AMFIS 2025 : « Nous avons la force d’inventer un autre monde »

Meeting AMFIS 2025 - Photo - PLURIELLE INFO
Meeting AMFIS 2025 - Photo - PLURIELLE INFO

Ferveur, détermination et mobilisation ont marqué la clôture de l’université de la France Insoumis. Devant à parterre de 5 000 personnes chauffées à blanc, quelques grands témoins et deux « ténors » du mouvement ont conclu trois jours de travaux sous la houlette d’Aurélie Trouvé, présidente de la commission économique de l’Assemblée nationale et Nadège Abomangoli, vice-présidente de cette même assemblée.

Appels politiques plus que conclusions, car il n’était guère possible de synthétiser les quelques 70 conférences, les 6 « temps forts », les 5 grands entretiens, les dizaines de formations (notamment en vue des élections municipales), sans parler du « moment politique » avec Jean-Luc Mélenchon le vendredi, de tous les moments culturels et artistiques (théâtre, concerts, cinéma…) et même une nuit des étoiles. Comme le précisera Manuel Bompart dans son intervention moquant l’affirmation médiatique selon laquelle la France Insoumise ferait ses universités d’été en «vase clos», ce sont 230 intervenants dont 70 universitaires et chercheurs, 80 syndicalistes et militant·es associatifs, majoritairement non membres de LFI, qui ont apporté leur contribution aux débats.

Malgré, ou précisément à cause de la gravité de l’actualité et les menaces qui pèsent sur la paix du monde, c’est un message de lutte et d’espoir qui a traversé toutes les interventions de ce dimanche.

L’apologie de l’Humanité

D’abord l’intervention émouvante de la plus jeune députée européenne, l’insoumise Emma Fourreau, en faveur du peuple palestinien. «  Du lait infantile et des peluches, voilà ce que transportait notre vieux bateau, le « Handala » sur lequel elle s’était embarquée avec Rima Hassan, « Du lait infantile et des peluches, voilà pourquoi plus de 200 soldats israéliens, 200 assassins, ont été mobilisés pour nous stopper en eaux internationales /…/ dimanche prochain, ce sont des dizaines de bateaux qui repartiront. vous n’en avez pas fini avec vous ». Elle a fustigé l’inaction de l’État français, réclamé la levée immédiate du blocus et conclut, la voix fêlée par l’émotion, par un poème de Mahmoud Darwich. En réponse à la convocation d’Emma Fourreau par la police de Retaillaud, Nadège Abomangoli rend hommage à la jeune députée : « Non, tu ne fais pas l’apologie du terrorisme, tu fais l’apologie de l’Humanité »

Le choix de l’amour, une force politique

Très émue elle aussi, Amal Bentounsi, courageuse fondatrice du Collectif « Urgence notre police assassine » a décrit les conséquences sociales, mais aussi intimes du racisme structurel en France : c’est pour les personnes racisées, les discriminations permanentes et les violences policières, «une vie enfermée dans l’injustice » et de poursuivre « Une société qui tolère de telles injustices n’est jamais en paix ». Elle oppose à la haine galopante le choix de l’amour qui peut devenir une force politique . « Choisir l’amour, c’est refuser que certaines vies vaillent moins que d’autres, c’est refuser la peur comme principe d’organisation sociale». Elle démontre que ce combat ne s’arrête pas à nos frontières. « Ce sont les mêmes logiques de domination qui traversent les continents, en Palestine, au Congo, en Kanaky ». « La justice est notre horizon » proclame-t-elle en donnant rendez-vous partout le 10 septembre ainsi que le 16 novembre qui est à la fois le 20e anniversaire des émeutes suite à la mort de Zyed et Bouna, mais aussi le 7e anniversaire du mouvement des Gilets jaunes.

« On peut faire du métal sans Mittal »

Secrétaire du syndicat CGT de Arcelor-Mittal de Dunkerque, Gaëtan Lecoq a décrit ensuite la lutte engagée pour sauver l’entreprise en affirmant «On peut faire du métal sans Mittal ». Autrement dit, alors que Mittal préfère délocaliser en Inde ou au Brésil, il prône la nationalisation de l’entreprise pour sauver des capacités nationales de production avec un plan de décarbonation . Pour son entreprise comme pour tous les travailleur·euses et leurs familles, il ne voit pas d’autre solution qu’une grève générale reconductible à partir du 10 septembre. La fédération des travailleurs de la métallurgie fera de même.

« Il faut faire la grève générale »

Même son de cloche du côté de Fabien Villedieu, secrétaire général de Sud Rail qui voit dans cette date une occasion historique de bloquer cette « purge générale qui va nous bloquer nos salaires, nos pensions, qui va matraquer les chômeurs, qui va s’attaquer à la sécurité sociale et aux services publics, le seul bien qu’ont les pauvres » parce que, constate-t-il « ce n’est jamais vers les riches, vers les puissants qu’on se tourne ». « La grève générale n’est pas un gros mot. Jean-Luc Mélenchon a parlé de grève générale et tout le monde tombe de sa chaise, alors qu’évidemment il faut faire la grève générale, c’est simplement une autre manière de dire « on bloque tout » ». Aussi le secrétaire général de Sud Rail abjure les autres organisations syndicales à se mettre « dans le bal « et invite les insoumis syndiqués à faire pression en ce sens. « Si vous pensez que vous pouvez gagner, vous êtes inarrêtables », proclame le responsable syndical sous un tonnerre d’applaudissements.

« François l’embrouille »

Lui succède le coordonnateur de la France Insoumise, Manuel Bompard, qui n’y va pas par quatre chemins : « une année blanche, c’est une année noire« . Énumérant les ponctions que le plan Bayrou compte opérer sur le dos des pauvres, des malades, des salariés, mais aussi sur les hôpitaux, les écoles, les services publics, il prévient le 1er ministre surnommé « François l’embrouille » : « non, on ne va pas payer la facture des cadeaux que vous avez faits aux ultras riches » indiquant pour exemple qu’entre « voler deux jours fériés et rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune, nous on préfère le rétablissement de l’ISF. » Reprenant une formule utilisée par François Bayrou, il confirme qu’il y aura bel et bien « à la rentrée une confrontation entre le réel et votre idéologie pour vous faire tomber et vous faire chuter. » Et se moque de ses leçons condescendantes sur les réseaux : « il a plus de talent comme entubeur que comme youtubeur. »

À l’adresse que ceux qui annoncent leur intention de négocier avec lui le prochain budget alors que les derniers contrats de non-censure n’ont abouti à rien, Manuel Bompard rappelle la citation Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose en espérant avoir un résultat différent. »

Pour lui, le rendez-vous de l’unité politique aura lieu au moment du vote de la motion de censure. Le rendez-vous le l’unité populaire aura lieu le 10 septembre, se félicitant que « les masques soient tombés ». En effet, le RN, « jamais là pour empêcher les mauvais coups contre le peuple », s’est prononcé contre le mot d’ordre de blocage du 10 septembre et envoie pour le dire comme porte-parole le responsable de la répression des Gilets Jaunes.

« Si Bayrou tombe, puisque Macron ne veut pas dissoudre à nouveau l’assemblée, il faudra que lui parte », indique Manuel Bompard qui précise que son mouvement n’a pas peur du suffrage universel, et est prêt à mettre en œuvre un programme alternatif sérieux.

« Il faut les arrêter avant qu’ils ne détruisent tout le pays »

« Oui nous bloquerons ce budget de malheur, oui nous ferons tomber ce gouvernement de malheur » lance Aurélie Trouvé avant d’appeler au micro la présidente du groupe insoumis à l’assemblée, Mathilde Panot. Très offensive, celle-ci a balayé les grands sujets nationaux et internationaux débattus dans les AMFIS, à la tête desquels la rentrée sociale. Notant l’augmentation des attaques contre ce qui se prépare pour le 10 septembre, elle indique qu' »ils ont raison d’avoir peur des révoltes populaires« , car « chacun comprend à présent qu’il faut les arrêter avant qu’ils ne détruisent tout le pays »

Rappelant le soutien de son mouvement aux Gilets Jaunes dès leur première manifestation de novembre 2018 et la convergence autour de la revendication du RIC, Mathilde Panot affirme qu’en « France, ce n’est pas le roi Macron qui gouverne, c’est le peuple et lui seul. »

À ceux qui brandissent la menace du chaos, elle fait remarquer que s’il y a un chaos dans ce pays, « c’est celui créé par Macron et de son gouvernement. C’est celui de la violence sociale et de la haine de classe que vous avez abattues sur ce pays » donnant pour symbole le retour du scorbut, maladie de marins liée aux carences alimentaires, qui touche à présent des centaines d’enfants, et les 650 000 personnes supplémentaires tombées sous le seuil de pauvreté.

« Alors maintenant, ces grands génies qui nous ont menés au désastre viennent nous faire la leçon. C’est Emmanuel Macron et sa bande qui nous ont dépouillés./… Ceux qui ont créé 100 milliards de dettes veulent prendre tout à ceux qui n’ont rien ». Pour Mathilde Panot, le chaos c’est aussi de laisser « les empoisonneurs gouverner. » Saluant la victoire remportée par le succès de la pétition contre la loi Duplomb et l’annulation de l’article réintroduisant les néonicotinoïdes (acétamipride), elle annonce le dépôt par le groupe insoumis d’une proposition de loi demandant l’abrogation complète de cette loi.

Formules chocs enfin pour dire la honte et la colère inspirée par l’impunité dont bénéficie Netanyahu, et surtout  les nouvelles étapes franchies dans une guerre qui n’est « ni une guerre de religion, ni une guerre de civilisation, mais une guerre d’occupation et de génocide » . « Défendre la Palestine, c’est aussi défendre notre démocratie et notre liberté de conscience. La solidarité n’est pas un crime », pas plus envers la Palestine que la Kanaky ou toutes victimes d’un racisme dont elle accuse le gouvernement de le semer : « Quand le ministre de l’Intérieur parle de Français de papier, il parle comme Pétain« . Pour les insoumises, la France ne sera jamais une nation ethnique. Elle est une nation politique unie par sa devise « Liberté, égalité, Fraternité » dans un monde qu’iels veulent solidaire et « commun ». Face à la minorité dominante, « nous avons la force d’inventer un autre avenir« .

Ce meeting de clôture, entre ferveur et gravité, confirme toutes les potentialités des luttes qui s’annoncent. La France insoumise veut transformer la colère sociale et écologiques en un rapport de force décisif : grève générale et blocage du 10 septembre, motion de censure le 23, puis ancrage territorial avec les Municipales de 2026. Entre lutte sociale, combat écologique et batailles pour la paix et la solidarité internationale, le mouvement affiche son ambition : faire des mobilisations de la rentrée le levier d’un changement décisif pour une alternative populaire au pouvoir.

Illustration - Photo - Ahmed Abu Hameeda

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