13 jours après la manifestation des médecins libéraux du 10 janvier 2026 devant le Panthéon contre la nouvelle loi Sécurité sociale 2026 (PLFSS 2026), où en sont les revendications ? Coralie Josuan, médecin généraliste à Paulhan et porte-parole du collectif de médecins libéraux Resist 34 et coordinatrice Occitanie du syndicat FMF, explique les principaux points de discorde.
La chasse aux arrêts maladie : des économies d’échec ? La mesure antifraude est la plus critiquée. Objectif principal : rationaliser le nombre d’arrêts-maladie émis par les médecins. La Sécurité sociale espère ainsi économiser 100 M d’€ sur les indemnités journalières. Ainsi, lorsqu’un médecin délivre trop d’arrêts de travail, il risque une mise sous objectifs obligatoire (MSO) ou une mise sous autorisation préalable (MSAP), plus stricte encore. Concrètement, la MSO signifie que la Sécurité sociale peut exiger des médecins une baisse statistique de ces arrêts sur 6 mois, par exemple de 30 %, “même si la situation médicale le justifie”, explique Coralie Josuan. Pour autant, les “limites” à ne pas dépasser ne sont pas définies clairement, les procédures sont opaques et la prise de décision unilatérale, ce qui provoque l’indignation du corps médical. À terme, en cas de non-respect des objectifs, le praticien encourt jusqu’à 15 000 € d’amende.
“On n’est plus là pour soigner des patients, mais pour soigner des chiffres. Cette loi met à mal notre code de déontologie”, déplore la médecin. Une logique de réduction des coûts qui joue aussi sur le nombre de médecins en activité. “Ils veulent supprimer le cumul emploi retraite. Les médecins pouvaient prendre leur retraite à taux plein à 67 ans, tout en exerçant à temps partiel en parallèle. Maintenant, ce qu’ils gagnent en tant que médecins va être déduit de leur retraite. Ça n’incite pas à continuer à travailler et on perpétue la désertification médicale.”
“C’est un choix de société de savoir si on veut investir dans la santé ou la rentabiliser. ”
Autre point contesté : l’Objectif national des dépenses d’Assurance Maladie (ONDAM). Il avait été annoncé très bas comparé à l’inflation, +0,9 % contre 1,3 %. Depuis la manifestation du 10 janvier 2026, il semblerait que ce chiffre ait été revu par les parlementaires, atteignant les +3,1 %.
Par ailleurs, la praticienne souligne l’absence de réévaluation des bases de remboursement des actes médicaux. “Pour les chirurgiens, ça fait 30 ans qu’ils sont inchangés. Les technologies médicales évoluent, sont plus coûteuses, donc ils augmentent leurs honoraires, mais la sécu n’augmente pas la base de remboursement et c’est le patient qui paye.”
La confidentialité du dossier médical partagé est aussi mise en danger. Le Sénat et l’Assemblée souhaitent ouvrir cet espace numérique d’informations médicales à des non-soignants, telles que les mutuelles. Le risque ? “Une rupture du secret médical, une monétisation des données de santé”, s’inquiète Coralie Josuan.
Sur ses attentes, elle espère du ministère de la Santé “une baisse de la charge administrative, des aides à l’embauche de secrétaires et l’organisation de la mutualisation des médecins dans les déserts médicaux pour s’entraider”. Concernant la stratégie actuelle, elle conclut : “c’est un choix de société de savoir si on veut investir dans la santé ou la rentabiliser.”