Vous vous souvenez des dégradations d’une partie de la synagogue de Sète qui a eu lieu la nuit du 16 au 17 septembre 2025… Nous avions évidemment condamné cet acte et dénoncé sa récupération par l’extrême droite du parti de Zemmour qui avait organisé une marche dans notre ville le 7 octobre 2025 avec le soutien d’une partie des représentants de la communauté juive de Sète et la présence du maire lui-même Hervé Marquès au début de la manifestation.
L’auteur présumé de ce vandalisme a été arrêté à Juvignac le 5 mai dernier. Il s’agit d’un SDF de 52 ans, déjà connu des services de police. Sans que l’on connaisse encore les motivations exactes de cet homme, l’état de dépendance à l’alcool et l’arrêt d’un traitement médicamenteux ont été évoqués par les magistrats, et son procès a été renvoyé en attendant une expertise psychiatrique. En attendant, l’homme a été maintenu en détention provisoire.
Cette histoire mérite quelques réflexions… On assiste depuis quelque temps à un glissement sémantique des valeurs. L’extrême droite française, qui a toujours été antisémite – voir les déclarations de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz : un « détail » de l’histoire, le « Durafour-crématoire » et autre propos négationnistes – veut nous faire croire qu’elle aurait changé. Et ce qui nous inquiète, c’est qu’une partie des représentants de la communauté juive, au nom du soutien à la politique du gouvernement d’Israël dans les conflits au Moyen-Orient, pense que les vrais antisémites se trouvent à gauche, à l’extrême gauche et que l’extrême droite fait maintenant partie des défenseurs de la démocratie…
Ainsi, Ménard a réussi à faire oublier à une partie de la communauté juive de Béziers qu’il était président du comité de soutien au négationniste Vincent Reynouard (plusieurs fois condamné pour ses propos) et qu’il a, avec sa femme Emmanuelle, défendu Jean-Marie Le Pen qui aurait été, selon eux, injustement dénoncé par la presse pour ses propos négationnistes. Tout cela au nom de la liberté d’opinion…
Comment peut-on sérieusement envisager que cette extrême droite a changé, à l’instar d’Eric Zemmour qui ment en affirmant que Pétain a sauvé des juifs pendant la 2e guerre mondiale ? Bref, aujourd’hui, on s’aperçoit que le glissement concerne également certaines institutions. Ainsi, on apprend, dans un récent article de Médiapart, que Marine Le Pen a été reçue à Paris le 15 avril 2026 par l’ambassadeur d’Israël en France. C’est une première dans l’histoire du parti fondé en 1972 par d’anciens collaborationnistes et Waffen-SS. Cette nouvelle a quand même exaspéré une partie du CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France) même si, il y a un an, les déplacements de Jordan Bardella et Marion Maréchal, mais aussi de Robert Ménard en Israël n’avaient pas ému grand monde.
Cette rencontre marque à l’évidence une nouvelle étape dans la stratégie de « normalisation » du mouvement d’extrême droite. D’ailleurs, dès 2013, Louis Aliot, alors vice-président du Front national (FN), avait théorisé que « le seul plafond de verre » qui empêchait son parti d’arriver au pouvoir n’était pas ses positions sur « l’immigration, ni sur l’islam », mais sur « l’antisémitisme ». Ceci explique sûrement pourquoi en 2022, le maire RN de Perpignan avait décoré Beate et Serge Klarsfeld, figures de la traque des criminels nazis, d’une médaille de la ville. Et le massacre du 7 octobre 2023 a permis que le « verrou » saute au point d’oser présenter le RN désormais comme un « bouclier » pour les juifs de France.
Aujourd’hui, le président du CRIF, Yonathan Arfi, s’en tient à la ligne « ni RN ni LFI », mais en interne, des voix se font entendre pour ne pas rester indifférents à ces mains tendues. Par exemple, Arno Klarsfeld, affirme, en février 2025, au micro de Pascal Praud sur Europe 1, que le RN « est devenu un parti qui défend les juifs », « ce n’est pas un parti d’extrême droite ». À Marseille, le candidat frontiste aux dernières municipales, Franck Allisio, a réussi à s’inviter au dîner du CRIF local en septembre 2025 et s’est empressé de se féliciter d’être devenu « le premier parlementaire du Rassemblement national invité à un dîner du CRIF ». Il y a été introduit par un chef d’entreprise membre de la communauté qui a rejoint dans la foulée la liste RN. Et d’ailleurs quelques mois plus tard, l’ancien vice-président du CRIF de Marseille-Provence, Samuel Benhamou, a lui aussi rallié la candidature de Franck Allisio.
Le CRIF de Marseille va encore plus loin dans le rapprochement avec le RN. Ainsi, le 21 mai, le CRIF a décidé de protester contre un colloque dédié à la solidarité et à l’art de Gaza au Mucem de Marseille. Il s’agissait de rencontres réunissant des artistes et chercheur.es autour de la création en temps de guerre et sur l’anéantissement du territoire palestinien. Parmi les manifestant.es, on trouvait Franck Allisio, candidat du Rassemblement national aux dernières élections municipales à Marseille, venu pour « témoigner de son soutien », ainsi que le nouveau maire RN des 11e et 12e arrondissements de Marseille, Olivier Rioult. Pour le CRIF comme pour le RN, « La culture n’a pas à être manipulée à des fins militantes pour créer de la division, et que ce soit le contribuable qui finance cela… ». On se demande où est la manipulation…
Pour nous, l’inversion des valeurs fait son chemin. Et le danger devient encore plus grand !
