Hérault : Du bon sens paysan au bon sens écologiste : et si on avançait ensemble ?

Coralie Mantion, Jean-Louis Roumégas, Arnaud Poitrine, Laurent Crouzet, Christophe Sabatier - Photo - JPV PLURIELLE INFO
Coralie Mantion, Jean-Louis Roumégas, Arnaud Poitrine, Laurent Crouzet, Christophe Sabatier - Photo - JPV PLURIELLE INFO

« Ça fait bizarre ! Je suis plus à l’aise sur mon tracteur, » lâche Arnaud Poitrine Secrétaire général de la Coordination Rurale du département de l’Hérault, lorsqu’il s’installe face à la salle comble du Club de la Presse Occitanie à Montpellier.

Ils sont cinq devant un parterre de journalistes ce lundi 28 juillet pour contribuer à un débat, suite à la vandalisation de la permanence parlementaire du député Les Écologistes Jean-Louis Roumégas, revendiquée par la CR34, survenue le 18 juillet. Avec Coralie Mantion EELV et Christophe Sabatier affilié Nature et Progrès mais aussi CR34 comme son co-président Laurent Crouzet, les échanges évoquent à peine le happening télévisuel de Sandrine Rousseau sur le « rien à péter de leur rentabilité ». Ici on est dans le réel des territoires, en proximité, et tous les efforts sont faits pour se comprendre. Pour le député Les Écologistes « pas question de porter plainte », mais plutôt de porter le débat toujours et encore dans la contradiction, comme dans la réflexion commune.

Le bon sens paysan et le bon sens écologiste

« Y a des solutions à trouver avec le bon sens paysan et le bon sens écologiste » déclare de son côté Arnaud Poitrine Secrétaire général de la CR34. Pour Christophe Sabatier (Nature et Progrès / CR34) sur la loi Duplomb, contestée par Les Écologistes, il tranche : « tant qu’on importera l’agriculture que l’on ne veut pas chez nous, ce sera un faux problème. » Quant au secrétaire général de la Coordination rurale : « il faut que le consommateur prenne l’habitude de manger des fruits et légumes de saison », mais surtout pour ce viticulteur « il faut arrêter d’opposer les agriculteurs et l’écologie ». Après un débat qu’il juge constructif, l’idée reste que « l’on peut travailler ensemble et faire l’agriculture de demain. » Christophe Sabatier renchérit : « Les premiers écologistes de terrain, c’est quand même nous. » Il réclame davantage d’écoute : « il faudrait qu’on échange un peu plus avec eux [Les Écologistes] pour qu’ils fassent remonter les problématiques du terrain. »

Reste que la loi Duplomb mobilise et sa pétition passe la barre des 2 millions de signataires, alors qu’elle est portée par les sénateurs Laurent Duplomb (LR) et Franck Menonville (UDI), et qu’elle est soutenue par le gouvernement Bayrou. De fait sa problématique est entière, car elle permet notamment la réintroduction de deux néonicotinoïdes (acétamipride et flupyradifurone), ainsi que des facilités pour les élevages intensifs et méga‑bassines. Bref ! Le bon sens perd sa boussole.

Et entre les deux Rousseau, Sandrine docteure en science économique et Arnaud le grand patron céréalier, il y aurait de quoi attraper une belle schizophrénie. Mais pour le Secrétaire général de la CR34, toute proximité avec la FNSEA est impensable. Il défend une approche à dimension humaine de son métier : « on aurait rejoint la FNSEA si on était pour ce système industriel. »

[VIDEO] interview d’Arnaud Poitrine Secrétaire général de la CR34 et de Christophe Sabatier, Nature et Progrès / CR34 :

« Les écologistes sont les meilleurs défenseurs des revenus des agriculteurs »

« Les écologistes sont les meilleurs défenseurs des revenus des agriculteurs » lance Jean-Louis Roumégas. Et clairement pour lui « s’attaquer aux écologistes, c’est une erreur de cible […] Protéger notre agriculture, c’est protéger notre souveraineté alimentaire. » Déjà dans une vision métropolitaine, mars 2026 oblige, il annonce : « les métropoles doivent développer une solidarité avec l’agriculture et les terres agricoles qui les entourent et vivement favoriser la consommation locale. » Puis le député écologistes de l’Hérault le répétera à plusieurs reprises : « les agriculteurs et les écologistes ne doivent pas être des ennemis ».

[VIDEO] interview de Jean-Louis Roumégas député de l’Hérault Les Écologistes :

« Je suis malade depuis 20 ans,  je coûte 200 000 euros par an à la sécu »

« La chimie fait partie de notre avenir, de notre quotidien » lance Laurent Crouzet. Certes mais c’est peut-être oublier qu’elle est là pour réparer, le remembrement agricole des années 60 qui supprime les trois quarts du bocage français soit 1,5 millions de kilomètres de haies, de quoi déséquilibrer tous l’écosystème d’un pays. Puis sera abordé la notion de « faux discours pour manipuler la peur », on entre alors dans une séquence sous tension entre santé publique, souveraineté agricole et désinformation.

Les agriculteurs CR34 ont dénoncé l’hypocrisie d’une société qui diabolise les produits phytosanitaires agricoles tout en tolérant des substances tout aussi dangereuses dans les produits ménagers ou vétérinaires. Ils pointent notamment les produits CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques) présents dans des diffuseurs domestiques ou les antiparasitaires pour animaux, manipulés sans protection particulière. Pour eux, le terme « chimique » est devenu un épouvantail, alors que la chimie est omniprésente dans notre quotidien, y compris dans les traitements médicaux. L’équation semble alors trop belle pour être juste, on a presque le sentiment d’entendre le député européen François-Xavier Bellamy qui répond armé de son tube de Doliprane à Hugo Clément sur Instagram en jouant l’influenceur européen.

Problème : l’alerte des experts s’impose comme le réel. Jean-Louis Roumégas est revenu sur les particularités des perturbateurs endocriniens comme l’acétamipride, au cœur de la loi Duplomb. Il explique que «ce n’est pas la dose qui fait le poison », car ces substances agissent à très faibles doses, à des moments critiques du développement humain (grossesse, enfance, adolescence). Il alerte également sur les effets cocktails : des expositions multiples et cumulées à des substances apparemment inoffensives prises isolément, mais toxiques lorsqu’elles interagissent entre elles dans l’organisme.

« Je suis malade depuis 20 ans, je coûte 200 000 euros par an à la sécu », c’est Charles Morin viticulteur sur une chaise roulante et administrateur de Phyto Victimes qui refroidira un peu ce moment du débat.

[VIDEO] interview de Charles Morin, administrateur de Phyto Victimes :

Quid de la Coordination Rurale et du Rassemblement national ?

Dans l’Hérault, ce serait niet ! Pas d’histoire d’amour avec le RN. Souvent perçue comme proche de l’extrême droite, la Coordination rurale 34 récuse cette étiquette. Pour Christophe Sabatier, de Nature et Progrès, cette image sulfureuse est entretenue par la FNSEA : « aujourd’hui, on est le premier syndicat agricole. Comme on les dérange, ils nous font passer pour des gens du RN. Et vous, les journalistes, vous les suivez. » Laurent Crouzet insiste : « On parle avec tout le monde, les écolos comme les autres. Pourquoi être assimilé au RN ? On n’a aucun propos en ce sens. » Puis Christophe Sabatier ajoute : « il y en a sûrement chez nous qui votent RN, mais aussi écolo, PS ou LR. »

[VIDEO] interview de Laurent Crouzet co-président de la CR34 et de Christophe Sabatier, Nature et Progrès / CR34 :

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