IA générative : dans les studios, les artistes subissent déjà le basculement

Séance de doublage de film - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Séance de doublage de film - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

Dans les cabines de doublage, le changement ne fait plus débat. Il s’entend. Des voix synthétiques apparaissent dans des tests, parfois dans des productions. Des maquettes circulent. Des timbres familiers, reproduits sans que ceux qui les ont façonnés soient informés.

Pour les comédiens et comédiennes, le choc du remplacement à venir est concret. Une voix, ce n’est pas un outil interchangeable. C’est une signature, un travail de précision, des années d’expérience. « Nos prestations sont aspirées », écrivent les syndicats d’artistes-interprètes (SIA-UNSA, SFA-CGT, SNLA-FO, SNAPAC-CFDT) dans une lettre ouverte adressée aux députés le 22 avril 2026.

Dans les faits, les œuvres servent à entraîner des intelligences artificielles capables d’imiter, d’assembler, de rejouer. Sans autorisation. Sans rémunération. Et surtout sans transparence. Car les données restent du côté des entreprises d’IA. Pour un artiste, prouver l’usage de sa propre voix relève presque de l’impossible.

Le 8 avril, le Sénat a adopté à l’unanimité une proposition de loi portée par la sénatrice Laure Darcos. Le texte introduit une présomption d’utilisation des contenus culturels par les systèmes d’IA lorsqu’il existe des indices sérieux. Une tentative de rééquilibrage attendue par la profession.

La mobilisation s’est aussi invitée sur scène. À la veille des César, plus de 5 000 artistes ont pris la parole via l’Adami. Emmanuel Curtil, figure du doublage a expliqué une demande légitime d’avoir : « des émotions humaines pour un public humain ».

Sur la chaine de fabrication, certains producteurs testent déjà des solutions automatisées. Moins coûteuses, disponibles immédiatement. Pour les artistes, la question n’est plus théorique. Elle touche directement les contrats, les castings, les perspectives de travail.

Le Parlement européen a adopté le 10 mars 2026 une résolution en faveur des droits des créateurs face à l’IA. En France, le texte doit encore passer à l’Assemblée nationale.

Dans les studios, une ligne de séparation s’installe. D’un côté, des technologies capables de reproduire à l’infini. De l’autre, des professionnels qui rappellent une évidence : sans consentement ni reconnaissance, leur travail devient une ressource gratuite. Et leur métier, une variable d’ajustement.

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