montpellier :
#6octobre, ils et elles étaient toutes et tous ensemble ! 👉 Lycéen·nes, étudiant·es, personnels des établissements scolaires et parents : pour demander ✊ Plus de moyens pour #Éducationnationale https://t.co/xkIega9UaH
— PLURIELLE INFO (@Plurielleinfo) October 6, 2026
« On a été oubliés »
À 16 heures, place de la Comédie, lycéens et CRS se font face. Les slogans « ACAB », « tout le monde déteste la police » ou « police partout, justice nulle part » résonnent. Des grenades sont tirées et les forces de l’ordre chargent à plusieurs reprises pour disperser des manifestant·es.
À l’autre bout du rassemblement, sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, Tidiane et ses amis observent la scène. Tous sont élèves au lycée agricole et décrivent une police qu’ils jugent « répressive ». Mais ce n’est pas seulement de police qu’ils veulent parler.
Le matin même, ils ont participé au blocus de leur établissement avec des enseignants pour alerter sur le manque de moyens. Leur lycée relève à la fois du ministère de l’Agriculture et de l’Éducation nationale. Selon ces élèves, cette double tutelle nourrit le sentiment d’être laissés de côté. « On a été oubliés », résume Titouan. Émile insiste : « Ce n’est pas le lycée qu’on dénonce, c’est l’Éducation nationale qui ne fait pas son travail. »
« C’est notre avenir qui est en jeu »
Et puis il y a cette autre colère, peut-être moins spectaculaire qu’une charge de CRS : celle de voir leur mobilisation racontée essentiellement à travers ses débordements. « Les médias ne parlent que de la violence, des casseurs. Pas des revendications », regrette Titouan. Mathéo poursuit : « il parle juste du mauvais côté, alors qu’ils devraient réfléchir et les prendre en considération. C’est triste, c’est notre avenir qui est en jeu. »
La fin de manifestation leur donnera paradoxalement matière à leur reproche. Place de la Comédie, après des jets de projectiles, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène. L’Observatoire des libertés de Montpellier faisait état, dans un bilan provisoire, d’une dizaine de blessés et d’au moins deux interpellations. Mais quelques centaines de mètres plus loin, Lou ramène la journée à un sujet très politique : « on est dans une démocratie, mais on ne nous écoute pas quand on n’est pas d’accord avec le système ? » Révolte des lycéens, la méprise des classes ? à suivre…
